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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( présentation )
Livre d'Or du Mémorial de Ramatuelle - par Marie Gatard ( et sous sa direction ) - Extraits : 3 lettres
 

Avant de mourir, certains ont pu écrire à leur famille des lettres, dont certaines sont parvenues jusqu’à nous.

Ainsi celle de Claude BETSCH, fusillé à 20 ans.
La dernière lettre de Claude Betsch à ses parents, datée du jour de l'exécution, est sans rature, d'une écriture régulière et ferme:



"Mes bien chers parents, c'est la dernière fois que j'écris ce titre qui fut celui de tant de lettres. Vous saurez sans doute ce qui sera arrivé quand on vous remettra cette lettre. Je sais combien vous en serez tristes, et c'est sans doute ce qui rend ma fin quelque peu triste. Voyez-vous, je ne sais quoi dire pour vous faire comprendre qu'il ne faut pas être triste, qu'il ne faut pas vous désespérer. Dites-vous que je suis tombé pour mon pays d'abord, et que c'est là une belle mort, une très belle mort. La seule chose qui m'attriste vraiment, c'est de ne pas vous laisser de moi le souvenir d'un enfant qui jusqu'à la dernière heure ne vous aura pas donné que des satisfactions, mais bien au contraire celui d'un enfant qui aura peuplé votre vie de soucis et d'ennuis. Vous avez avec vous les meilleures consolations qui se peuvent souhaiter: ce sont mes deux frères. Vous les aimerez pour moi. Je suis sûr qu'aucun d'eux ne vous causera de soucis, car, de là où je vais, je veillerai sur vous autant que je pourrai. Je vais rejoindre Ivan. Nous serons deux là-haut à prier et à vous protéger. Mes bien chers parents, mes chers parents, je vous supplie de ne pas pleurer: ma mort, voyez-vous, est une mort qui fut celle de bien des héros. Vous pourrez vous dire que je suis tombé en chantant la Marseillaise.
Je voudrais vous épargner ce nouveau chagrin, mais je ne le puis. Je voudrais vous dire tout ce qu'il y a en moi de remords pour tous les chagrins, tous les soucis que je vous ai causés, mais je n'en ai pas le temps. J'aurais voulu voir vous ou mes frères, une dernière fois, cela aussi m'aura été refusé. C'est au moment où l'on ne peut plus rien faire que l'on sent monter en soi toutes les bouffées de générosité que l'on a refoulées toujours.
Je prie pour que la désillusion ne soit pas trop forte pour vous. On est venu me dire tout à l'heure que je partirai à quatre heures. Je ne puis vous exprimer ce que je ressens en ce moment car c'est trop confus. Mais je n'ai pas peur, et vous pourrez vous dire que je serai mort sans avoir peur. Sans avoir peur car je sais où je vais, et voyez-vous cela est tout. Nous nous reverrons un jour et ce sera là où nous ne connaîtrons plus ni soucis ni chagrins, là où nous oublierons ensemble tous les mauvais jours que nous avons vécus.
Je pars sans peur aussi parce que je sais que je continuerai à vivre en vos pensées et en celles de mes frères. Vous pourrez dire à Jean-Pierre la vérité. Il comprendra.
Je n'ai rien à vous léguer en souvenir. Je demanderai à ce que le portemine avec lequel j'ai écrit cette lettre vous soit remis. Ce sera le dernier objet que j'aurai touché. Embrassez bien une dernière fois mes frères pour moi. Encore une fois, ne pleurez pas. Plus tard le vrai sens de ma mort apparaîtra. Je vais partir. Recevez de votre fils qui ne vous a pas assez aimés les plus affectueux baisers. Aimez mes frères pour moi. Parlez leur de temps en temps de leur grand frère qui les a tant aimés et recevez mon dernier adieu, mon dernier baiser, ma dernière pensée.

Claude

P.S. On me prie d'ajouter au moment de partir que vous pourrez réclamer mon corps au tribunal. Je désirerai me trouver avec mon frère dans le caveau familial. Encore une fois je vous embrasse affectueusement - une dernière fois. Il faut que vous fassiez une demande au tribunal. Encore une fois mes derniers baisers.
Je vous prie aussi de vous mettre en relation avec l'aumônier de la prison, qui vous facilitera sans doute les démarches."

 

 

Sept jeunes gens de 17 à 20 ans, habitants à Armentières, se sont groupés, le 1er novembre 1940, dans un esprit de résistance. Cinq le paieront de leur vie. Germain LEPOIVRE est l’un d’eux. Avant de mourir, il écrit à sa famille :

 

"Loos, le 30-9-41
Très chers parents,
Au moment où vous recevrez cette lettre, votre fils bien aimé aura été exécuté par les autorités allemandes pour espionnage. N'ayez crainte, j'aurai eu le courage jusqu'au bout.
Ma vie que je donne c'est pour la reconstruction de la France qui a été très malheureuse ces derniers temps. Je mourrai en bon chrétien.
Pardon pour tout le chagrin que je vous ai fait et que je vous fais encore.
Courage, Maman, Papa, mon devoir n'aura pas été inutile, la France vivra.
Merci pour la confiance que vous avez eue en moi.
Pardon de nouveau, mais que vive la France.
Que ces petits ne voient plus la guerre, c'est ce que je demande.
Mille baisers."
Germain

 

 

André GARDES, 29 ans, écrit à sa femme :



"Ma pauvre chérie,
J'apprends la terrible nouvelle. C'est la dernière lettre que je t'adresse. Tout est fini, le jugement est revenu confirmé, il est environ 10 heures, et je dois être fusillé à 15 heures. Il me reste donc peu de temps à vivre. En premier lieu, je te supplie d'être forte, mon Aimée. De mon côté, jusqu'à la dernière minute, je veux rester courageux. Ma dernière pensée sera pour toi, et nos deux petits.
Pardonne moi de te faire tant souffrir, toi qui m'a rendu si heureux. Tu sais quel idéal m'a toujours conduit.
Que Dieu te protège...
Je vais essayer de mourir en chrétien, moi qui me trouve au seuil de grand mystère, je n'ai plus de foi qu'en Dieu.
Fais que nos petits deviennent des hommes, de vrais hommes, de vrais Français. Ils n'ont pas le droit de désespérer de l'avenir. Je compte sur toi pour mener à bien cette grande tâche.
Pour moi, j'offre ma souffrance afin de t'éviter de nouvelles épreuves, ainsi qu'à nos petits.
Prie pour moi. De l'infini où je vais aller, heureux ou pas, mon âme ne pensera qu'à toi et à nos chers enfants.
Que Dieu soit pitoyable à mon sacrifice, moi qui aurait tant voulu mourir en plein ciel de bataille.
Qu'Il protège notre Patrie et la sauve.
Adieu à toi.
Adieu à nos petits.
Adieu à notre beau pays de France
André

P.S. - A l'instant je viens de me confesser et de recevoir la communion, aussi vais-je pouvoir partir plus confiant et plus fort."

 

 

 

 

 

 
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NDLR :

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