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PAGES D'HISTOIRE & " Sacrée vérité " - (sommaire)
LA SITUATION MONDIALE
 

par Michel GARDER


Après s'être référé à son exposé de Décembre 1971, sur la Situation Mondiale, et à sa brève intervention à propos de la Situation au Viet­nam, faite lors de l'Assemblée Générale de Rennes le Mai 1972, l'orateur estime nécessaire pour faire le point de la Situation Mondiale fin 1972, de revenir brièvement aux événements du deuxième semestre de l'année 1971.

Du tournant » de Juillet 1971 à la Guerre indo-pakistanaise de Décembre 1971.

En annonçant, le 14 Juillet 1971, son intention de se rendre à Pékin et de normaliser les relations américano-chinoises, le Président NIXON ouvre une nouvelle phase dans l'évolution de la situation mondiale. En effet, cette ouverture américaine en direction de la Chine Commu­niste inquiète l'Union Soviétique  laquelle s'efforce depuis 1969 d'isoler sa rivale communiste - et choque le Japon que le Président des Etats­-Unis a mis devant un fait accompli.

Moscou réagit immédiatement. Une occasion favorable lui est offerte par la crise qui affecte depuis fin Mars 1971 le Pakistan Oriental. M. GROMYKO se rend en Inde pour y signer une véritable alliance soviéto-indienne. A partir de l'Automne de 1971 une importante aide militaire soviétique est acheminée sur l'Inde. Ultérieurement une partie de ce flot massif d'armements modernes sera déroutée sur le Nord-Viet­nam.

Cependant le Président NIXON annonce, le 15 Août 1971, de nouvelles mesures économiques et monétaires dont la principale victime est encore le Japon. Tokyo connaît enfin un nouvel affront en Octobre, lors de la Session générale de l'O.N.U. au cours de laquelle, sur les insistances de Washington, la délégation japonaise vote pour la solution des « 2 Chines à l'O.N.U. » et se trouve dans le camp des minoritaires.

Au Kremlin, on accentue la manoeuvre en Asie. Déjà le 9 Octobre, M. PODGORNY reçoit un accueil chaleureux à Hanoï où l'influence soviétique s'impose au détriment de celle de la Chine. L'U.R.S.S. augmente considérablement son aide militaire au Nord Vietnam dont les dirigeants envisagent de déclencher une offensive générale au début de 1972.

Moscou resserre également ses liens avec la Corée du Nord et fait des ouvertures discrètes au Japon.
Au même moment, la Chine Communiste traverse une crise intérieure grave du fait de « l'affaire LIN PIAO », que ses dirigeants par­viennent à masquer vis-à-vis du monde extérieur grâce aux succès diplomatiques de Pékin.

Le déclenchement par l'Inde, au début de Décembre 1971, d'une offensive éclair contre le Pakistan Oriental place l'U.R.S.S. dans une position éminemment favorable face à la Chine et aux Etats-Unis qui soutiennent le Pakistan. Menacée discrètement de représailles atomiques, la Chine qui avait promis au Pakistan d'intervenir militairement contre l'Inde, ne peut rien faire et connaît une sérieuse « perte de face » en Asie. Les Etats-Unis qui ne veulent ni couper les ponts avec l'Inde ni se heurter de front à l'U.R.S.S. se contentent d'une démonstration navale inopérante le long des côtes indiennes.

Ainsi l'année 1971 se termine-t-elle sur un incontestable succès soviétique en Asie.

 

Une année pleine de promesses pour le Kremlin.
L'année 1972 - celle du 50em  Anniversaire de la création de « l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques » en lieu et place de l'ancien Empire Russe - paraît plein  de promesses pour le Kremlin.
Pour commencer, les Etats-Unis seront en partie paralysés par la préparation des élections présidentielles . Aussi le Président NIXON ne disposera-t-il pas de la même liberté d'action que les années précédentes. Une offensive communiste au Vietnam, remettant en cause son programme de vietnamisation, devrait le placer en position de faiblesse vis-à-vis du Kremlin.

En Asie, l'isolement et l'encerclement de la Chine devraient pouvoir se poursuivre avec succès. Au Moyen-Orient, l'emprise soviétique sur les pays arabes semble devoir se renforcer car l'Irak jusque-là réticent s'oriente vers un resserrement de ses liens avec l'U.R.S.S.

En Europe, enfin, les perspectives sont excellentes. L'Ost  Politik du Gouvernement Brandt et la « politique de détente vis-à-vis de l'Est » du Gouvernement Français créent une émulation favorable aux intérêts soviétiques. Les « capitalistes occidentaux » se disputent le marché soviétique. La « malencontreuse affaire Tchécoslovaque » est oubliée. Les satellites étant remis au pas, la Yougoslavie rappelée discrètement à l'ordre et par ailleurs en proie à de graves difficultés internes, Moscou peut envisager avec confiance la future Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe. L'U.R.S.S. a besoin de tranquillité sur son flanc occidental et de plus, son économie toujours déficiente ne peut sortir de l'ornière sans l'aide des pays capitalistes.

Dans le courant du mois de Janvier, M. GROMYKO se rend à TOKYO pour tenter d'amadouer le Japon. L'U.R.S.S. propose à ce dernier une série d'accords économiques intéressants et la signature du Traité de Paix soviéto-nippon. On laisse même entendre aux japonais que le problème des Îles Kourilles, annexées par l'U.R.S.S. en 1945, pourrait être reconsidéré.

Moscou propose mais Dieu dispose.
Le premier nuage dans le ciel serein de l'optimisme soviétique est constitué par la façon dont, fin Février, se déroule la visite du Président NIXON en Chine. Les longs entretiens secrets du Président avec CHOU EN LAI, son entrevue avec MAO TSE TOUNG et enfin l'atmosphère même de la visite fait supposer aux soviétiques, déjà soupçonneux par nature, que le rapprochement américano-chinois pourrait comporter des accords secrets dirigés contre l'U.R.S.S. Il se trouve que l'Ambassadeur soviétique à Pékin, M. TOLSTIKOV, a été en 1969, à l'époque où il faisait encore partie de « l'Oligarchie régnante », un farouche partisan d'une action préventive contre la Chine. Envoyé en disgrâce dans le pays même qu'il envisageait de détruire et n'y ayant aucune possibilité de recueillir des informations, puisque considéré comme un pestiféré par les Chinois, le malheureux « camarade » TOLSTIKOV ne manque évidemment pas d'inonder le Kremlin de télégrammes alarmistes dénonçant les machinations anti-soviétiques ourdies par CHOU EN LAI et le Président NIXON.

Moscou se doit de réagir. D'une part, M. GROMYKO va obtenir à Washington l'assurance d'une visite en U.R.S.S., prévue fin Mai, du Pré­sident des Etats-Unis et d'autre part, l'Etat-Major soviétique dispense aux militaires nord vietnamiens des conseils éclairés en vue de la grande offensive contre le Sud Vietnam.

J'ai eu l'occasion dans mon intervention à RENNES de rappeler la genèse et le déclenchement de la grande offensive de GIAP du 30 Mars 1972. Il est certain qu'à Moscou comme à Hanoï on est persuadé, alors, que le « coup de massue » porté à la jeune armée sudiste sera fatal à celle-ci. De plus, on s'attend à la répétition aux Etats-Unis des mêmes effets psycho-politiques que ceux de l'offensive du Têt de 1968.
Mais, ainsi que nous le savons, les divisions de GIAP ne parviennent pas à remporter un succès stratégique et aux Etats-Unis les effets escomptés ne se produisent pas. Soutenu par une bonne partie de son opinion publique, le Président NIXON peut se permettre de donner l'ordre de la reprise des bombardements aériens sur le Nord Vietnam et du minage des ports nord vietnamiens.

L'U.R.S.S. assiste pratiquement sans réaction devant les coups portés à ses alliés communistes vietnamiens. Pékin en profite pour dénoncer la « trahison » des « Sociaux-Impéralistes ». L'influence chinoise se renforce à Hanoï au détriment de celle de l'U.R.S.S.

Au sein de l'Oligarchie régnante soviétique, la « faction » des « durs » dont le chef de file est l'Ukrainien CHELEST contre-attaque, en exigeant l'annulation de l'invitation à Moscou du Président NIXON. Finalement, après une réunion houleuse du Comité Central, les « durs » sont mis en minorité. CHELEST est rétrogradé dans la hiérarchie soviétique et l'invi­tation au Président NIXON est maintenue.
C'est lui qui vient le 21 Mai en position de force à Moscou, où on a besoin de l'aide américaine pour résoudre les difficultés insurmontables auxquelles se heurte l'économie soviétique.

Le « camarade » PODGORNY ira ensuite, au début de Juin, tenter d'expliquer aux camarades d'Hanoï les raisons profondes de la visite à Moscou de « celui qui fait bombarder leurs villes et miner leurs ports. ». L'accueil que reçoit au Nord Vietnam le Président du Soviet Suprême est nettement plus réservé que celui dont il a fait l'objet en Octobre 1971.

Désormais, c'est l'U.R.S.S, qui a perdu la face en Asie. Les effets s'en font sentir rapidement. Tout d'abord la Corée du Nord se rapproche de la Chine et, avec la bénédiction de Pékin, entame des négociations secrètes avec la Corée du Sud.

Ensuite le Japon, où M. TANAKA va succéder à M. SATO, amorce discrètement un virage politique important dont l'aboutissement sera en Septembre le rapprochement sino-nippon.

En Europe, en revanche, la situation ne se présente pas encore trop mal pour Moscou. Les Traités soviéto-allemand et polono-allemand ont été ratifiés à Bonn. TITO tend à se rapprocher de Moscou et rien ne semble devoir contrarier la future Conférence de Sécurité.

Toutefois au cours de l'été des incendies, sans précédent, ravagent de vastes régions de la Russie d'Europe, et les récoltes de céréales s'annoncent catastrophiques (160 millions de tonnes au lieu des 190 millions prévues). L'U.R.S.S. va être contrainte d'acheter près de 30 millions de tonnes de céréales à l'étranger - dont 20 millions aux Etats-Unis.

 

Le rapprochement Sino-Nippon.
Cependant l'événement majeur de l'année 1972 - un événement dont on n'a pas encore estimé chez nous la véritable importance - c'est le rapprochement sino-nippon. Avec la visite de M. TANAKA à Pékin et des longs entretiens secrets avec CHOU EN LAI, c'est une phase nouvelle dans l'histoire de l'Asie et peut-être même dans celle du Monde qui paraît devoir s'ouvrir. De toute façon, il s'agit là non seulement de l'établissement de rapports économico-technologiques entre un Japon hautement déve­loppé et une Chine retardataire, mais également d'un véritable « Rapallo asiatique », dont une des conséquences pourrait être un réarmement accéléré du Japon, y compris dans le domaine nucléaire.

Il faut noter également le fait que les deux parties ont dû revoir en commun l'histoire de l'antagonisme sino-nippon et arriver à la conclusion que celui-ci - qui ne remonte d'ailleurs qu'à 1894 - avait eu à l'origine des intrigues de puissances non-asiatiques - en premier lieu la Grande­-Bretagne. Il apparaît évident que le binôme Chine-Japon va désormais manoeuvrer en fonction de la formule « l'Asie aux Asiatiques » et qu'il faut s'attendre en la matière à de nombreuses surprises.

A Moscou on a d'ailleurs pris l'événement très au sérieux, surtout depuis que la Chine s'est mise à appuyer les revendications japonaises sur deux des Iles Kourilles.

Les élections américaines et l'imbroglio vietnamien.
En 1968, le Président NIXON avait été en partie élu en raison de la promesse de mettre un terme à la Guerre du Vietnam. Le seul argument sérieux dont dispose contre lui en Octobre 1972 son concurrent le Sénateur Mac GOVERN est justement le fait qu'il n'ait pas intégralement tenu sa promesse, et en particulier le retour dans leurs foyers des prisonniers américains. A tort ou à raison le Président - peut-être mal informé par son conseiller spécial, Henry KISSINGER, croit les communistes vietnamiens à bout. Il leur a d'ailleurs tendu une perche inespérée en Mai 1972, en proposant un « cessez le feu » sur place. A l'époque, ils ne l'avaient pas saisie, mais au début d'Octobre, ils sentent le moment venu d'exploiter ce point faible de « l'ennemi américain ». Au fond, NIXON et KISSINGER sont pressés d'en finir avec le Vietnam. Des problèmes autrement importants, tels que ceux d'un nouvel équilibre mondial ou bien de la prospérité des Etats-Unis » seront à l'ordre du jour du deuxième quadriennat de NIXON.

Connaissant parfaitement les affaires européennes, M. KISSINGER croit également connaître les Asiatiques. Il découvre à ses dépens les « communistes asiatiques » et se fait manoeuvrer par eux. II découvre par la même occasion que, sans être communiste, le Général THIEU n'en est pas moins un asiatique également, qu'il représente avec son armée, son administra­tion, ses syndicats et le soutien d'une bonne partie de la population sudiste une force réelle et qu'il n'a nullement l'intention de se laisser sacrifier pour faire plaisir à tous les « progressistes » du monde.

Ainsi va débuter l'imbroglio d'un «cessez le feu imminent ».

Réélu avec une confortable majorité, le Président NIXON ne profite pas de ce succès pour clarifier la situation. Des pressions s'exercent sur le Général THIEU, lequel a néanmoins bénéficié au préalable d'une impor­tante livraison de matériels militaires américains.

Nous venons d'assister à une nouvelle phase des négociations entre KISSINGER et LE DUC THO. A deux reprises, on a annoncé que l'accord a été conclu. Finalement M. KISSINGER est reparti pour WASHINGTON où le Président NIXON doit prendre une des décisions les plus importantes de sa carrière politique.

S'il accepte les conditions communistes, ainsi que le souhaitent en particulier beaucoup de Français, ce ne sera pas un compromis mais une défaite à peine voilée. S'il n'accepte pas, que pourra-t-il faire pour se sortir d'un engrenage dans lequel il s'est imprudemment engagé ?
Tel est le dilemme tragique dont nous sommes les témoins.

1973... l'année de l'Asie?

Quelle que soit la décision du Président NIXON une chose me paraît certaine : c'est que contrairement aux spéculations des commentateurs qualifiés, l'année 1973 ne sera pas celle de l'Europe, mais celle de l'Asie.

Bien sûr il y aura la fameuse Conférence sur la Sécurité et la Coopé­ration en Europe dont le prélude se joue actuellement à Helsinki. Bien sûr il y aura des tractations entre les Etats-Unis et l'Europe Occidentale. Néanmoins à l'inverse de ceux qui croient que l'U.R.S.S. pourrait être la bénéficiaire de la Conférence de Sécurité, je pense que ladite Conférence débouchera sur une foire d'empoigne sans issue, rappelant les spectacles habituels de l'O.N.U.

Les tractations américano-européennes seront certainement, âpres et longues. Pendant ce temps, les vrais événements se poursuivront en Asie avec le binôme Chine-Japon, les relations sino-soviétiques et sous une forme ou une autre la poursuite de la Guerre d'Indochine (Vietnam, Laos, Cambodge).

 

 

 

 
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Article paru dans le Bulletin N° 76

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