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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Lh-Lz
 

LHEUREUX
Léon

Pseudonymes:   Louis  Joseph LAFFITTE, LOUIS, Léon JOIE

 

Né le 9 novembre 1913  à  Sainghin-en-Weppes (Nord)de Léon, Ignace Lheureux  et de  Marie, Augustine AubinCélibataireProfession: officier d'active (Saint Cyr, promotion 1935-1937)Décédé le 17 décembre 1944  au camp d'Ellrich

Réseau: S.S.M.F./T.R.
Agent P2

Léon Lheureux était un homme du Nord; ses parents, tous deux originaires de Lille, géraient un négoce d'épicerie en gros auquel ils devaient adjoindre la torréfaction du café, à Sainghin-en-Weppes où il était né. La famille comptait trois autres enfants: Marie-Paule, l'aînée, Pierre et Thérèse.
Il fit ses études à Peruwelz, Marc en Baroeul et Douai, avant de préparer le concours d'entrée à Saint-Cyr au collège Stanislas à Paris.
Saint-Cyrien de la promotion Liautey (1935-37), Léon Lheureux était lieutenant à la déclaration de guerre. Il a commandé la 1re compagnie du 8e Zouaves à Mourmelon (Aisne) du 1er octobre au 30 novembre 1939, a alors reçu la Croix de Guerre avec étoile de bronze et été cité à l'ordre de la brigade pour avoir "entraîné sa section malgré un feu violent de mitrailleuses et a réussi à atteindre son objectif, malgré une résistance opiniâtre de l'ennemi". Puis, affecté à la 12e DIM (division d'infanterie motorisée), 14e Compagnie divisionnaire antichars, il a reçu la Croix de Guerre avec étoile d'argent, et la citation à l'ordre de la division dit: "Lieutenant chef de canons antichars qui a fait preuve pendant la bataille de Belgique de beaucoup de courage et d'initiative. Le 17 mai, à la gare de Traulée sur la Sambre, a dégagé à coups de mousqueton deux de ses pièces complètement cernées par l'ennemi.
Du 30 mai au 4 juin s'est battu sous Dunkerque avec une énergie peu commune. A été un exemple pour toute la compagnie. Fait prisonnier le 4 juin, s'est immédiatement évadé".
Il tenta alors de gagner l'Angleterre dans un bateau de pêche. Repris à 3h du matin le 5 juin, il fut conduit au camp de Rexpoede où il resta les 5 et 6 juin. En route vers Lille le 7, il s'échappa à Lomme le 8 et,  muni de vêtements civils, le 9 gagna son village natal où il retrouva son père, maire de la commune.
Parvenu en Zone libre le 5 juillet 1940, il servit au 237e RI (devenu le 1er RI), avant d'être muté au Maroc où il se trouva en décembre 1940, affecté au 4e régiment de tirailleurs marocains. Il resta chef de poste de Bou-Zineb jusque en juin 1942, puis,  affecté à la compagnie antichars le 16 février 1943, il y rencontra le parachutiste René Boffy qu'il connaissait bien.  Enfin il fut muté à la Direction de la Sécurité Militaire le 3 avril 1943.
C'est sans doute cette rencontre avec René Boffy qui motive sont entrée dans les Services spéciaux, pense Yves Costeur, président de la Société historique de Sainghin-en-Weppes, dont le témoignage sur la Mission Joie est d'autant plus riche qu'il a interrogé le Colonel Paillole, Henri Lugiez (qui a beaucoup oeuvré pour la mission), Pierre Lheureux (frère de Léon Lheureux), Martial Aubert (beau-frère de Léon Lheureux), Antoinette Brunin (secrétaire de la mission), les familles d'Alexis Le Douguet, de Charles Bellet* et d'André Opsommer*, la famille de Mme Dellieux (dont la maison, à Albert, servait de plaque tournante).
Début mars 1943, Lheureux se rend à Alger où il se met à la disposition du commandant Paillole, chef du contre-espionnage français. Celui-ci le décrit comme "un solide garçon (...), un saint-cyrien dont deux étoiles sur la jeune Croix de Guerre attestent de la valeur et du courage. A sa volonté d'action réfléchie, s'ajoute la nostalgie de son pays." Il le charge d'une mission de 1re classe, la "Mission Joie". Ce nom, lit-on dans le témoignage d'Yves Costeur, est une suggestion de Léon Lheureux, il l'a emprunté à la devise de Lyautey: "La joie de l'âme est dans l'action". "Joie" sera aussi son pseudonyme.
Cette mission, mise en place par le Service de sécurité militaire d'Afrique du Nord, est attachée au S.S.M.F./T.R. (T.R. Jeune) Il s'agit d'organiser un important réseau dans une région qu'il connaît bien: Nord et Belgique entre Somme et Escaut.
Le 9 avril 1943, Lheureux part pour l'Angleterre avec son adjoint, Charles Bellet, alias "Claude", né près de Valenciennes, 27 ans. Là, ils effectuent un stage de préparation intensif, avant de partir dans le même avion que le général Georges, dans la nuit du 15 au 16 mai 1943, avec le radiotélégraphiste Bonin. Opération dite "Tulip", destination l'aérodrome de Florac (Lozère). Mais l'avion doit rebrousser chemin pour cause de brume. L'arrivée aura lieu la nuit du 19 au 20 mai à 21 h 15, par un appareil de la Royal Air Force, à Hure (à 20 km  au sud de Clermont-Ferrand). Le terrain a été labouré par les Allemands. Les trois hommes ont plus de 15 valises.
"Claude" se fixe dans la Somme, le radio dans le Nord. Lheureux a une carte d'identité au  nom de Laffitte Louis-Joseph, secrétaire comptable né en Suisse et demeurant à Paris. Mais, quand il évite l'arrestation de justesse, en s'échappant de son hôtel à Clermont-Ferrand, il doit renoncer à cette fausse identité.
Par l'intermédiaire d'un ami, le Dr. Betrancourt, il trouve asile dans un appartement de M. Deval, 23 rue du Prieuré à Lille; c'est sa première "planque".
Antoinette Brunin, alias "Miss", sage-femme à la maternité de l'hôpital de Seclin, accepte de devenir secrétaire de la mission et met son appartement personnel de la maternité à disposition. Cette maternité devient refuge et centre d'activité du groupe.
Celui-ci s'étoffe du réseau d'un agent de l'Intelligence Service, rencontré par l'intermédiaire du Dr. Betrancourt, HZ 34 (Henri Lugiez), qui fournit domiciles et faux papiers, ce qui permet l'essor de la Mission Joie.
Henri Lugiez est chargé de la direction du service radio et permet les liaisons avec Londres, procure des lieux d'émissions et transporte les postes émetteurs, une partie du temps à bicyclette.
A Paris, Lheureux descend le plus souvent dans un hôtel du 17e arrondissement, puis, toujours le même Dr. Betrancourt le présente à Mlle Marthe Lesage, 14 Bd Montmartre, qui accepte de l'héberger. Martial Aubert, son beau frère, lui offre alors ses propres papiers de voyageur de commerce.
Le premier courrier à destination d'Alger part le 25 juillet 1943. Les récoltes abondantes de la mission  sont transmises via Marseille par le "Tube", ou à Londres par radio. Lheureux ne cesse de réclamer un matériel plus perfectionné.
Le danger est permanent. "Un jour il va même jusqu'à demander à un prêtre de ses amis si, en cas de capture par l'ennemi, il aurait le droit de se tuer pour échapper au danger de révéler sous la torture le nom de ses assistants, mais termine par cette phrase: D'ailleurs, je ne parlerai pas"(Y. Costeur).
Le radio Bonin est remplacé par Alexis Le Douguet (envoyé par Le Henaff) et, malgré toutes les difficultés (techniques, financières, vitales), la mission étend son réseau.
Dans la Bulletin de l'A.S.D.N. n°139, il est dit qu'un parachutage est prévu pour début mars 1944, trois jours après le message radio: "Le nénuphar est une plante aquatique". Jusqu'au 8 mars Léon Lheureux attend vainement. Le 9 au soir, passent deux messages déconcertants: "La grenouille est sur le nénuphar" et "Le carnaval enverra deux amis à Joie". Les mots "nénuphar" et "Joie" prêtant à confusion, il en conclut que l'opération est fixée dans la nuit du 11 au 12 mars.
Elle est prévue au Calvaire de Maurepas, au nord de Peronne, terrain proposé par André Opsommer, fils d'un agriculteur recruté par Bellet (ils avaient été condisciples au petit séminaire). Le message de phase d'exécution qui devait suivre n'arrivant pas, le 11 mars, Lheureux, sur la foi des deux premiers, décide de se rendre au point de parachutage. Il retrouve Le Douguet et Bellet à Albert, qu'ils quittent à bicyclette pour Maurepas (à une quinzaine de kilomètres). Ils déposent les bicyclettes à la ferme Opsommer et André Opsommer les suit jusqu'au terrain. Vers 1 heure du matin, l'avion n'est toujours pas là. Mais une souricière à été dressée par les Allemands. Les quatre hommes sont cernés.(Il semble que le réseau ait été infiltré par un indicateur à la solde des Allemands, Max de Wilde.)
Une semaine plus tard, Londres envoie par radio  le message suivant que reçoit Lugiez: "Avons survolé point désigné nuit 15-16 et n'avons pas trouvé comité de réception. Nous donner explications par Alger".
Les quatre hommes, emmenés à Albert, ont été transférés à la citadelle d'Amiens. Les parents de Léon Lheureux reçoivent cette lettre de mars 1944:
"Chers Parents,
Je pense que vous allez être passablement étonnés en recevant cette lettre. Je suis en effet, en ce moment, emprisonné à  Amiens. Ne vous ennuyez pas, je vais très bien. Pour l'instant, si vous pouviez m'envoyer un peu de linge, j'en suis démuni, 2 chemises, 4 caleçons ou slips, 2 paires de chaussettes, 4 grands mouchoirs et 2 serviettes de toilette. Plus un gros morceau de savon et un peigne et une petite glace.
Si vous pouviez ajouter un peu de ravitaillement, principalement du pain, de la viande cuite, du beurre et du café. Comme livres, pourriez-vous m'envoyer une méthode Assimil en allemand. Les colis peuvent s'envoyer par la poste tous les jours à l'adresse: Monsieur Lheureux, détenu à la citadelle d'Amiens.
On peut porter les colis en principe le mardi et mercredi matin. Les visites ne sont pas autorisées. Je vous répète, ne vous inquiétez pas. J'espère que vous allez tous bien. Écrivez-moi, vous le pouvez, pour moi ce sera tous les quinze jours. Excusez-moi du dérangement que je vous procure.
Je vous embrasse.
Votre fils Léon Lheureux."
Le père de Léon Lheureux va à Amiens, mais ne peut voir son fils. Mme Dellieux, elle, peut le voir à la Gestapo, rue Laurendeau, le 14 mars, "enchaîné à un radiateur, dit Y. Costeur, calme et triste, meurtri par les coups de cravache reçus, mais gardant la volonté bien arrêtée de ne rien dire. Il ne dit rien, ni ce jour ni les autres jours, malgré les tortures subies. Dans un des courts billets qu'il parvient à faire passer, il écrit: "Dans les moments durs j'ai serré les dents tellement fort que je m'en suis cassé une". Les interrogatoires ont lieu au siège de la Gestapo, 140 rue Jeanne d'Arc à Amiens.
Dans un rapport adressé à Paul Paillole, le Dr. Betrancourt écrit: " Une des principales agentes de Ch. Bellet, Mme Dellieux, que j'ai chargée d'entrer en contact avec nos prisonniers incarcérés alors à la prison d'Amiens, réussit une liaison avec Ch. Bellet. J'apprends ainsi que l'ennemi ayant capté des messages adressés à Larva les a montrés, décodés, à Lheureux, affirmant connaître les noms, prénoms et psudonymes de tous les chefs de Missions. On me demande en conséquence de prévenir Jean-Marie Larva (Jean Avallard*)."
Léon Lheureux est transféré, ainsi que Bellet, le 5 avril à Fresnes, où Le Douguet les rejoint le 13.
"Par la fenêtre de sa cellule, dit Costeur, il (Lheureux) appelle et, bonheur, entend de deux cellules différentes: Bonjour Alex, ici Claude, courage.- Bonjour Alex, ici Joie...
Ils se reverront mi-mai, le jour où ils iront ensemble au service anthropométrique, rue des Saussaies à Paris."
De Fresnes, Lheureux écrit à ses parents:
"Léon Lheureux
2e division cellule 133
Prison de Fresnes
Chers Parents,
Je suis en bonne santé à l'adresse indiquée plus haut. Je fais des voeux pour qu'il en soit de même pour vous. Me voilà, chers parents, obligé de recourir à vos services, je m'en excuse, mais comment faire autrement?
Le linge que j'avais est égaré, pourriez-vous me faire un paquet: 2 chemises, 3 caleçons ou slips, 4 paires de chaussettes très solides, 2 grandes serviettes, 1 savon, 1 paire de chaussons, 1 gant de toilette, 1 brosse à dents et savon, des maillots de corps, 1 peigne et une valise ou sac pour mettre le tout. Je suis également autorisé à recevoir des colis de vous, à raison de 1 par mois, n'excédant pas 5 kg.
Le premier sans question de poids. Pourriez-vous m'envoyer de suite: il ne faudrait y mettre rien de métallique, donc bocaux en carton, pourriez-vous m'envoyer par exemple 1 k 5 de sucre, 2 pots de miel, beaucoup de biscuits, du fromage, du beurre, de la viande cuite, des oeufs. Vous pouvez en mettre un très gros poids, le premier colis  ne compte pas, quinze jours après, vous pouvez renvoyer. Pourriez-vous envoyer aussi une méthode Assimil en langue allemande. (...)
Vous pouvez porter à Lille à la Croix Rouge qui se charge de l'expédition.
Je vous embrasse, chers parents, et je vous dis de ne pas vous faire du souci à mon sujet, je vais très bien, et je m'excuse des soucis que je vous occasionne."
Le matin du 17 juin,  il est transféré avec Bellet au camp de Royallieu à Compiègne. Là se trouve Le Douguet. Devant l'avance des Alliés, le 15 août 1944, les Allemands évacuent Fresnes et Romainville (neuf jours avant la libération de Paris). Léon Lheureux, avec 1850 détenus, prennent à Pantin le train pour Buchenwald en chantant la Marseillaise à pleins poumons. Vingt-quatre survivront.
Arrivés au camp le 20 août, Lheureux est transféré à Dora quelques jours plus tard, puis à Ellrich. Il y est affecté au percement du tunnel de Wolffleben. Travail épuisant, mauvais traitements, nourriture insuffisante; le camp d'Ellrich manque particulièrement d'eau. "L'hiver 1944-45 est dramatique, dit Y. Costeur. A la longue journée de travail succèdent d'interminables appels sur l'Appel-Platz. L'un d'entre eux, le 6 décembre, dure entre 5 et 6 heures. Les détenus sont debout, pieds nus dans la neige qui leur tombe sur le dos.
C'est probablement là que Joie est terrassé. Deux de ses camarades, Yvan de Colombel et Jacques Vigneaud, deux officiers, réussissent à le faire admettre à l'infirmerie. Joie y meurt d'épuisement. Ellrich ne possédant pas de crématoire, c'est à Dora qu'est enregistré son décès à la date du 17 décembre 1944."
Un matin de septembre 1944, le commandant Paillole a vu arriver dans son bureau parisien un vieil homme angoissé. "Je suis le père du lieutenant Lheureux. Nous n'avons plus de nouvelles. Croyez-vous qu'il vit encore?" Le commandant ne put répondre, alors le vieil homme dit: "S'il ne devait pas revenir, mon commandant, nous aurions au moins la satisfaction, sa mère et moi, qu'il a bien fait son devoir."
Ses parents auront connaissance, le 26 mai 1945, d'un message de leur fils parvenu le 3 décembre 1944 à un Sainghinois en service de travail obligatoire,  qui le tenait d'un autre S.T.O., lequel, comme électricien, se rendait de Dora à Ellrich. Sur le papier de 12 cm sur 5, écrit au crayon, ce dernier message:
"Léon Lheureux, Sainghin,
heureux d'apprendre qu'il y a un Sainghinois ici. J'espère que tu es en bonne santé. Les camarades te raconteront où je suis, dans quelles conditions. Si tu peux me faire passer quelque chose pour moi tu seras remboursé par moi ou par ma famille. Je te demanderais une dizaine de marks, du sel, du bouillon Kub. Fais-le si cela ne te dérange pas. Je te le demande simplement et donne moi simplement une réponse."
Connaissant enfin le lieu de déportation de leur fils, les parents de Léon Lheureux ont confirmation de son décès.
Déclaré "Mort pour la France" et promu au grade de capitaine, il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.
*
 Citation (à l'ordre de l'Armée):
"Officier énergique et courageux, a réussi à mener à bien en Zone occupée par l'ennemi, une mission importante et dangereuse. A fait preuve en de nombreuses circonstances de calme et de sang-froid, réussissant toujours au péril de sa vie, à assurer des liaisons du plus haut intérêt pour le Commandement."

Citation (Médaille de la Résistance): "Magnifique officier, volontaire pour entrer dans le service de contre-espionnage d'Algérie. A été parachuté en France venant d'Angleterre en mai 1943. Est aussitôt entré en service dans le réseau clandestin de C.E. en qualité de chef de poste de Lille. A fait preuve de courage autant que de désintéressement dans l'accomplissement de toutes les missions qui lui ont été confiées.
Grâce à son dévouement a permis de fournir au Commandement des renseignements extrêmement précieux."
*
Lieux de mémoire: Monument aux morts du Collège Stanislas à Paris; rue du capitaine Lheureux à Sainghin-en-Weppes; plaque apposée sur la façade de sa maison natale, au n°35 de la rue qui porte désormais son nom.

Références:  Dossier du SHAT; fonds privé colonel Paul Paillole (SHAT); "Services Spéciaux" de Paul Paillole, p.457 (Ed. Robert Laffond, 1975); "Les Services de Renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p. 266 (Ed. Plon, 1978); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°11, p.105, n°139, p.21,n°172, p.30; "La Mission Joie" de Yves Costeur (dossier A.A.S.S.D.N.); "L'ORA" du colonel A. de Dainville, 1974); "Nous atterrissions de nuit..." de Hugh Verity (Ed. France Empire, 1982). 


LIENHART
Henri, Georges

Pseudonyme:  La Manne

 

Né le 14 juillet 1905  à  Belfort (90)de Emile Lienahart  et de  Anna, Zénobie SchaettyEpouse: Rose, Léonie GirardProfession: boulanger-patissierDécédé le 30 juillet 1943  à  Cologne (Allemagne)

Réseaux:  S.S.M.F./T.R. , S.R. Kléber (Bruno)
Agent P2

Boulanger-pâtissier, Henri Lienhart s'est engagé le 1er août 1940.
Arrêté le 9 octobre 1941, pour aide à prisonniers de guerre évadés, il est interné à Belfort et à Fresnes,  puis déporté,le 5 août 1942, à Francfort, à Aix-la-Chapelle et à Cologne, où il est exécuté le 30 juillet 1943.
Henri Lienhart recevra la Médaille militaire et la Médaille de la Résistance (avec rosette).

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


LOMBART
Ernest, Louis, Joseph

 

Né le 30 mars 1921  à Steenwerck (Nord) de Clément, Désiré Lombart  et de  Marie, Gabrielle SénéchalDécédé le 14 avril 1942 au camp de Souges (Bordeaux)

Réseaux: Voix du Nord, S.S.M.F./T.R.

Ernest Lombart, dont les parents étaient concierges de l'immeuble situé 28 rue de Dunkerque, fait partie des sept jeunes gens de 17 à 20 ans qui se groupent à  Armentières en 1940 dans un esprit de résistance. Cinq d'entre eux le paieront de leur vie : Ernest Lombart, Paul Desreumaux¨*, Roger Barbry*, Henri Leclercq* et Germain Lepoivre*.
Ernest Lombart fait partie de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Dès juillet 1940, avec Henri Leclercq, il pense d'abord à récupérer les armes et les munitions abandonnées après des combats entre chars allemands et troupes anglaises dans la région de Steenwerck.
Puis, voulant faire plus, sans prévenir leur famille, les sept jeunes gens quittent la ville dans l'intention de rejoindre l'Angleterre par l'Espagne. Après avoir fait 650 km à bicyclette, ils arrivent à Montmorillon, entre Poitiers et Limoges, et veulent s'engager auprès d'un bureau de recrutement. Deux des sept seulement sont acceptés, Auguste Rio et Louis Catiau, qui partiront pour l'armée d'Afrique. Les autres sont recrutés par un officier de renseignement.
Avec Paul Desreumaux, Ernest Lombart fait de la recherche de renseignements dans le sud de la France.
Arrêté en décembre 1941, il est interné ainsi que son compagnon au fort de Hâ, à Bordeaux, où le retrouve Roger Barbry . Ce dernier est jugé avec Ernest Lombart  le 1er avril et condamné à mort par le conseil de guerre allemand au camp de Souges (à 20 km de Bordeaux).  Le recours en grâce déposé  étant refusé, Ernest Lombart est fusillé le 14 avril 1942. Il a vingt-et-un-ans. Son corps, d'abord inhumé au cimetière de Martignas-sur-Jalle, commune proche du camp de Souges,  sera transféré après la guerre à Armentières, dans le carré militaire.
Dans sa dernière lettre, il écrit:
"Ma chère maman et cher petit frère Benjamin
Je vous écris en de bien tristes circonstances, enfin j'ai le bon Dieu en moi et un prêtre pour m'aider dans les derniers moments.
Je suis très courageux ainsi que mon cher ami  Roger qui lui aussi supporte cette dernière épreuve, je vous demande de ne pas avoir de haine pour les Allemands car ils n'ont fait que leur devoir, je serai fusillé à 5 heures après midi et je suis sûr de mourir en Français, je prierai pour vous tous avec Papa et Gabrielle.
La montre que vous recevrez ce sera pour mon petit Benjamin et la bague, donnez la à Odette laquelle je prierai beaucoup pour elle, gardez le chapelet car il a été un énorme réconfort durant mon épreuve.
Ne pleurez pas car je meurs heureux avec le bon Dieu. Demandez à Monsieur l'abbé Dumez de dire une messe pour le repos de mon âme.
Je vous demande pardon pour les petits tracas que je vous ai causés, je suis sûr que nous nous retrouverons au ciel un jour et en attendant le retour de mon grand frère Clément, je n'ai pas été privé pendant mon séjour à la prison et les soldats ont tout fait pour améliorer notre sort.
Vous ferez mon bonjour et mes adieux aux parents et demandez leur de dire une prière à mon intention.
Écrivez à Melle Dumas pour recevoir mes cartes de ravitaillement et mes valises contenant, appareils photographiques et du linge, je vous laisse tout en garde et donnez à Odette ce qu'elle voudra comme souvenirs.
Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi et dites à Benjamin d'être très sérieux et très courageux car malgré nos petites disputes, je l'aime beaucoup.
Enfin j'en mets pas plus long, car écrire pour la dernière fois à sa mère c'est pour moi un calvaire et une tension des nerfs pour ne pas pleurer.
Je vous quitte avec grands regrets, mais aussi avec joie car dans quelques instants, je serais avec Papa et Gabrielle.
Je vous embrasse donc bien fort, ainsi qu'Odette et Benjamin et je vous attends avec certitude de vous revoir un jour.
Votre fils et frère aimant qui meurt pour la France et le salut des âmes,
Lombart Ernest."
Ernest Lombart sera fait chevalier de la Légion d'Honneur, recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

*
Citation: "Magnifique patriote, membre des Forces Françaises Combattantes, arrêté pour fait de résistance le 20 décembre 1941. A été interné jusqu'au 4 avril 1942, date à laquelle il est mort glorieusement pour la France."

Lieu de mémoire: Le nom de rue des Fusillés a été donné à l'ancienne rue de Flandre, à Armentières, en mémoire de Ernest  Lombart et de ses quatre camarades morts pour la France. Une plaque commémorative y a été apposée.

Références:  mairie d'Armentières; "La Voix du Nord", 11 et 15 septembre 1999


LOMNITZ
Bernard

 

Né le 28 avril 1898  à  Nowa-Wies (Pologne)de Fernand Lomnitz  et de  Hélène LehrerCélibataireProfession: industrielDisparu à Auschwitz

Réseau: S.S.M.F./T.R.
Agent P2

Né en Pologne, Bernard Lomnitz était propriétaire des laboratoires Mediterranea à Marseille.
Engagé dès 1939 dans les services de contre espionnage, il travaille comme agent de renseignement à partir du 25 juillet 1940., et est arrêté , comme résistant et comme juif, le 6 décembre 1943..
Le capitaine Roger Morange rapporte les circonstances dans lesquelles il l'a revu: 
"Depuis l'Occupation de la zone sud en novembre 1942, notre poste de Marseille T.R.115 avait mis en sommeil ses agents de pénétration dans l'Abwehr; tous sauf Frederkind (...) Rendez-vous avait été pris pour le samedi 11 décembre 1943 à 17 heures à la brasserie du Parc au rond-point du Prado. Notre camarade Lomnitz devait y amener son ami Stefan (Friedmann*). A peine entré dans le bar, j'ai une mauvaise impression: pas de barman, deux hommes au comptoir me tournent le dos. A une table isolée, Bernard Lomnitz est assis à côté d'un inconnu. Tous les personnages sont immobiles et silencieux. Lomnitz ne fait pas un mouvement, je m'approche de lui et je vois alors son visage tuméfié avec une barbe hirsute. Avant d'avoir ouvert la bouche, les deux consommateurs du bar m'encadrent, tandis que le compagnon de Lomnitz sort un pistolet, démasquant les menottes qui les relient ensemble.
- Police, vos papiers!
Sans même les regarder, ils les confisquent, tandis qu'un quatrième "policier" entre dans le bar. Je l'identifie, c'est Lunel, ancien secrétaire régional des MUR, qui, depuis son arrestation, le 23 avril 1943, est passé au service de la Gestapo.(...)
- Suivez-nous!
Toute résistance est impossible . Un petit cortège se forme. En tête Lomnitz, enchaîné à son gardien. Je suis derrière et les trois autres ferment la marche. On ne m'a pas mis les menottes, circonstance favorable... J'en profite pour me retourner et demander: Vous êtes de la police? mais quelle police? - Police allemande!..  Une violente poussée sur les deux personnages les plus proches et je détale éperdument.
Les policiers commencent par s'assurer de Lomnitz, puis sortent leur pistolet. C'est une belle "schieserei" sur le Prado. Deux Feldgendarmes, la plaque autour du cou, attendent le tramway. Ils aperçoivent ces civils suspects qui tirent des coups de feu. Ils dégainent à leur tour et menacent les hommes de la Gestapo.(...) Les balles commencent par me rater, mais un coup heureux de Lunel m'atteint à la cuisse. (...) Cette fois on me passe les menottes et je suis poussé vers la traction avant des policiers dont les coussins sont bientôt inondés de mon sang. Le trajet est bref jusqu'au siège de la Gestapo qui est à quelques centaines de mètres dans le haut de la rue Paradis. (...)
Je suis entre les mains de Dunker, alias Delage, l'un des chefs de la Gestapo de Marseille.
Par une porte entrebâillée, j'aperçois dans la pièce voisine, Lomnitz et Frederkind (pseudonyme de Friedmann) enchaînés sur leurs chaises et prostrés, le menton tombant sur la poitrine. J'apprendrai plus tard qu'ils ont été cruellement battus pour leur faire avouer l'identité du personnage qui avait rendez-vous avec eux. Aucun d'eux ne révélera mon nom."
Bernard Lomnitz est interné à Fresnes, puis à Drancy. Il est déporté le 30 juin 1944 à Auschwitz, où il disparaîtra.

*
Citation: "Attaché à un poste de C.E. français de la région de Marseille dès avant 1939, n'a cessé de conserver son activité à ce Service pour lequel il s'est dévoué entièrement. Quelles que soient les fonctions qui lui furent confiées, il les remplit avec la volonté d'aboutir et avec un mépris du danger."

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Rapport Morange (A.A.S.S.D.N.); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24, p.54, n°135, p.15 et 19


LOUE
René, Ferdinand

 

Né le 29 mars 1920  à Pouzauges (Vendée)de Stanislas Loue  et de Marie RaguideauEpouse: Marie, Renée LevêqueProfession: officier de policeDécédé le1er septembre 1944  au camp du Struthof (Bas-Rhin)

Réseaux: S.S.M.F./T.R., Alliance, Chapelle
Agent P2

Engagé volontaire le 22 septembre 1939 dans les chars de combats, René Loue, bachelier "Mathématiques" et parlant l'anglais, a fait l'École clandestine de combat de Versailles puis l'École de l'Air de Versailles et, comme pilote observateur, a été breveté chef de bord.
En mai 1943, à 23 ans, devenu officier de police, il s'engage dans la Résistance et devient l'adjoint de Guinel du réseau Chapelle.
Arrêté le 17 mars 1944  par la Gestapo à Nantes, il est massacré au camp de Struthof le 1er septembre 1944.
Déclaré "Mort pour la France", René Loue portait l'aiguillette d'or et  avait reçu des lettres de félicitations à la suite des bombardements de Saint-Nazaire et de Nantes. La Médaille de la Résistance lui sera décernée.

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28-29


LOUER
Gaston

 

Né le 7 juin 1900  à  Paris (4e)de Joseph, Marie Louër  et de  Marie, Emma ErnstEpouse: Régine, Désirée ColinProfession: comptableDécédé le 17 février 1944  à  Sonnenburg (Neumarck, Allemagne)

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Bruno)
Agent P2

Gaston Louër fut appelé sous les drapeaux le 1er octobre 1918 et,. du 6 octobre 1920 au 14 novembre 1922, se trouva au Maroc en guerre.
Chef comptable dans la vie civile, il fut rappelé sous les drapeaux le 21 août 1939 et démobilisé le 3 août 1940.
Le 1er janvier 1941, il s'engage dans le réseau Bruno, fait alors du renseignement, recrute des agents, fait de la propagande, émet et diffuse des tracts. Il est chargé du commandement d'un groupe du secteur parisien.
Mme André, liquidatrice du S.R. Kléber, dira qu'il fut en liaison avec Marie-Louise Chatel qui faisait partie des services. Il figure sur l'état P2 du 1er mai 1946 du poste Bruno.
Arrêté le 28 août 1942 par la Gestapo à son domicile, 33 rue Buffon, à Paris, sous l'inculpation d'espionnage et de gaullisme, il est déporté en janvier 1943, condamné en septembre 1943  à Trêves. Il meurt le 17 janvier 1944 à la forteresse de Sonnenburg.
Gaston Louër sera déclaré "Mort pour la France" et recevra la Médaille de la Résistance.

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


LOUIN
Pierrette, Denise

Pseudonyme: LESAINT, Pierrette SALINA

 

Née le 1er octobre 1920  à  Oran (Algérie)de Auguste Louin  et de  ...CélibataireDécédée le 18 janvier 1945  à Ravensbrück

Réseaux:  I.T.G., F.F.C., S.S.M.F./T.R.
Agent P2

Pierrette Louin est née à Oran, elle a vingt-deux ans quand elle se porte volontaire pour entrer dans l'Armée de Transmission, après le débarquement des Anglo-Américains du 8 novembre 1942 au Maroc et en Algérie.
Son cousin, Fernand Louin la décrira ainsi: "petite, brune, visage assez rond, léger accent oranais, très simple, tailleur gris, sans maquillage".
Elle fait partie, comme Eugénie Djendi*, Marie-Louise Cloarec* et Suzanne Mertzizen* de celles qu'on surnomme les Merlinettes (du nom du chef des Transmissions, le colonel Merlin). Un centre d'entraînement a été installé à Staouëli, près d'Alger.
C'est alors que Paul Paillole, commandant le 2e Bureau d'Alger, dit Mireille Hui (qui fut des Merlinettes), contacte Le général Merlin pour recruter des spécialistes radio.
Avec Suzanne Mertzizen, Marie-Louise Cloarec et Eugènie Djendi, Pierrette Louin est volontaire. Recevant les jeunes femmes, Paul Paillole ne leur cache pas l'extrême dangerosité des missions à effectuer, mais elles persistent dans leur engagement.
En janvier 1944, elles sont dirigées vers le Bureau Central de Renseignement et d'Action  d'Alger (B.C.R.A.A.) puis à Londres (B.C.R.A.L.) pour suivre des stages d'instruction d'opératrices radio. Mireille Hui précise que ce stage dure deux mois. Il a lieu en Grande-Bretagne, à Saint Albans et à Ringway, près de Manchester. Le programme: renseignement, topographie, identification des effectifs et matériels ennemis, repérage des objectifs à bombarder, sport de combat, séances de tir, maniement des explosifs, conduite et mécanique auto et moto, parachutisme, transmissions (émettre de France plus de trente minutes sans changer de longueur d'onde ou de lieu est suicidaire).
Pierrette Louin est parachutée dans la nuit du 5 au 6 avril 1944, avec Marie-Louise Cloarec, Suzanne Mertzizen, Philippe et Pierre, dans la région de Limoges. D'après la synthèse de "l'affaire Louin", faite à Paris le 22 février 1945 (Arch. d'Alger), le parachutage aurait eu lieu près de Limoges ou d'Angoulême, et selon Albert Falquet, cousin de Marie-Louise Cloarec, en Dordogne. Les trois jeunes femmes sont regroupées par leur réseau à Jouac, dit Mireille Hui. Puis elles gagnent Paris où elles sont hébergées à l'hôtel Lefèvre rue Clerc, puis chez un cousin de P. Louin, Fernand Louin, horloger-bijoutier, 88 rue Saint Dominique.
Celui-ci, interrogé (Archives d'Alger, 7 novembre 1944)), dit: "... Je n'avais vu Pierrette ni ses parents depuis l'exposition de 1937... Vers le 1O avril 1944, Mlle Pierrette Louin s'est présentée vers 4 h. Elle m'a demandé un entretien particulier et m'a aussitôt raconté qu'elle venait d'être parachutée de Londres et qu'elle désirait que je l'héberge pendant deux ou trois jours. Elle est repartie et a ramené avec elle une de ses amies, Mlle Marie-Louise Cloarec... J'ai continué à les héberger jusqu'à leur arrestation, le 27 avril 1944. ...  Signalement de Mlle Cloarec: plus grande (que Pierrette Loin) plus forte, également sans maquillage.
Elles m'ont dit avoir été parachutées en compagnie de camarades (trois filles et deux hommes)... Suzy s'est présentée à ma boutique vers midi. Son signalement: assez grande, assez chic, légèrement maquillée, châtain, yeux foncés. Le même jour, j'ai eu la visite d'un de leurs compagnons dont j'ignore le nom, mais dont le signalement est le suivant: moyen, très brun. Ils m'ont raconté que l'opération de parachutage avait été effectuée dans la région d'Angoulême; que les chefs de police locale se seraient occupés du convoyage... Elles avaient chacune une grande valise et des sacs de moindre importance. Pendant leur séjour chez moi, j'ai été frappé de leur imprudence... Ma cousine avait une carte d'identité à son mon faite à Londres et portant comme adresse celle de mon magasin, rue Saint Dominique. Elle avait également des cartes d'alimentation à son nom. les autres étaient également munies de pièces d'identité en règle.... Je recevais des coups de téléphone me demandant Mlle Lesaint (pseudonyme de M.-L. Cloarec)."
D'après le témoignage de Albert Falquet, qui avait rencontré la soeur de M.-L. Cloarec, cette dernière lui a dit que Pierrette disposait d'une somme assez importante qu'elle avait remise à l'un de ses chefs.
Le frère de Fernand Louin, Marcel a également témoigné (10 novembre 1944): "J'ai reçu à dîner mon frère et les deux jeunes fille qu'il hébergeait... Ces personnes m'ont dit venir de Londres où elles avaient passé six mois pendant lesquels on leur avait fait suivre un entraînement spécial dont trois sauts en parachute. Elles nous ont montré leur cartes d'identité qui m'ont semblées parfaitement en règle. Je ne me souviens plus du nom qui figurait dessus mais je pense que c'était le leur. Nous avons remarqué qu'elles avaient des Gauloises légèrement plus grandes que le modèle français. Je sais que pendant leur séjour chez mon frère elles ont accompli plusieurs missions ou tout au moins qu'elles ont quitté Paris. Je les ai revues une deuxième fois dans le but de leur faire faire une façon de costume tailleur avec un tissu venant d'Angleterre et qu'elles auraient apporté avec elles. Lors du premier repas étaient présents: ma femme, mon frère, mon fils Paul Louin et un garçon que je cachais qui portait le nom fictif de Claude Brun et dont l'identité réelle est Adrien Dussol. Ces jeunes filles avaient déclaré qu'elles devaient changer d'adresse tous les jours ou tous les deux jours. C'est pourquoi j'étais inquiet de voir leur séjour chez mon frère se prolonger.."
Cependant, Mme Madeleine Fillon, qui avait travaillé chez Fernand Louin une heure par jour de début mars à fin avril 1944, dit n'avoir pas su qu'il hébergeait des jeunes filles.
Mme Saisset (gardienne de l'immeuble?), elle, le savait et dira avoir remarqué qu'elles menaient "une vie très mouvementée et qu'un grand nombre de jeunes gens allaient et venaient sans arrêt."
Fernand Louin dit: "Nous allions manger au restaurant "Le Petit Panama", rue Amélie... Je crains qu'il y ait eu une délation devant venir de certains habitués de ce restaurant..."
On pense aussi que les jeunes femmes auraient été dénoncées par un agent ennemi infiltré dans le réseau.
Fernand Louin poursuit: "Le jeudi 27 avril 1944, vers midi, un homme est entré demandant Mlle Pierrette. Je l'ai appelée au téléphone. Elle est descendu avec Marie-Louise. Elles sont ressorties sur le trottoir avec le dit individu et sont rentrées presque aussitôt, poussées par cinq individus revolver au poing. On a passé les menottes aux deux jeunes filles tandis que le premier rentré me tenait en respect avec son revolver en me priant de faire comme si de rien n'était. Ma cousine et son amie ont été poussées dans l'arrière magasin, puis ont été montées dans l'appartement...
Le policier allemand m'a demandé de lui signaler immédiatement l'arrivée de la troisième personne que je connaissais (il savait donc qu'il y avait trois personnes)... Tout l'après-midi il m'avait répété que je devais signaler l'arrivée de la troisième femme, faute de quoi ma femme et mes enfants seraient embarqués...
Comme à 7 h Suzy n'était toujours pas arrivée, il m'a dit de fermer le magasin et de les suivre rue Jean Nicot... Puis environ un quart d'heure après, je vis arriver Suzy (sans doute prise dans une souricière établie près du magasin), accompagnée de deux autres individus."
Mme Saisset dira: " Ces jeunes filles ne reçurent aucun courrier à l'exception d'une dépêche au nom d'une jeune fille qui venait très fréquemment mais qui n'habitait pas là. Cette dépêche a été portée le jour de l'arrestation et refusée par moi... La Gestapo se trouvait dans l'appartement. J'ai vu monter cette jeune fille (Suzy), j'ai voulu la prévenir mais j'ai hésité."
Alors, dit Fernand Louin,"nous partîmes tous pour l'avenue Foch...
Arrivés Av. Foch, on nous fait monter au 7e. On m'a fait entrer dans un cabinet de toilette où j'ai entendu l'interrogatoire d'identité de Pierrette, disant venir de Londres." Fernand Louin dira aussi à son frère  avoir été surpris lors de son interrogatoire de constater que la Gestapo était déjà au courant de tout et que les jeunes femmes paraissaient avoir été suivies depuis leur parachutage. Et Marcel Louin se souvient "qu'elles prétendaient que la préfecture de Limoges était au courant et que le parachutage avait été très bien organisé".
Fernand Louin poursuit: "Le lendemain matin vers 9 h 1/2, ils me firent descendre avec Pierrette et me ramenèrent rue Saint Dominique, Pierrette dans l'appartement, moi au magasin. J'avais l'interdiction de sortir... Le soir j'ai fermé mon magasin à 7 h et suis monté à l'appartement où l'on m'apporta également à dîner avec Pierrette et deux gardiens... Le lendemain matin j'ai pu rouvrir le magasin...puis vers 6 h1/2 un des gardiens descendit, me disant: Pierrette partie avec chef allemand, vous pouvez partir avec votre femme"
Le vendredi matin, lendemain de l'arrestation, à midi, Pierrette Louin a pu montrer à son cousin un papier où étaient écrits ces mots :"Chefs arrêtés, sommes considérés comme prisonniers de guerre".
Si leur chef avait bien été arrêté, cela pouvait expliquer l'attente prolongée des jeunes filles rue Saint Dominique.
La Gestapo a trouvé dans leurs chambres deux postes émetteurs et quatre revolvers.
Lors de son interrogatoire, après la Libération, l'Allemand Ernst Vogt, interprète à Paris, dit qu'après l'interrogatoire d'Eugènie Djendi, "trois autres jeunes filles appartenant au même service d'Alger furent parachutées en France. L'interrogatoire de ces trois jeunes filles ne nous apporta aucun fait nouveau. Elles ne connaissaient rien de leur futur travail ni de l'organisation en France. Aucune arrestation ne fut opérée à la suite de leurs déclarations." Il s'agissait de Pierrette Louin, de Marie-Louise Cloarec et de Suzanne Mertzisen.
Ernst Vogt ajoute: "L'une d'entre elles, Suzy,ou celle dont j'ai oublié le nom, m'a déclaré le jour de son arrestation ou le lendemain avoir un rendez-vous vers midi au jardin du Luxembourg avec un agent de l'organisation de France. Je l'ai accompagnée à ce rendez-vous avec un camarade. Nous l'avons laissée se promener pendant une heure environ, en la surveillant à distance. Personne n'est venu". (La jeune fille avait-elle fait un signe conventionnel de prudence?)
Georges Pinchenier (alias Lt Lafitte), parachuté et arrêté avec ses deux radios, Jenny Djendi et Marcel Leblond, écrira en octobre 1945 au père de Pierrette Loin: "Transféré avenue Foch à Paris, où je suis resté jusqu'au 27 avril, jour de l'arrestation de Pierrette et de Marie-Louise (Cloarec*), j'ai été ce jour-là interné place des Etats-Unis avec mon radio, mais sans nouvelles de Jenny.
Peu de jours après, car les choses se savent vite en prison, j'acquis la certitude que Marie-Louise et son amie Suzy Mertzisen se trouvaient au dessus de moi, mais je ne pus leur faire connaître ma présence faute d'arriver à entrer directement en communication.
Enfin, le 15 mai, mes deux voisines de cellule disparurent et furent remplacées par Pierrette et Jenny. Pierrette était ce jour-là d'un moral remarquable. Comme j'avais préparé mon évasion pour la nuit suivante, elle réussit, par un trou fait sous de la porte à me passer un plan de métro et 300 francs qui ne lui avaient pas été subtilisés. Elle me donna ce jour-là tous les détails que vous connaissez sur son arrestation et celle de nos camarades. Enfin elle m'affirma qu'elle n'avait nulle intention de rester en prison et qu'elle envisageait déjà la possibilité de s'enfuir. Je puis dire que c'est en partie grâce à elle que mon évasion réussit. Leblond, très déprimé, broyait du noir et me conseillait de renoncer à mon projet, et il se peut bien que, sans la présence dans la cellule voisine de mes deux braves amies, j'eusse renoncé à le mettre à exécution. Pendant toute la nuit, et les nuits étaient longues, elles attirèrent l'attention des gardiens sur elles par leurs cris, leurs plaisanteries et leurs chants. Tant et si bien que je pus achever mon travail et que j'étais libre au petit jour."
Pierrette Louin, Marie-Louise Cloarec et Suzanne Mertzisen sont internées à Fresnes avant d'être déportées à Ravensbrück, probablement dans le convoi parti de Compiègne le 8 août 1944. Là, elles retrouvent Eugènie Djendi.
Une fiche du ministère de la Défense dit: " Après avoir demandé plusieurs fois au commandant du camp, Fritz Suhren, leur transfert dans un camp de prisonniers de guerre, les jeunes femmes sont convoquées le 18 janvier 1945 vers 16h au bureau du camp.  A partir de là, les témoignages laissent place à des suppositions.
Mme Postel-Vinay (témoignage du 20 septembre 1949, Arch. d'Alger) a connu personnellement au camp Jenny Djendi et surtout Suzy Mertzisen  qui était devenue la meilleure amie de sa camarade tchèque Miléna Seborova. Celle-ci avait réussi à la faire embaucher dans la petite colonne de travailleurs qu'elle dirigeait, le Hilfskommando II, véritable entreprise de sabotage, où S. Mertzisen bénéficiait de conditions de vie exceptionnelles.
"Deux mois avant leur disparition, les quatre jeunes filles avaient été appelées à la Schreibstube, pour un interrogatoire d'identité. C'était l'usage avant les exécutions, mais pas invariablement. ces femmes croyaient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une réponse favorable à leur demande de transfert dans un camp de prisonniers militaires britanniques, d'autant que l'Allemand qui les avait reçues avait été très aimable et s'était inquiété de la santé de Djendi Jenny.
Le 18 janvier 1945, elles ont été à nouveau convoquées au bureau. Elles s'y sont rendues joyeusement, toujours convaincues qu'elles allaient être transférées dans un camp moins pénible.
Miléna Seborova, inquiète cependant, a suivi Suzy Mertzisen à distance. Elle l'a vue, en compagnie de ses trois camarades, sortir du bureau. Toutes les quatre avaient remplacé leurs chaussures par des savates légères." L'Allemande Ruth Neudecker, toujours volontaire pour les exécutions, les accompagnait.
Dans "Ravensbrück (Ed. de la Braconnière, Neuchâtel), il est écrit:"A la même heure, la route qui passait devant le Crématorium et conduisait chez Siemens fut barrée par les S.S." Mme Postel-Vinay et ses camarades ont alors supposé qu'elles avaient été pendues, car elles croyaient savoir qu'un gibet avait été construit dans le courant de l'année 1944, à côté du Crématorium...
En fouillant l'immense tas de vêtements des mortes, Miléna Seborova a retrouvé le manteau gris de Suzy Mertzisen et celui d'une autre, qui contenait encore dans la poche sa carte à son nom."
Rosane (Renée Lascroux), professeur de C.E.G., camarade de Pierrette Louin au lycée d'Oran, déportée à Ravensbrück et libérée à Bergen-Belsen (cité dans le Bulletin du Club Austerlitz, repris dans Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°184), rapporte: "Le 18 janvier 1945, le bloc français prend le deuil.  Dès l'appel du matin, Pierrette Loin et Marie-Louise Cloarec, nos petites parachutistes, ainsi que Suzy et Jenny leurs compagnes radio (...) sont averties qu'elles doivent se tenir à la disposition du commandant avec interdiction formelle de sortir du block jusqu'à l'heure fixée - seize heures et demie.
Peu d'entre nous savent la nouvelle, l'on n'ose imaginer le drame, il est prudent de se taire pour les petites et pour nous-mêmes. J'ai passé la journée avec elles. Pierrette et Marie-Louise sont des enfants. Pierrette, à vingt-deux ans, reçut ses galons à Alger, elle aime l'Afrique où elle a préparé le débarquement américain. Marie-Louise est une vaillante bretonne de vingt-quatre ans, elle fait la guerre, et Suzy, de Metz, est maman d'une fillette de six ans. Jenny adore le risque.(...) Seront-elles traitées en soldats?
Le coup fatal éclate, quelle stupeur s'empare de nous, les mieux prévenues. Le soir nous attendons leur retour au block, sans espoir. Marie-Louise a imaginé mille conjectures, pleine d'illusions encore, elle a emporté plusieurs adresses. Pierrette n'a dit mot, elle pensait. Cependant, elles ont été fusillées. La nuit survient, le block ferme, les petites ne coucheront pas là. Le lendemain nous faisons d'adroites recherches. Sur un registre figure à côté des quatre matricules, la mention vague et classique: "transport sans destination". C'est étrange. Entre ses dents, une femme murmure: c'est ainsi que l'on indique les fusillés."
Les témoignages ne se recoupent pas, les quatre jeunes femmes auraient été fusillées à 18h30 dans une baraque proche du crématoire ou pendues au gibet du camp.
Miléna Seborova, affectée à la buanderie, pense qu'elles auraient été pendues: il n'y avait pas de traces de balles ni de sang sur leurs vêtements.  Même écho de Mme Lindell, rescapée du camp, qui dit (Archives d'Alger, document des Renseignements généraux du 18 Mai 1949)) que Mlle Kate Johansen, norvégienne affectée au magasin d'habillement, a reçu les vêtements de quatre Françaises sans avoir remis de vêtements civils en échange. "Au moment où Mme Lindell constatait que ces défroques ne portaient aucune trace de balles et de sang, est-il dit dans le relevé de témoignage, un Allemand dont elle n'a pas connu le nom, employé au magasin d'habillement, a porté la main à son cou pour indiquer que ces femmes avaient été pendues."
Un rescapé hongrois d'Auschwitz, le Dr. Nyisli, rapporte qu'il existait aussi des balles de plomb de très petit calibre, tirées dans la nuque. Leurs corps ont été brûlés ou enterrés dans une fosse commune de la forêt.
Mireille Hui indique qu'elles ont été assassinées sur ordre de Berlin, d'après le témoignage du commandant S.S. du camp, Suhren, et de son adjoint, Schwartzhuber, interrogés après leur arrestation par les Alliés.
Très consciente des risques qu'elle encourait, Pierrette Louin avait écrit à Londres, le 23 janvier 1944, avant de partir en mission,  une lettre pour les siens, que voici:
"Chers Tous.
Avant de partir pour la grande aventure, j'ai voulu tout vous raconter moi-même. Ce sera peut-être pour vous une consolation, car si vous la lisez c'est que je ne serai plus. Je sais quelle pourra être votre peine mais la seule chose qui pourra non l'amoindrir, mais la rendre moins amère, c'est que ma mort n'aura pas été inutile, c'est qu'elle aura servi à la France.
Il ne faut pas que vous soyez trop tristes car cette mort-là c'est la seule que je souhaite avoir, parce que c'est la plus belle. Mon âge ne compte pas, l'important c'est que je ne vais pas me battre comme une unité quelconque dans un troupeau qui se bat parce que "c'est ainsi", parce que c'est une obligation. Je suis volontaire - et cela veut dire beaucoup - c'est autre chose qu'un mot - cela  implique avant tout la lucidité, le choix. Cette mission dont je ne reviendrai peut-être pas, je ne l'ai pas subie comme un ordre. Je ne l'ai pas non plus acceptée à l'aveuglette. Non. J'ai pensé et j'ai choisi. C'est mon esprit qui a consenti, et dès lors donner ma vie n'est plus un sacrifice. Pourtant j'aime la vie. Je sens en moi une force, un goût de la lutte qui pourraient me gagner ma vie. Mais je ne pourrais conserver cette force, ni avoir le désir de vivre, si je me dérobais à ce qu'il y a dans mon esprit. Et cette chose-là ce n'est plus le chauvinisme sentimental de mon enfance. C'est quelque chose qui fait partie de moi, c'est l'amour de la France. Une passion qui n'est plus qu'instinctive, mais lucide, dépouillée d'attendrissement ridicule. Je ne vais pas me battre pour des mots, pour des idées ou pour des gens. Je ne vais pas non plus me battre contre des mots, des idées et d'autres gens, mais pour sauver un tout qui ne peut pas disparaître, une forme de vie, un idéal, c'est la France. Je ne sais pas  vous expliquer cela, mais je sens la France en moi et c'est pour cela que j'ai choisi de partir, que je n'ai pas voulu être le spectateur impuissant qui se contente de souffrir en mots, que j'ai refusé d'acheter mon existence au prix de mon esprit. Pour cela je me suis engagée. La chance m'a rapidement servie.
En juillet j'ai été une des deux filles à qui l'occasion de servir a été donnée. La seconde suivante j'avais accepté. Je suis donc entrée au 2e Bureau. En septembre je suis arrivée à Londres par avion. J'ai complété mon instruction technique par la formation de radio clandestine. Puis j'ai fait l'entraînement de parachutiste. Après un départ raté en novembre, il y a eu les jours d'attente et de fièvre - et à nouveau l'espoir: c'est pour dans quelques jours.
Ainsi, une nuit, dans la lune qui vient, un avion m'emmènera au-dessus de la France. Je sauterai en parachute, et accomplirai ma mission. J'aurai de faux papiers et des appareils radio clandestins. Ma mission sera d'émettre sur Londres et Alger tous renseignements que les agents et moi-même recueillerons. Je n'ignore aucun des dangers que je cours. Je sais que j'ai peu de chances de m'en tirer. Le moins que je risque c'est la forteresse quelque part en Allemagne. Mais est-ce que cela compte puisque j'aurai lutté? Si je meurs, ce sera la règle du jeu, sans regrets, sans amertume puisque mon âme sera intacte. Si je vis, j'aurai gagné mon droit à la vie, et la joie d'avoir été fidèle à mon idéal.
Mais je pense à vous, qui restez, et j'en ai beaucoup de peine. Mais je sais que vous comprendrez et m'approuverez. Nous nous retrouverons.
Je vous dis adieu, sans tristesse. Encore une fois je vous embrasse avec toute ma tendresse. Pierrette."
Déclarée "Morte pour la France", Pierrette Louin sera citée à l'ordre du corps d'Armée et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

Références: "Les Merlinettes" de Mireille Hui (Ed. Livre à l'unité, 3e édition, Mars 2000);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°3, p.38, n°9, p.113, n° 18, p.107, n°24, p.54, n°143, p.23, n°183, p.16, n°184, p.12;  "Terre de Cendres" de Rosane (Renée Lascroux), Ed. Oeuvres françaises, Paris, 1946;  "Ravensbrück" ,de Mme Postel-Vinay ( Ed. de la Braconnière, Neuchâtel, Coll. Les Cahiers du Rhône);  "Parcours d'une résistante: Pierrette Louin-Salinas (1920-1945?)", mémoire de maîtrise d'histoire de Sébastien Simon, Université de Toulouse II Le Mirail, 2001; Archives d'Alger dossier 3331-65).


 

 

 
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