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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Ta-Tz
 

TAILLANDIER

Marcel

Pseudonymes: MORHANGE, RICARDO

 

 

Né le 25 mars 1911  à  Condat en Combrailles (Puy de Dôme) de Jean Baptiste Taillandier  et de Marie Debas Epouse: Simone, Marguerite, Mathilde Dupontheil  Profession: officier d'active Décédé le 11 juillet 1944  à  Toulouse (Saint-Martin-du-Touch) 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R. - Groupe Morhange, Benoît, Ricardo et TabardAgent P2

 

Pupille de la Nation, Marcel Taillandier fut enfant de troupe à l'E.M.P. de Billom de 1922 à 1929. Engagé volontaire en 1932, dans le Génie, il fut affecté au service de la Sécurité militaire en 1939. Puis, sous-officier radio-électricien, il est à la section Contre-espionnage du 5e Bureau en 1940.

Après la débâcle, il se trouve replié, avec les archives des Services spéciaux, au château de Brax, près de Toulouse, et, dès ce moment, rallie les Forces Françaises Combattantes. Il a alors 29 ans,"un regard clair, lumineux, dans un visage timide, réfléchi", dit Paul Paillole. De son mariage en 1935 avec Simone Dupontheil, il a deux enfants: Monique 1 an, et Jean-Pierre, nouveau-né.

Pierre Saint-Laurens écrit: "Fermement décidé à continuer le combat, il établit le contact avec le Service de camouflage du matériel de l'Armée et monte une équipe de volontaires spécialisés dans la récupération des matériels de guerre intéressants et la constitution de dépôts d'armes clandestins. Il se consacre également à sa spécialité, la radio, dans la tour du château, installe un émetteur pour correspondre avec la zone occupée.(...)

A partir de janvier 1942, il déserte provisoirement Brax, et s'installe à Solomiac. Ayant repéré et identifié deux postes émetteurs qui opèrent en zone occupée, près de Bordeaux, comme étant ceux sur lesquels il a "pianoté" à Paris, à la Direction du 2 bis av. de Tourville, et dont les Allemands se sont emparés, il décide de partir les récupérer... Il franchit avec de faux papiers la ligne de démarcation, se fait embaucher par une entreprise travaillant pour l'organisation Todt dans le secteur où il a localisé les appareils, et un beau jour, profitant de l'absence des opérateurs, force la porte blindée du blockaus qui les abrite, enlève les postes, et les ramène, dans deux valises en zone libre, avec bien entendu les plans et les renseignements qu'il a pu se procurer sur le mur de l'Atlantique, et sur les fortifications en cours de construction.

A côté de ses qualités professionnelles et de son audace peu commune, Taillandier possédait un talent de dessinateur, et une dextérité manuelle telle qu'il lui était possible de reproduire dans un morceau de liège ou de caoutchouc n'importe quel cachet, et avec l'aide de son camarade Gardiol, de contrefaire les documents les plus compliqués."

Dès la fin de 1942, il rassemble les premiers éléments d'un groupe destiné à la lutte contre les services de renseignements ennemis et la Gestapo. Et, au début de 1943, il se fixe à Toulouse, avec sa compagne, Elise Cambolive, "Lily", ( dont il aura deux enfants)

Pierre Saint-Laurens raconte qu'il prend alors "comme couverture la gérance du bar Frascati, un petit café situé au milieu des allées Jean Jaurès. Au centre de la ville, ce bar devient le lieu de réunion et le P.C. du C.D.M. et du groupe de résistants dont Marcel prend la tête, sous le pseudonyme de Ricardo. Ayant l'oreille de la Gendarmerie, et après avoir mis au pas ceux qui ne sont pas trop francs du collier, il entreprend de pénétrer la Police. En même temps, il pose des jalons pour cacher des gens, et leur faire traverser les Pyrénées.(...)

Mais, à partir de mars 1943, les Allemands, bien renseignés, passent à l'attaque."

S'ensuit une série d'arrestations et l'affaire Frascati. Le 24 juin, à l'appel de Taillandier, rapporte  Gilbert Gardiol, celui-ci se rend avec Pointurier et Candau au café Frascati, "pour une réunion de travail. Sur délation, une souricière est tendue par le chef de la Gestapo, le sinistre Muller. Taillandier réussit à s'enfuir par la toiture de l'immeuble, Pointurier, Candau, Gardiol et Lily sont arrêtés." Les trois hommes seront déportés, seul Gardiol reviendra. Lily, libérée, ne partira pas en Allemagne.

C'est le début du démantèlement du réseau.

Saint-Laurens dit: "Cette répression farouche, loin d'entamer le moral de Taillandier, le décide à passer à la contre-attaque. Il regroupe autour de lui ceux qui ont échappé, pour créer, de sa propre initiative et sous un nouveau nom de guerre, Morhange, un réseau de C.E. d'action et de renseignement. (...)

En mai, avec de Gasquet, "le Chasseur", officier T.R., parachuté dans la région de Carcassonne, il avait reçu, en même temps que des fonds, les directives et instructions du commandant Paillole: se brancher avec le poste T.R. 125 de Barcelone."

Ce dernier écrit , dans son livre "les Services Spéciaux": Taillandier "saisit l'importance de sa mission notamment pour la protection des passages pyrénéens. Elle se résume en une phrase: Paralyser l'ennemi et détruire la trahison. (...)

En juin 1943, Taillandier devenu Morhange reçoit de Pélissier un renfort de qualité: l'équipe des corps francs "Combat" d'André Fontès.(...) Les hommes de Morhange vont s'introduire dans le P.P.F. (Parti Populaire Français), le R.N.P.(Renouveau national populaire) et même la Gestapo."

A. Fontès dit: " Taillandier était le chef, j'étais son adjoint. L'effectif était restreint: douze hommes triés sur le volet ayant fait leurs preuves, en provenance des différents réseaux de Résistance auxquels j'avais participé, plus deux adjudants que Taillandier avait en réserve. Ce faible effectif épaulé par la gendarmerie déjà noyautée, ainsi que la police, plus une centaine d'hommes provenant de différentes administrations et de volontaires voulant servir leur pays."

Le groupe recevait argent et instructions du T.R. généralement par l'Espagne, précise P.J. Stead.

Il est dit, dans "Mémorial des Enfants de Troupe- Résistance et Maquis 1940-1945":

" Le premier dans la région de Toulouse, Taillandier passe à l'offensive directe contre les agents de l'ennemi, 73 tombent sous ses coups. Marcel Taillandier ne se contente pas d'ailleurs d'une forme d'action directe, uniquement répressive, il met au point une véritable technique de l'enlèvement des traîtres et des collaborateurs. C'est seulement devant l'impossibilité totale de procéder à un enlèvement que le chef du réseau Morhange se décide à exécuter purement et simplement l'individu visé. La chose n'a lieu que 13 fois sur les 73 cas signalés. Mais si l'enlèvement, le plus souvent en plein centre ville, rend plus périlleuse l'opération, il permet par contre d'obtenir par interrogatoires de nouveaux renseignements extrêmement précieux sur l'ennemi."

De la même source, citons quelques-unes des opérations menées à bien.

" Le 21 mai 1943, Marcel Taillandier décide d'abattre un nommé Platt, résidant à Fonsorbes, ancien combattant de l'armée allemande. Platt est exécuté sur le perron de son château, en présence de ses invités qui s'enfuient.

D'août 1943 à fin septembre 1943, Marcel Taillandier dirige ses coups contre les agents de renseignements français de l'ennemi, 6 d'entre eux sont enlevés et parmi eux l'ex-capitaine Paris dont la prise permet de mettre la main sur tout le fichier du P.P.F., mouvement collaborateur, et d'avertir d'une attaque imminente le maquis de Grésigne alors en formation.

Le 7 octobre 1943 à 9 h 30 du matin c'est l'enlèvement en pleine ville du fameux Allard-Dubreuil, ancien membre du 2e Bureau français, passé à l'ennemi et incorporé au Service de renseignements allemand qui est sous la responsabilité du colonel von Stuhard. L'interrogatoire donne des résultats intéressants et permet d'apprendre entre autres choses que la Gestapo s'attache depuis quelque temps à surveiller Maurice Sarrault ainsi que les milieux ecclésiastiques de Toulouse, en particulier le recteur de l'Université catholique, Mgr Bruno de Solages.

Le 15 octobre. Marcel Taillandier organise l'enlèvement de Senac, dangereux agent de l'ennemi qui se faisait passer pour un chef de l'Intelligence Service et qui avait déjà réussi à s'infiltrer dans les organisations de la Résistance.

L'enlèvement eut lieu en plein jour."

Paul Paillole raconte l'opération menée contre le chef de la Police régionale de Toulouse, placé là par Vichy et qui a fait déjà des ravages à Lyon, notamment dans les rangs des Services spéciaux. Alphonse Alsfasser est venu spécialement d'Alger. "Le samedi 23 octobre 1943, à 19 h 45, Alsfasser et un homme du groupe Morhange s'enfoncent sans bruit dans les taillis noyés dans la nuit déjà profonde. Ils ont chacun leur mitraillette Thompson. La Peugeot 202 qui les a déposés, tous feux éteints, va se mettre en place, prête à démarrer. A 20 h 15 la voiture du haut fonctionnaire arrive. Elle s'engouffre dans son garage voisin. Quelques instants et l'intendant réapparaît, sa serviette à la main. Deux rafales de mitraillette l'abattent. En quelques secondes Alsfasser et son compagnons sont enlevés par la Peugeot déjà en marche et disparaissent...

L'impression dans la région Midi-Pyrénées est considérable. Le couvre-feu de 21 h à 5 h du matin est décrété.

En vain, 15 000 personnes sont contrôlées et 1700 perquisitions effectuées. la sensation que désormais nul n'est à l'abri des représailles de patriotes s'étend jusqu'au sommet de la hiérarchie administrative et policière ainsi que dans les états-majors de l'Abwehr et de la Gestapo."

Dans "Mémorial des Enfants de Troupe", on lit encore:

"Le 1er mars 1944, c'est le chef départemental du R.N.P., autre mouvement collaborateur qui est enlevé en plein jour avec tous ses dossiers. Grâce à cette opération plusieurs personnes sont prévenues du danger qui les menace, en particulier le directeur de l'Agriculture de la localité d'Ondes et le général Denain. Après la Libération, l'exploitation des dossiers amène l'arrestation de plusieurs individus."

Le 2 juin 1944 Marcel Taillandier, cerné à Toulouse place du Capitole, par 6 agents de la Gestapo, réussit à les tenir en respect et à se sauver en fuyant par les toits.

Dans le courant de juin, il forme un maquis dans la région de Quérigut, Ariège, dont il confie le commandement à un de ses adjoints, André Audebaud. Ce maquis groupe rapidement 150 personnes parmi lesquelles de nombreux éléments des brigades de gendarmerie de la région. En fait, à la fin de l'occupation, le groupe Morhange est scindé en trois: une partie s'installe dans ce maquis de Quérigut, en forêt de Bragues, centre de contrôle près de la frontière, destiné à intercepter les agents de la Gestapo et les miliciens qui tenteraient de se réfugier en Espagne à l'approche de la Libération. La deuxième partie est près de Toulouse, la troisième dans la ville.

Le 11 juillet Morhange part en mission dans le Gers. En sortant de Toulouse, sur la route d'Auch, à Saint-Martin-du-Touch, un contrôle de la police allemande est en place. "Lorsque la voiture se présente au barrage et s'arrête devant le poste de garde, tenu par quatre Feldgendarmes, dit Pierre Saint-Laurens, la sentinelle de faction, mitraillette au poing, demande les papiers; au vu de ceux de Morhange, le pandore lève les yeux, le dévisage, et documents en main, part en référer au chef de poste. Dès que celui-ci, après un court entretient, se saisit de la carte et actionne la manivelle du téléphone de campagne, Morhange comprend qu'il est fait comme un rat, ordonne le sauve-qui-peut. Exploitant la diversion créée par Georges Marchandeau et Léo Hamard*, qui font ensemble irruption sur la chaussée et obligent les Feldgendarmes à se porter à gauche du véhicule, Marcel sort par la droite et prend la fuite: le temps de mettre la main sur Hamard et Marchandeau, et de se lancer à la poursuite du fugitif, celui-ci a disparu...

Sur les indications du maréchal-ferrant dont la forge fait l'angle, Morhange bifurque sur l'allée conduisant à l'église, et parvenu devant le porche, s'engage à gauche dans le passage étroit laissé entre le mur d'enceinte et celui du bâtiment. Mais sans doute trompé par la perspective, il a l'impression de s'être fourvoyé dans une voie sans issue, et avant d'avoir atteint le fond, rebrousse chemin; il contourne alors l'église par la droite, et a l'effroyable surprise de constater qu'il se trouve dans un cul de sac. S'aidant de la croix plantée au pied du mur, il l'escalade et saute sur le toit.

Rendus à hauteur de la forge, les deux Felgendarmes dépêchés à ses trousses brûlent le chemin de l'église, et continuent tout droit.

C'est alors que d'une maison d'en face, une mégère surgit à la fenêtre, et hèle les Allemands en criant: "Il est là!" Ceux-ci reviennent sur leurs pas, aperçoivent Morhange, ouvrent le feu et le clouent sur le toit."

Son corps sera découvert le 30 août 1944 dans les fossés creusés par la Gestapo dans le jardin de l'immeuble qu'elle occupait rue Maignac à Toulouse.

Déclaré "Mort pour la France", promu commandant,  Marcel Taillandier sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et Compagnon de la Libération, recevra la Croix de Guerre avec palme, la Médaille militaire, la Médaille de la Résistance et la Médaille US de la Liberté.

 

*

 Citation (Légion d'Honneur) :

"Chef d'un important réseau de renseignements et d'action. Officier d'une bravoure et d'une audace légendaires, a su, pendant plus de quatre années de lutte clandestine, animer ses hommes de sa foi et de son ardeur patriotique, réalisant avec eux, des exploits semblant reculer les limites du possible. A pendant toute cette période neutralisé les traîtres des services de renseignements ennemis dans des conditions héroïques.Est tombé glorieusement le 12 juillet 1944, au service de la France."

 

Citation (Médaille militaire):

"Chef d'un important réseau de contre-espionnage dans le sud-ouest de la France. D'une bravoure et d'une audace légendaires, a su, pendant plus de deux années de lutte clandestine, animer ses hommes de sa foi et de son ardeur patriotique. A, pendant toute cette période, opéré une neutralisation efficace des traîtres et des services spéciaux ennemis dans sa région, procédant à près de 80 exécutions; est tombé glorieusement le 9 (?) juillet 1944 face à l'ennemi."

 

Citation (Croix de la Libération): "Marcel Taillandier, chef de mission de 1ère classe, sous le nom de Morhange, militaire de carrière, a rallié, dès juin 1940, les Forces Françaises Combattantes sur le territoire occupé par l'ennemi. A créé en zone sud, et plus particulièrement dans la région de Toulouse, un réseau d'action visant à la recherche systématique du renseignement et à la lutte à main armée contre les plus dangereux agents de l'ennemi. A réussi magnifiquement dans la tâche entreprise et, en tête de la poignée d'hommes groupés autour de lui, est parvenu à enlever, interroger et exécuter 73 agents de l'ennemi.

Ayant communiqué à tous ses hommes la magnifique foi et le patriotisme qui l'animaient, son oeuvre fut poursuivie par ses lieutenants après sa mort, qui survint le 11 juillet 1944 à Toulouse. Tomba ce jour-là sous le feu des S.S., alors qu'il tentait d'établir une liaison avec le maquis du Gers.

Chef d'une bravoure, d'une lucidité et d'une tenacité exeptionnelles, a porté à l'ennemi et à la Gestapo, en particulier dans la région de Toulouse, les coups les plus durs que cette dernière ait jamais reçus en zone sud."

 

Lieux de mémoire: A Toulouse, une avenue porte le nom de Marcel Taillandier, une autre celui de "Groupe Morhange". Le nom de Marcel Taillandier figure sur une stèle érigée à Brax (Lot et Garonne) par les anciens du groupe Morhange à sa mémoire et à celle de ses compagnons.

Marcel Taillandier a été choisi comme parrain de la 40e promotion des inspecteurs de Sécurité  de la Défense et  de Sécurité Navale (2002).

 

Références: Archives d'Alger (dossier n°3265-37); Liste Fontès (A.A.S.S.D.N.); "les Services de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.259 (Ed. Plon, 1978); "Services Séciaux", de Paul Paillole, p. 514 à 516 et 521 (Ed. Robert Laffont, 1975); "Conte de faits", de Pierre Saint Laurens, p.64 et suivantes; "Morhange, les chasseurs de traitres", de Rémy (Ed. Flammarion, 1975); "Le 2e Bureau sous l'Occupation" de Philip John Stead (Ed. Fayard, 1966); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°3, p.18, n°24, p.58, n°121, p.33.


TANGUY

André, Marie, Jean

 

 

Né le 1er mai 1919  à  Saint Herblon (Loire Atlantique) de Gaston, Louis Tanguy  et de  Marie Josephine Jouan Profession: officier d'active Décédé le 2 février 1945  à  Colmar

Réseau: S.S.M.F./T.R.

 

Inspecteur de la Sécurité militaire, sous-lieutenant le 2 septembre 1943, André Tanguy est à l'état-major de la 5e D.B. (transit Oran-France) lors des opérations du 21 septembre 1944.

Blessé par un obus le 1er février 1945, en mission dans la région de Bischwirr, il est fait prisonnier. On le retrouve à l'hôpital civil de Colmar où il décède le 2 février.

Déclaré "Mort pour la France", André Tanguy sera cité à l'ordre du corps d'Armée.

 

Références: Dossier du SHAT;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28


TARDY

Gabriel, Marie, Jean

Pseudonyme: LE TIMIDE

 

 

Né le 13 octobre 1920  à  Saint Etienne (Loire) de Jacques, Jean, Antoine Tardy  et de Pauline, Marie, Alice Fessy Célibataire  Profession: militaire Décédé le 18 août 1943  à Paris (Fresnes)

 Réseaux S.S.M.F./T.R., Uranus du S.R. Kléber Agent P2

 

Gabriel Tardy, dont le père est rentier,  a 19 ans quand il s'engage  dans l'Armée, en 1940.

Dans le Rapport justificatif pour concession de Médaille militaire, le chef du S.R. Kléber écrit (Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°24): "Il est avisé que sa demande est acceptée par le 9e Régiment de Cuirassiers à Lyon, mais en fait, il ne sera appelé qu'en juin 1940 au 14e ou 16e Cuirassiers.

Jeune, plein d'allant et de courage, il n'accepte pas la défaite. Au début de 1941, il entre en contact avec notre Service de renseignements et accepte avec enthousiasme des missions délicates et dangereuses en zone occupée.

Pendant plus de deux ans et demi, il franchira régulièrement et clandestinement les différentes lignes de démarcation. Sa  zone d'action comprend Paris, Le Havre, la côte de la Manche jusqu'à Boulogne, Arras et Châlons-sur-Marne.

Toujours calme, flegmatique, il inspire la plus grande confiance malgré sa jeunesse et réussit à recruter en ces différents points des informateurs dévoués. Il rapporte chaque fois des renseignements très sûrs sur l'ordre de bataille des troupes allemandes et sur leurs mouvements, renseignements très souvent appuyés par des documents originaux irréfutables, qu'il est allé chercher dans les cantonnements ou dans les bureaux."

Le 1er janvier 1941 il est agent de renseignement P2,  chef d'un sous-réseau du Réseau Uranus. Il habite Paris, 7 rue du capitaine Ferber (20e).

 Le chef du S.R.  Kléber ajoute que, "Mis en prison à Chalon-sur-Saône en juin 1942, il s'échappe. Arrêté peu après par la police de Vichy pour n'avoir pas rejoint les Chantiers de Jeunesse, il purge sa peine et se consacre de nouveau à la tâche qu'il s'est assignée.

Ses renseignements sont toujours plus importants lorsque, le 10 mai 1943, il est vendu et arrêté par la Gestapo à Saint-Étienne. Transféré à Fresnes, il est jugé par le Tribunal de 1ère instance de la Seine, 7e section). Fusillé le 18  août 1943, place Balard, il est inhumé au cimetière d'Ivry. "Il meurt très bravement après avoir écrit des lettres magnifiques inspirées du plus pur patriotisme", dit le chef du S.R. Kléber.

Voici une partie de ces lettres.

Il écrit à sa fiancée, Geneviève Landy:

"Je vais bientôt finir de te causer peines et tourments(...) Je ne me souviens que des joies que tu m'as données (...) Pardonne-moi et sache que mon affection a toujours été plus grande que je n'ai pu le montrer, mais elle était dominée  par un amour plus grand, celui de mon pays. Essaye donc maintenant de comprendre et d'excuser mon attitude; je n'ai jamais pu te rendre l'amour que tu m'avais donné et je sais bien qu'il était sincère et total. Tu as toujours été épatante et du ciel je vais essayer maintenant de réparer. Je te protégerai et te guiderai. Reste toujours une honnête fille ma petite Ginette, la véritable vie est là pour toi, le mariage et des enfants (...) Si tu as des enfants, fais en des Chrétiens et des Français (...) Aucune femme comme toi n'a autant occupé ma vie. Tu as été de mon devoir et des joies, plus de deux  de mes plus belles années, les plus belles parce que les plus dures, mais aussi quel soulagement et quel repos j'ai goûté auprès de toi (...) Je suis très calme et très courageux petite Ginette. Sois le aussi et console toi en sachant que nous nous reverrons, je compte sur toi. Aime toujours la France et fais la aimer (...) Au revoir Ginette, pauvre petite fille. Bon courage. Je pense énormément à toi et t'embrasse comme jamais je ne l'ai fait."

Il écrit aussi à son cousin René:

"Mon vieux René,

Je n'aurai donc pas la joie de te revoir toi et mes bons amis en ce monde. Je t'écris pour que tu leur transmettes, dans 4 heures, j'en aurai rejoint pas mal d'autres et ma mort aura été aussi originale que ma vie, mais sais-tu que je ne la regrette pas et que je suis heureux de mourir pour la France. Toi, vis pour elle, pour que lorsque tu seras bien vieux tu puisses te dire: ma vie n'a pas été inutile et j'ai eu la joie de servir, d'être utile à mon pays et à mon prochain, alors tu n'auras pas de regret non plus et c'est une bien grande satisfaction. J'ai fait peu mais je l'ai fait avec fanatisme, j'aurais voulu faire bien davantage, mais dans le ciel je vous aiderai tous, car je suis sûr qu'avec des fils comme vous le pays revivra après avoir tant souffert de ses fautes, fais la aimer autour de toi cette pauvre France par tes amis et tes enfants, le ciel vous aidera si vous le lui demandez. J'ai eu bien des faiblesses et commis bien des fautes mais ma mort les rachète et je sais que vous vous souviendrez longtemps de moi, ne tombez pas dans les erreurs que j'ai commises, le bonheur sur terre réside dans le devoir accompli et le sacrifice à son idéal (...)

Ne te laisse donc pas abuser, fixe toi un but honorable, et sacrifie tout pour l'atteindre; les difficultés rencontrées ne sont rien et ne servent qu'à te montrer ta faiblesse si ton idéal n'est pas soutenu par la foi et appuyé par la religion. N'aie aucune peine mon vieux frère, tu sais bien qu'un jour nous nous reverrons tous et je t'assure que si ta vie a été bien remplie et si tu espères et crois fermement en un monde meilleur, il n'est pas difficile de mourir.

Tu connais toute ma vie, nous avons toujours vécu l'un près de l'autre, tu connais donc aussi mes faiblesses, ne m'imite pas et si tu peux réparer la plus grosse, je te le confie. Ne m'imite pas en cela pour ne pas avoir un semblable regret, le seul d'ailleurs. Aime tes parents, on apprécie vraiment les gens de la famille que lorsqu'on en est privé, nous leur devons beaucoup et un de nos buts doit être de leur rendre un peu du bonheur qu'ils nous ont donné.

Je ne peux écrire à tous mes amis, fais leur savoir ce que je te dis, je pense à eux tous en ce moment, ceux avec qui j'ai vécu depuis deux ans, à François, à ses frères, à eux tous. Je sais que je peux compter sur toi. Tu te marieras un jour. Élève tes moutards comme nous avons été élevés, en Chrétiens et en Français. Si nous sommes si bas aujourd'hui dans ce pays, si je suis ici en ce moment, c'est que l'on n'aimait pas assez la France, le remède est là, aimer la France. Depuis cinq mois j'ai bien réfléchi et j'ai pu comprendre cette chose si simple, profites-en, ne te rebute pas devant les difficultés, ne te décourage pas, prie la Vierge, c'est extraordinaire les forces qu'elle donne. Grâce à elle, je n'ai jamais été aussi calme et sincèrement je me réjouis d'aller la rejoindre. Embrasse tes parents pour moi, tes frères et soeurs, je pense aussi à tous les cousins et cousines et aux joies que j'ai eues avec eux et j'en remercie le ciel. Au revoir mon vieux René, au revoir, les amis.

Vive la France."

Déclaré "Mort pour la France", Gabriel Tardy recevra la Médaille de la Résistance et sera proposé pour la Médaille militaire..

 

Références:  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4, n°24, p.48; Archives d'Alger (dossier DG 3230 pièce 9 - DG 3151 R3); mairie de Saint Etienne


THALOT

Michel, Antoine

 

 

Né le 29 septembre 1895  à  La Celle-sous-Gouzon (Creuse) de Louis Thalot  et de  Amélie Maufus Marié Profession: entrepreneur de menuiserie et buraliste Décédé le 22 janvier 1944  à  Compiègne-Royallieu (Oise)

 Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Entrepreneur de menuiserie et receveur buraliste, Michel Thalot avait fait la guerre de 1914-1918 comme engagé volontaire. Il avait une fille.

Recruté en novembre 1942 par des agents du service de contre-espionnage clandestin, il leur  offre son domicile pour leur rendez-vous et comme boîte à lettres. Il accomplit   également lui-même des missions difficiles d'agent de liaison.

Arrêté par la Gestapo le 14 juillet 1944, il résiste courageusement aux interrogatoires

Transféré à Royallieu (Compiègne), il y décédera le 22 janvier 1944.

Déclaré "Mort pour la France", Michel Thalot recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

Citation: "Dès novembre 1942, en contact avec des agents du C.E. clandestin en France occupée, a mis son domicile à la disposition de ces agents pour leurs rendez-vous et comme boîte à lettres. A servi à l'occasion d'agent de liaison, accomplissant avec discrétion et dévouements plusieurs missions délicates. Arrêté par la Gestapo le 4 juillet 1943, a conservé sous les interrogatoires une attitude courageuse et digne."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28, n°24, p.59


THIEBLEMONT

Gaston, Fernand, Victor

Pseudonyme: DAKAR

 

 

Né le 3 janvier 1897  à  Chaumont (Haute-Marne) de Alphonse, Adolphe Thieblemont  et de  Marie Libere Salsard Epouse: Berthe, Elise Courtois Profession: employé des Chemins de fer Décédé officiellement le 1er juin 1946 en déportation

 Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R.  Kléber (Bruno) , Résistance-FerAgent P2

 

Gaston Thieblemont avait fait la guerre de 14-18 comme engagé volontaire. Blessé le 16 juillet 1918 dans la Marne, au Clos Davaux, réformé, alors adjudant, il avait reçu la Croix de Guerre avec étoile de bronze, la Médaille militaire, la Médaille coloniale, la Croix du Combattant volontaire et avait été cité à l'ordre du régiment.

En novembre 1940, quand il s'engage dans la Résistance, il est employé de chemin de fer à Belfort.

Arrêté par la Gestapo le 14 décembre 1942, il est interné à Belfort puis à Dijon et déporté, le 19 septembre 1943 à Hinzert-Breslau. C'est en Silésie, au camp de Gross-Rosen, qu'il est vu pour la dernière fois le 7 février 1945, comme en témoigneront trois autres détenus (Chabaud, de l'Institut Pasteur à Paris, Jean Rencurel, de Belfort, et René Brottet). Il est officiellement décédé le 1er juin 1946.

Déclaré "Mort pour la France", Gaston Thieblemont sera proposé pour une intégration dans l'ordre de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


THOMAS

Marcel, Georges

Pseudonyme: VAUTRIN

 

 

Né le 22 juin 1911  à  Paris (XVIIIe) Marié Décédé le 12 février 1945  à  Flossenburg 

Réseaux: Action C.D., F.F.C., B.O.A. S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Marcel Thomas, réformé, est resté attaché au ministère de l'Air jusqu'à l'armistice. Agent P2 dans le réseau Action à partir du Ier juillet 1942, il est recruté par le capitaine Renaudin (Richard) le 1er janvier 1943, comme chargé de mission de 3e classe.

Paul Paillole donne un aperçu  de ses activités dans le cadre du T.R. 112 bis dès 1941:

Cette année là,  "Martineau s'est adjoint à plein temps un officier de réserve d'aviation, Marcel Thomas, formé au contre-espionnage dans le cadre du B.C.R. parisien du colonel Mermet. Sa technique est excellente, ses relations sont étendues. Dans le vaste champ d'action qui est le leur, Martineau et Thomas ont pour objectifs principaux la recherche et la surveillance des postes de l'Abwehr, du R.S.H.A. et de leurs organismes auxiliaires. C'est beaucoup! C'est trop si l'on considère le dynamisme parfois désordonné, souvent débordant de ces deux camarades."

Joseph Dehenin*, commissaire de police belge, qui dirige en Belgique une organisation reliée au T.R. 112, demande "de l'aider à organiser des filières pour permettre l'évasion d'officiers belges  vers le Congo et de pilotes anglais vers l'Espagne et le Portugal." Contact est pris aussi avec Gilbert Renault (Rémy), chargé par le 2e Bureau de De Gaulle d'organiser un réseau de renseignements dans les régions de France où travaillent les T.R. "C'est l'amorce d'un travail en commun avec les gaullistes", dit Paul Paillole. Dans un café de la place Saint Michel, à Paris, Rémy rencontre Marcel Thomas (Vautrin). Rigaud rend compte à Paul Paillole du contact établi en ces termes:

"D'une table voisine, Martineau a assisté à l'entrevue de Rémy et de Vautrin. Tout s'est admirablement passé. Vautrin s'est annoncé comme le mandataire d'un groupe d'anciens officiers, ce qui est vrai. Il a remis à son interlocuteur un échantillon  de nos fournitures et exposé nos possibilités. La satisfaction de Gilbert (Rémy) était telle qu'il a offert pour débuter une mensualité de 100 000 F.

- J'espère que Vautrin a refusé?

- Non, monsieur le directeur, Rémy a l'air d'être plein aux as. Il a offert cette manne avec tant de délicatesse et d'insistance qu'il était difficile de refuser.

Je ne peux m'empêcher de sourire", dit Paul Paillole.

Henri Noguères écrit: "L'argent versé par Rémy à Vautrin alimentait la caisse de l'organisation Paillole".

Ce dernier poursuit, rapportant les paroles de Rigaud:

"- Vautrin a promis de remettre un courrier par semaine. Le rendez-vous avec Rémy (ou ses émissaires) auront lieu dans les cafés Dupont. On changera chaque fois d'établissement en suivant l'ordre des Dupont dans l'annuaire téléphonique.

Si le contact est précieux pour Rémy, il se révélera fort utile pour nous."

Paul Paillole  cite encore Marcel Thomas  à propos d'un incident rapporté par Martineau . "L'une de nos honorable correspondantes organise des rendez-vous galants dans son appartement parisien, rue Pierre-Demours. Bonne âme, à l'occasion elle fournit de la drogue. L'un de ses clients assidu est un jeune officier de la marine allemande. Thomas a réussi à le rencontrer chez notre amie. Il a pu "l'affranchir" contre des fournitures de coco et de l'argent. Son rendement est d'un intérêt prodigieux. Cette fois  il nous a remis pour vingt-quatre heures les plans des défenses de Dieppe. Nous les avons passés à Rémy qui n'a pas pu les rendre à temps. L'officier n'a eu que la ressource de mettre le feu à ses bureaux!"

Marcel Thomas est arrêté par la Gestapo le 7 août 1943 et déporté. Mort le 12 février 1945 à Flossenburg, il sera inhumé  à Johanngeorgen-Stadt.

 

Références: Archives du Bureau Résistance;  "Services Spéciaux" de Paul Paillole (Ed. Robert Laffont,1975); "Histoire de la Résistance", tome I, de Henri Noguères (Ed. Robert Laffont, 1975)

 


THOUENON

Yves, Marie, Pierre

 

 

Né le 18 octobre 1913  à  Pau de Pierre, Marie Thouenon  et de  Marie-Louise Duela Célibataire décédé le 15 mai 1945  à  Neuengamme (Allemagne) 

Réseau:  S.S.M.F./T.R. - Groupe Morhange

 

Yves Thouenon, incorporé début 1939 au 9e Zouaves à Alger, a été fait prisonnier à Dunkerque et s'est évadé quelques jours plus tard.

Le 1er juin 1943,il entre dans le réseau créé par Marcel Taillandier* sous son nom de guerre de Morhange, un réseau de C.E. d'action et de renseignement composé d'une douzaine d'hommes, qui reçoivent directives et instructions du commandant Paillole et travaillent en relation avec le poste T.R. 125 de Barcelone. Dans son livre "les Services Spéciaux", Paul Paillole écrit: Taillandier "saisit l'importance de sa mission notamment pour la protection des passages pyrénéens. Elle se résume en une phrase: Paralyser l'ennemi et détruire la trahison."

Yves Thouenon, est arrêté le 27 avril 1944, interné à Fresnes puis à Compiègne, avant d'être déporté le 15 juillet 1944. Il est considéré comme disparu à Neuengamme, officiellement décédé le 15 mai 1945.

Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.28-29


THURU

Jules, Maurice

Pseudonyme: TURKA (ou TURKER)

 

 

Né le 13 mars  1898 à  Trith Saint Léger (Nord) de Emile Thuru  et de  Marie Coqueriaux Epouse: Yvonne Ethuin Profession: commerçant Décédé le 23 août 1944  à  Diez (Allemagne)

Réseaux F.F.I., réseau O.C.M. Centurie (Nord), Samson du S.R. Air, C.N.D. Castille, réseau ShelburnAgent P2

 

Jules Thuru avait été blessé deux fois et gazé en 1914-1918. En 1939-1940, fait prisonnier à Boulogne-sur-Mer, il s'était évadé.

Fils d'un forgeron, lui-même commerçant, il habite Le Catheau (Nord) et a une fille de quinze ans, Josiane, lorsque commencent ses activités de résistant en 1940.

Il aide alors les prisonniers évadés et se dépense pour empêcher le départ des requis pour le travail en Allemagne, établissant papiers et documents nécessaires.

Dans le groupe O.C.M. Centurie, de juillet 1942 à novembre 1943 il travaille sous les ordres des commandants Richez (alias Brandy) et Paul Chabloz (alias Chevesnes), portant des messages, recherchant des terrains de parachutage,etc. Il s'occupe surtout de la recherche et de l'hébergement des alliés en difficulté, utilisant pour cela sa voiture personnelle. C'est ainsi qu'il sauve sept aviateurs anglais et américains en les remettant aux organisations susceptibles de les convoyer. Il est aussi chargé de veiller à la conservation de caisses de munitions parachutées vers mai-juillet 1943.

Le commandant Paul Chabloz écrit dans son appréciation: "Officier de grande valeur; énergique, d'un sang-froid admirable. A toujours fait preuve d'initiative et d'un courage à toute épreuve. Très estimé de ses chefs et de ses subordonnés. Adjoint au commandant Richez, alias lieutenant colonel Brandy, comme responsable de l'arrondissement de Cambrai, a assuré la liaison dans des circonstances périlleuses. S'est spécialisé dans l'aide aux aviateurs alliés."

A la suite de l'arrestation du commandant Richez et de la plupart des chefs de l'O.C.M., au prix de grandes difficultés, il parvient à se mettre en rapport avec le réseau Samson à Paris, en juin 1943, et organise un service de renseignements ayant pour chef le lieutenant Paul Berthe, service chargé de faire parvenir à Paris tous les six jours un compte rendu des événements survenus dans la région de Cambrai: passages ou déplacements de troupes, activités sur rails et canaux, surveillance des trains, principalement de permissionnaires, projets de sabotage, relevé de travaux effectués par l'ennemi (camps d'aviation, postes d'écoute, rampes de lancement, etc.), avec plans, photos, études sur le terrain.

"Brave parmi les braves, il s'est dépensé sans compter", lit-on dans un relevé de ses états de service. Nommé lieutenant par le commandant Richez le 10 juillet 1942, il est élevé au grade de capitaine par le commandant Chabloz le 6 septembre 1943.

Sa femme rapportera les circonstances de son arrestation: "M. Paoli, le commissaire de police de Cambrai, donna à mon mari un Anglais à rapatrier. Il le conduisit au lieu de rapatriement à Paris. Ce dernier était un agent du contre-espionnage allemand. Trois jours après (3 novembre 1943), nous étions arrêtés. Nous fûmes internés à Loos, jugés par le Tribunal de l'Air allemand (à Lille) le 12 mai 1944. Condamnés à mort, déportés. Puis Thuru Jules fut fusillé à Diez le 23 août 1944."

Yvonne Thuru, elle aussi reconnue comme membre du réseau Shelburn, devait être rapatriée de déportation le 22 mai 1945.

Déclaré "Mort pour la France", Jules Thuru, qui s'était vu décerner la Croix de Guerre 1914-1918, la Médaille interalliée, la Croix du Combattant et la Médaille commémorative, sera  fait chevalier de la Légion d'Honneur, recevra la Médaille de la Résistance, et la Medal of Freedom (américaine) et fera l'objet d'une citation anglaise.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"


TORLET

Elisabeth, Georgette

Pseudonymes: R.XEY 3, TALENT

 

 

Née le 5 février 1915  à  Les Bordes (Loiret) de Georges, Auguste Torlet  et de  Thérèse, Octavie Besnard Célibataire Profession:  employée de bureau Décédée le 6 septembre 1944  près de Lanthenans (Doubs) 

Réseaux:  B.C.R.A. Alger, S.S.M.F./T.R., mission Jorxey, Action RDAgent P2

 

Née à Les Bordes, dans le Loiret, Élisabeth Torlet appartenait à une famille de cinq enfants dont le père, Georges Torlet, était contrôleur général d'un organisme social et maire de cette commune, dont il était lui-même originaire. Élisabeth y passa une partie de son enfance. Elle fit ses études à Orléans puis à Saint Omer, dans le Nord, où elle enseigna dans une institution privée jusque en 1939. Elle travailla ensuite aux Assurances sociales jusque en 1941.

En 1942, avec sa soeur Geneviève, elle rejoignit leur soeur aînée au Maroc, pour l'aider face à une maternité, dit le capitaine A. Jacolin (allocution prononcée lors du transfert des restes d'Élisabeth Torlet). Les deux jeunes filles se trouvaient donc au Maroc lors de la libération de l'Afrique du Nord en mai 1943.

"Le Gouvernement provisoire fit appel alors à toutes les énergies pour organiser une armée devant coopérer avec les Alliés à la libération de la métropole", dit A. Jacolin. Élisabeth et Geneviève Torlet font partie de ceux qui y répondent: elle s'engagent le 16 février 1943 pour la durée de la guerre et sont affectées au corps féminin des Transmissions à Hydra. Elles sont de celles qu'on surnommera les Merlinettes (le chef des Transmissions étant le général Merlin), comme Marie-Louise Cloarec*, Eugénie Djendi* et Pierrette Louin*.

Les deux soeurs Torlet reçoivent une formation en radiotransmission. ("Leurs qualités exceptionnelles, dit le capitaine Jacolin, les firent désigner pour apprendre la manipulation extrêmement difficile et délicate des postes émetteurs-récepteurs clandestins.")

Elles sont nommées sergent le 15 septembre 1943. Là s'arrête leur vie commune.

Élisabeth Torlet est parmi les trente volontaires pour des missions périlleuses ayant répondu à l'appel lancé par le général Merlin à la demande des services de renseignements français. En septembre 1943, elle est affectée à la Direction générale des Services spéciaux à Alger (capitaine Simoneau), où elle se fait remarquer par son cran et son dévouement. Elle obtient son brevet de parachutiste. Sa fiche d'agent (Arch. D'Alger) en donne le signalement suivant:

"Impression de contact: posée, renfermée, calme. Semble très décidée. Accepte parachutage. Taille: 1,52 m. Cheveux: châtain foncé. Front: ordinaire. Sourcils: châtains. Yeux: gris vert. Nez: moyen. Bouche: petite. Menton: rond. Visage: rond. Teint: mât."

Lorsqu'elle rejoint l'équipe du capitaine Jacolin, celui-ci la décrit comme une jeune fille au corps frêle, sensible à la musique, très attachée à sa famille. "Une jeune fille sérieuse, simple, joyeuse... Quelques jours avant le départ (en mission), après avoir assisté à la messe et communié, calmement, simplement, en pleine connaissance des épreuves et risques qu'elle allait courir, elle me confia, dit-il, qu'elle avait offert sa vie pour la France." Sur une image pieuse trouvée dans son sac de soldat, on lira ces mots de sa main:

"Mon Dieu quand tu voudras

où tu voudras

comme tu voudras".

Le matériel à parachuter, dans des containers (ravitaillement, armement, matériel radio, vêtements, etc.) et la distance aller et retour, donc le carburant nécessaire, sont tels qu'une forteresse volante alliée est choisie pour la mission Mais plusieurs fois celle-ci doit être reportée (avion indisponible, météo défavorable dans l'Est de la France, etc.)

"Le lundi 30 août, dit le capitaine Jacolin, nous sommes une fois de plus réunis sur l'aérodrome (à Maison Carrée)... Nous embarquons à trois (avec une autre jeune fille, Marie-Antoinette Verbeschlag, alias Jacqueline Valmont, qui parlait l'alsacien), accompagnés d'une autre équipe qui devait opérer dans une région voisine."

Ils décollent à 18h30, abordent les côtes françaises à la tombée du jour, remontent la vallée du Rhône. A partir de Valence, orage et éclairs. Puis le ciel s'éclaircit, la lune se lève. A 23h30 s'allume le feu rouge qui avertit les parachutistes qu'il faut se préparer. "Nous enfilons les harnais, dit le capitaine Jacolin, et vérifions la bonne et solide fixation de la boîte de jonction."  La trappe est ouverte, la première équipe saute. Celle du capitaine Jacolin " s'assoit alors autour du trou d'hommes, les jambes pendantes, nos mains sur le rebord pour nous lancer au signal... Mes deux équipières sautent alors les premières et je suis, alors que l'équipage lâche les bagages."

Mais l'altitude est trop grande, la descente se prolonge et les trois parachutistes s'écartent les uns des autres. "Le parachute d'Élisabeth s'accroche à un arbre... C'est après une longue et difficile marche dans la nuit que l'équipe put se regrouper et retrouver son matériel.

Nous cachons nos containers dans les haies et montons sur la route . L'Isle-sur-le-Doubs. Il est cinq heures du matin... Nous apercevons quelques maisons, c'est le hameau du Rochet. Moment d'arrêt, de réflexion, d'appréhension... Nous frappons... M. et Mme Bertenans nous ouvrent, nous demandons notre route, mais Mme Bertenans, nous voyant trempés, nous offre l'hospitalité.  Nous ne mettons pas longtemps à découvrir que la providence nous avait conduits dans une maison sûre, amie.

M. Bertenans nous aide, avec un de ses fils, à transporter et camoufler tout le matériel. Aussitôt Élisabeth Torlet installe le poste émetteur et tente les interminables essais pour prendre contact avec Alger.

Le 5 septembre à 18 h, nous trouvant à Blussans, nous apprenons que les F.F.I. du Lomont encerclent l'Isle-sur-le-Doubs. Nous rencontrons le commandant et lui offrons de lui fournir des armes, munitions et ravitaillement que nous possédons....

N'écoutant que leur coeur, Cécile Bertenans et Élisabeth Torlet veulent charger leur porte-bagages de provisions.

Pendant notre absence, les Allemands avaient déclenché une contre-attaque, les jeunes femmes, parties dans le bois au-dessus de Blussans,  se heurtent à une patrouille ennemie. Cécile Bertenans peut, par miracle, se cacher dans les broussailles. A la faveur de la nuit elle s'évadera.

Élisabeth Torlet, prise par les Allemands, dut, dans la mesure où nous avons pu reconstituer le drame, résister pendant la fin de la journée tragique et toute la nuit aux interrogatoires de l'ennemi. Puis, emmenée par eux, le 6 septembre à 9h15 du matin, elle est lâchement abattue."

Charles et Cécile Bertenans témoigneront aussi: "Inquiets du sort de Mlle Élisabeth, nous nous sommes mis à sa recherche dès le lendemain matin. A Blussans nous avons appris qu'une jeune fille avait été trouvée, assassinée par les Allemands, au lieu dit "Terre Rouge", situé sur le territoire de cette commune. Rendus sur les lieux nous avons effectivement reconnu le corps d'Élisabeth et avons constaté que sa mort, provoquée par une balle tirée à la tête sous l'oeil gauche, était intervenue environ deux heures avant le moment de la découverte... Sa montre était arrêtée à 9h15. Elle était dépouillée de tous ses papiers. Nous avons  ramené son corps chez nous et avons prévenu le maire de Lanthenans par l'intermédiaire de Monsieur le Curé. Les communications étaient interdites, nous n'avons pu prévenir le médecin."

A. Jacolin dit: "Nous la veillâmes tour à tour". Et, plus loin:

"Sous la pluie une charrette paysanne emporte le cercueil recouvert du drapeau tricolore à Lanthenans distant d'environ 1km.

Nous suivons tous le convoi. Mais je ne puis m'empêcher de penser au risque que nous faisons courir à toute cette population. Ce convoi tricolore, après les incidents des derniers jours, aurait certainement attiré l'attention des Allemands si par malheur ils avaient circulé sur cette route à cette même heure.

L'église était drapée en grand deuil, ainsi que cela se pratiquait à l'époque.

Quatre jeunes filles entrèrent le cercueil dans l'église. La messe des morts fut chantée par le choeur de la paroisse. Tout le village était présent. Puis se fut l'absoute et la mise dans la fosse dans le cimetière qui entourait l'église. Les habitants du village alors se dispersèrent."

Déclarée "Morte pour la France", Élisabeth Torlet sera nommée lieutenant et chevalier de la Légion d'Honneur , elle recevra la Croix de Guerre avec palme.

 

*

Citation : "Jeune fille animée d'une foi ardente dans les destinées du Pays. Volontaire pour participer à une mission de recherche de renseignements en zone occupée par l'ennemi. S'est imposée à tous dès le premier jour par son cran et son dévouement. Prise par les Allemands le 5 septembre 1944 près de l'Isle-sur-le-Doubs, a fait preuve d'un merveilleux esprit de sacrifice en résistant à tous les interrogatoires de la Gestapo. A préféré mourir plutôt que de dénoncer ses camarades de mission."

 

Références: dossier fourni par A. Jacolin (A.A.S.S.D.N.); Archives dAlger (dossier n° 33241-5)


 

 

 
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