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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Led-Lg
 

LE DREF

Émile, Léon, Jules

 

 

Né le 3 février 1900  à  Lorient (Morbihan) De Emile, Joseph Le Dref  et de  Jeanne, Léontine Trélis Épouse: Yvonne... Profession: employé de la S.N.C.F. Décédé le 15 mars 1945 à Oranienburg (Allemangne) 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P2), Hector, Résistance fer, D.G.E.R.Agent P2

 

Émile Le Dref, qui  était né dans une caserne (son père était gendarme maritime), entra à  la S.N.C.F. en 1924, après avoir fait la guerre 1914-1918 comme quartier maître armurier, et devint chef de section principale à la gare de Mantes (Seine et Oise).

En juillet 1941, il s'engage dans la Résistance, agent P1 d'abord, puis agent P2 en juillet 1942; il est alors agent de sabotage. C'est un camarade de Gaston Le Métayer*.

Après un an d'activité, le 9 juillet 1942, il est arrêté dans les bureaux de la S.N.C.F., au cours d'un coup de filet qui décime le réseau. D'abord interrogé sur place vers 8h30,  il est interné à Fresnes puis à Villeneuve-Saint-Georges.

Jugé par le tribunal militaire allemand de la rue Boissy d'Anglas à Paris, avec notamment Georges Agoutin*, André Gardes*, Louis Cavelier*, Jean-Marie Le Boterff*, Gaston Le Métayer* et Olivier Nicolas*,  il est condamné à mort le 20 janvier 1943.

Une intervention du directeur général de la S.N.C.F. dit: "Tous les chefs qui l'ont connu l'ont qualifié de très bon cheminot.(...) Il a reçu une lettre de félicitation de la Feldkommandantur de Versailles, accompagnée d'une gratification de 200 F, à la suite de la remise d'une caisse." Celle-ci, recherchée à la fois par la Feldgendarmerie et la police française, était tombée d'un train et contenait des fusées éclairantes.

D'autres intervenants tentent de minimiser son action en disant, comme pour Le Boterff, qu'il ne s'est "jamais signalé pour une activité politique subversive" et qu'il a "vraisemblablement joué  dans cette affaire un rôle assez effacé et n'a pas saisi la gravité de l'action qu'il commettait".

Sa peine étant commuée en déportation, il est envoyé successivement à Reinbach, Sonnenburg et Oranienburg. En février 1945, il part pour une destination inconnu et dès lors  disparaît. Son fils a treize ans.

Déclaré "Mort pour la France, Émile Le Dref recevra la Médaille de la Résistance

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Archives Nationales (dossier F 60 - 1576);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; mairie de Lorient

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LEDUC

Jean-Marie

 

 

Né le 16 mars 1898  à  Taulé (Finistère) de Alain Leduc  et de  Euphrosine Jourden Épouse: Germaine Calvez Profession: expéditeur de légumes Décédé le 31 mars 1945  à Neuengamme (?)

 Réseau: Turquoise (Mission Blavet) - BuckAgent P2

 

Jean-Marie Leduc a fait la première guerre de mai 1917 à novembre 1918 (cité à l'ordre du régiment), puis a été envoyé au Maroc du 20 novembre 1919 au 11 juin 1920.

C'est un homme de petite taille, aux cheveux châtains et aux yeux bleus. Il est expéditeur de légumes à Morlaix; ses deux enfants, Jean et Hervé, ont 9 et 8 ans quand il s'engage dans la Résistance, en janvier 1944. Il sert alors de boîte aux lettres au réseau Turquoise que dirige Yvon Jézéquel*.

Le secteur du réseau Turquoise (qui travaille aussi avec d'autres réseaux comme Résistance-Fer) comporte toute la zone côtière du Mont Saint Michel à Saint Malo, région stratégique essentielle pour le débarquement allié. Il s'agit de fournir des renseignements sur les effectifs et armements allemands (43 750 hommes recensés), mouvements de trains (6 à 12 par jour), résultat des sabotages des groupes Action, bilan des bombardements alliés. Pour ces opérations, le code de Turquoise est Blavet.

"Les liaisons maritimes, dit La Presse d'Armor (10 octobre 1992), sont faites à l'ile d'Er par une vedette anglaise qui vient la nuit par grande marée, en principe donc tous les quinze jours (...)

Agents, matériel radio, armes étaient débarqués. C'est surtout le va et vient des valises d'instructions et de renseignements qui étaient importants et réguliers, car Blavet agissait pour le compte de plusieurs réseaux."

Mais en avril 1944, le principal local d'émissions du réseau Turquoise, rue Gutemberg à Rennes, est indiqué par dénonciation à la Gestapo. Celle-ci y tend une souricière.

Jean-Marie Leduc est arrêté par la Gestapo le 18 avril 1944  à Morlaix, où il habite (18 rue Albert Legrand).

Déporté le 28 juillet 1944 à Neuengamme, il disparaît à partir du 31 mars 1945.

Déclaré "Mort pour la France, Jean-Marie Leduc recevra la Croix de Guerre avec étoile de bronze, la Médaille de la Victoire et la Médaille commémorative.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"


LEDUC-LADEVEZE

(LEDUC sur l'acte de naissance)

Philippe, Ernest, Lucien

 

 

Né le 8 avril 1890  au Mans (Sarthe) de Ernest, Isidore  Leduc- Ladeveze  et de Thérèse ... Epouse:  Marie, Thérèse, Anna Boulanger Profession: délégué médical Décédé le 9 janvier 1945  à Ellrich (Allemagne) (d'après les papiers de Marco)

 Réseau:  S.S.M.F./T.R. - Marco du S.R. Kléber Agent P2

 

Philippe Leduc-Ladeveze  venait juste de se marier quand il  est parti pour la guerre de 14-18, versé dans l'artillerie en 1916. Puis il fut,  de nouveau,  mobilisé de septembre 1939 à janvier 1940.

Entré au service de la Résistance à 53 ans, le 1er février 1944, il est alors délégué médical et père de deux enfants: Simone, 28 ans, et Pierre, 25 ans. Ce dernier (alias Janin) entre avec son père dans la première équipe du réseau Marco.

 Créé en décembre 1943, alors que le débarquement des Alliés est espéré pour les premiers beaux jours de 1944, Marco concentre ses efforts sur les deux Normandie, la Picardie et la Bretagne, zones possibles de débarquement.

Henri Navarre dit que Philippe Leduc-Ladeveze est alors correspondant au Mans, centre d'observation important du réseau Kléber, et relais pour les arrières de la Bretagne et de la Normandie. En Normandie, les accès au Mur de l'Atlantique sont particulièrement dangereux. Les seuls informateurs susceptibles de procéder à ce travail en continu sont donc les habitants de la côte. Des équipes cyclistes parcourent cette zone.  L'agent de renseignement recueille des informations sur l'armée allemande dans des secteurs géographiques déterminés. Il doit donc être capable d'identifier les grades, les fanions, les unités, les divisions, les divers matériels de guerre dans les trois armes.

Philippe Leduc-Ladeveze travaille avec le capitaine de réserve Delétang; quand celui-ci est arrêté, en mars 1944, il aide le capitaine de réserve d'aviation Pierre Miquel à assurer la survie de l'antenne.

Arrêté le 21 juin 1944,  parti pour Fresnes le 7 août, il meurt le 9 janvier 1945,. à Ellrich (d'après les papiers du groupe Marco).

Philippe Leduc-Ladeveze recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références:  Archives du Bureau "Résistance"; Liste réseau "Marco Kléber" (A.A.S.S.D.N.); "Les Services de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.239 (Ed. Plon, 1978); "Le réseau Marco du S.R. Kléber" de E. Robert, mémoire de maîtrise d'histoire, Université Paris I, oct. 1996


LEGRAND

Albert, Zéphyr, Légitime (acte de naissance)

Robert (sur le mémorial)

 

 

Né le 15 juin 1897  à  Écuires (Pas-de-Calais deZéphyr Legrand  et de  Estelle Gérard Epouse Marie-Odile Gelb Profession: entrepreneur de transport Disparu en avril 1944, en convoi pour Cassel 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., ChaborAgent P2

 

Robert Legrand, dont le père était garçon boulanger au moment de sa naissance, était lui-même entrepreneur de transport en Dordogne, à Razac-sur-L'Isle. Il avait fait la guerre de 1914-1918 et avait alors été cité à l'ordre du régiment en ces termes: "Excellent canonnier ayant toujours donné satisfaction par son courage et sa belle conduite. A été blessé deux fois dans l'accomplissement de son devoir."

Il s'est ensuite fixé en Alsace et marié pour la seconde fois à Mulhouse d'où son épouse, Marie-Odile Gelb, était originaire.

En 1939, il fut mobilisé comme chauffeur civil avec son matériel (plusieurs camions de fort tonnage). A l'armistice, il se retira à Razac où il devint propriétaire d'une sablière faisant l'extraction de la grave et du sable de l'Isle.

Le 8 mars 1940 naît son dernier enfant, Francis. Quelques mois après, le 1er août, il s'engage dans les services spéciaux (pour le réseau Chabor, il sera informateur occasionnel)

Émile Rigaud, qui l'a recruté, parle de lui comme d'un "homme mûr, réfléchi, avec un patriotisme farouche", et  témoigne ainsi de son activité:

"(... ) Il me signalait que sa fille, Jeannette, née d'un premier mariage, venait d'être sollicitée en raison de sa parfaite connaissance de la langue allemande pour occuper un poste de secrétaire à la Kommandantur de Bordeaux. C'était une des raisons qui l'avaient incité à prendre contact avec le capitaine Bernard(... )C'était pour moi une véritable aubaine (... ) Je lui conseillai de dire à sa fille Jeannette d'accepter (... ) Je confiai à Jeannette un appareil "Leica" avec l'équipement nécessaire pour pratiquer, dans sa chambre, en ville, la photocopie des documents secrets qu'elle pouvait subtiliser pour une nuit. Ce fut là une source de première valeur (...)

M. Legrand était l'heureux époux d'une toute jeune femme, elle était aussi une collaboratrice précieuse pour son mari auprès duquel elle jouait le rôle de secrétaire bilingue.

Jeannette Legrand ne pouvait venir trop souvent en zone libre, ce qui aurait attiré l'attention de ses supérieurs. C'est Mme Legrand qui tout naturellement allait rendre visite à sa belle-fille à Bordeaux et se chargeait des précieux micro-films."

M. Legrand les cachait dans son camion, dans des tubes métalliques, avec le courrier des correspondants en zone occupée. Un témoin, M. Aimé-Paul Muller, ancien avocat, dit que, avant la ligne de démarcation de Monpont (Dordogne), M. Legrand sortait les tubes du gazogène, Mme Le Grand faisant le guet.

Les papiers permettant au camion le passage de la ligne de démarcation avaient été établis par le maire de Ménestérol, près de Monpont où les époux Le Grand avaient une maison. Les facilités de déplacement obtenues et le fait que les Legrand reçoivent des amis alsaciens avait d'ailleurs fait peser sur eux des suspicions de collaboration de la part des maquisards.

Cependant, activement recherché, Émile Rigaud doit rejoindre l'A.F.N. Le poste de Limoges dont il assume la responsabilité étant mis en sommeil, il confie ses archives et son fichier à son collègue de Clermont-Ferrand. Quelques semaines plus tard, les Allemands ayant envahi la zone libre, ce dernier est arrêté et le fichier saisi. Le temps qu'il soit exploité et c'est l'arrestation de Robert Legrand et de sa fille Jeannette (qui reviendra de déportation).

Robert Legrand est arrêté à Razac par le S.D. de Périgueux, le 24 septembre 1943 d'après Mme Legrand (le 18 septembre d'après le dossier du Bureau Résistance) . Incarcéré à Fresnes, condamné à mort par le Conseil de guerre allemand siégeant à Paris en février 1944, il est finalement déporté le 6 avril 1944 à Francfort où il passe trois jours dans une synagogue. Enfin, il est vu pour la dernière fois dans un convoi allant vers Cassel.

Le Lieutenant colonel Verneuil atteste ainsi du service rendu: "M. Legrand a fourni au service de contre-espionnage des renseignements de grande importance qui ont notamment permis l'arrestation de plusieurs agents au service de l'ennemi. Il a contribué en outre, avec sa fille -  également attachée au service - à sauver de l'arrestation et de la déportation plusieurs patriotes recherchés par la Gestapo."

Robert Legrand sera déclaré "Mort pour la France". Fait chevalier de la Légion d'Honneur, il recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Mes "Mémoires" de Jean-Emile Rigaud (A.A.S.S.D.N.);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°164, p.10;  dossier fourni par madame Legrand; mairie de Écuires (Pas-de-Calais)


LE HENAFF

Yves

Pseudonymes: FANFAN, ALAIN, Michel BRIDGE

 

 

Né 14 (23 d'après le SHAT) octobre 1914   à  Quimper (Penhars, Finistère, au SHAT) de Yves Le Henaff  et de  Charlotte Longarret Célibataire Profession: officier de marine (Ecole navale, promotion 1936) Décédé le 2 juillet 1944  entre Compiègne et Dachau

 Réseaux:  S.S.M.F./T.R. , S.R. MarineAgent P2

 

Jeune officier sorti de l'École navale en 1936, Yves Le Henaff  fit l'École d'application des enseignes de vaisseau sur le Jeanne d'Arc, puis, de 1937 à 1940, fit partie des Forces navales d'Extrême Orient sur l'aviso Dumont d'Urville et sur la canonnière fluviale Balny. En A.O.F. en 1940-41, sur l'Antarès, il participa à la remise en état de cet hydravion, qui valut à son équipe un "Témoignage officiel de satisfaction" pour l'efficacité des travaux effectués. Il reçut en septembre 1940 la Médaille coloniale avec agrafe d'argent A.O.F. En 1941-42, il suivit les cours de l'École aéronautique à Salon de Provence, puis partit pour Arzew et Oran.

C'est là qu'il rencontre Paul Paillole en janvier 1943. Ce dernier est frappé par le jeune enseigne de vaisseau dont le "regard sombre, pénétrant, passionné, révèle une nature ardente" et qui se montre alors volontaire pour une action en France. "Tous les obstacles que ma raison soulevait, dit le colonel Paillole, Le Henaff les balayait: "Vous serez reconnu, identifié"... "Je changerai de nom et de visage".. C'est  en effet ce qu'il fit. Rémy, dans son livre "La Ligne de démarcation", en fait ce portrait: " Il avait la figure de travers après s'être fait fracturer la machoire par un chirurgien esthétique de Londres. Son nez était en trompette, ses paupières bridées". Un témoin raconte: "Je vis un petit homme blond, d'aspect malingre, on aurait dit un gosse de vingt ans. Son regard était extraordinaire. Il dénotait la franchise, l'intelligence, une énergie sans limite".

"La nuit du 14 au 15 juin 1943, poursuit Paul Paillole, après quatre mois de stage en Angleterre et une opération esthétique de la face destinée à le rendre méconnaissable, Le Henaff sera parachuté dans le Finistère avec son radio (le lieutenant Robert Vanier de l'armée canadienne). Pendant huit mois, il sera en Bretagne l'infatigable animateur de notre réseau T.R. Jeune (mission Jeune Dalhia) et l'organisateur de nos liaisons maritimes avec l'Angleterre." (C'est une des trois filières de liaisons aériennes et maritimes prévues par Paul Vellaud.) Pour les liaisons maritimes, explique le colonel Bernard, des chalutiers quittent la côte sous prétexte de pêche et mettent cap sur l'Angleterre sitôt hors de vue de la surveillance côtière. C'est ainsi que la pinasse à sardine "Moise" part de Douarnenez et revient clandestinement le 23 août, transportant 22 passagers  de Porz-Lanvers à Newlyn. L'opération est notamment financée par la D.S.M. de Paul Paillole, dit Brooks Richards.

L'une des missions d'Yves Le Henaff est d'assurer l'évasion vers l'Angleterre de personnalités et d'officiers, son principal terrain d'action, son pays d'origine qu'il connaît bien. L'organisation des départs des ports bretons, avec la complicité des pêcheurs et de la Royal Navy, pose des problèmes de discrétion, de liaisons, de météo et les résultats sont aléatoires, comme le souligne une note de SHAT. Yves Le Henaff organise ainsi quatre départs dont un par avion , ce qui repésente l'évasion de soixante personnes.

Son adjoint André Cann, qui a participé aux diverses opérations, raconte l'un des épisodes vécus par Le Henaff:

"En octobre 1943, la mission avait organisé à Lézardrieux, dans les Côtes-du-Nord, le déroutage de la vedette des Ponts et Chaussées de Lézardrieux le jour où ce bateau ferait le ravitaillement du phare des Roches Douvres, à mi chemin entre Saint-Brieuc et les îles anglo-normandes. L'équipage de la vedette, après avoir neutralisé les deux marins allemands présents à bord, avait accosté au début de la nuit en un point désert à quelques kilomètres au sud de Plougreslant (près Tréguier). L'opération dut être remise en raison d'avaries causées au bateau par un bombardement anglais imprévu du port de Lézardrieux. Elle fut de nouveau retardée en raison du mauvais temps. Elle eut lieu dix jours après la date fixée par l'Amirauté britannique. La malchance voulut que la vedette anglaise, prise dans les courants de marée et dans la nuit, ne put nous retrouver au point convenu. Elle gagna l'Angleterre sans nous mais avec les marins allemands neutralisés. Nous étions vingt-trois hommes en panne, dont les trois membres de la mission Jeune Dahlia, et avions vécu dix jours dans une maison inhabitée au bord d'une grève parcourue par les patrouilles allemandes. Bien que l'alerte fut donnée tous nos hommes purent quitter la région." (Parmi eux: le commandant Jouhaud, l'amiral Pothuau, Georges Trudert.)

A Lézardrieux,  Le Henaff rencontre Yvon Jézéquel dont l'ambition est de rejoindre la Marine française, ensemble ils montent un plan dévasion, dit Brooks Richards, en utilisant un ravitailleur de phare, "La Horaine", en novembre 1943.

"En janvier 1944, dit le colonel Paillole, je suis inquiet de l'échec de cinq tentatives de liaisons, de diverses arrestations, et surtout de l'arrestation et du noyautage de notre équipe atlantique que dirigeait notre admirable marin qu'était Lavallée*. Je demande à Fanfan de rentrer. C'est mal connaître Le Henaff que supposer qu'il abandonnera la France occupée sans avoir accompli cette mission qui a échoué plusieurs fois et en laissant dans l'embarras quelques personnalités qui lui ont été confiées."

 Le dernier voyage de Le Henaff est celui du Jouet des Flots. Cette pinasse a été achetée à Tréboul pour 300 000 F par son adjoint André Cann. Henri Noguères raconte ainsi son départ et la tempête du 3 février 1944:

"Un équipage sûr a été constitué, commandé par le patron Émile Le Bris. Pour déjouer la surveillance de la Gast, le Jouet des Flots est parti de Tréboul avec un chargement pour Concarneau. Il a, comme prévu, jeté l'ancre au soir du jeudi 2 février en vue de l'île de Tudy, à l'entrée de la rivière de Pont-l'Abbé. Les 28 passagers sont déjà à pied d'oeuvre dans le jardin d'une villa appartenant à la famille Le Henaff et, de là, ils descendent par petits groupes jusqu'à la plage où trois canots assurent leur transport en silence jusqu'à la pinasse."

Paul Paillole parle de 37 passagers, pilotes de la R.A.F., résistants et officiers, tel le futur général Jouhaud, des personnalités (Bollaert, délégué en France du Comité Français de Libération,Brossolette, Lafont du C.N.R., Challan-Belval)rassemblés au Paludec dans une usine de conserves, avec deux valises contenant le courrier du S.R. et du C.E.

Henri Noguères poursuit: "Il n'y a plus qu'à mettre le moteur en marche, relever l'ancre et appareiller. Mais la mer est de plus en plus forte, et sitôt doublée la pointe de Penmarch, le vent de noroît gonfle et creuse les vagues.

La plupart des passagers sont malades, affalés dans la cale. Le Jouet des Flots, en dépit des chocs que sa coque encaisse à chaque retombée, trace sa route. Le plus mauvais passage, le raz de Sein est déjà dépassé... Et soudain, c'est l'alerte. Un moment avant, déjà, vers trois heures, le commandant Jouhaud était monté sur le pont pour signaler à Le Henaff et au patron Le Bris un roulement sourd sous le plancher de la cale.(...) Ses craintes étaient bien justifiées, mais on ne s'en aperçoit qu'au moment où le moteur, noyé, cesse de tourner après un dernier hoquet. La grand-voile, à peine hissée, est arrachée et emportée par une rafale de vent et le Jouet des Flots, trop bien nommé, dérive en direction de la terrible chaussée de Sein. (...)

Le Henaff cependant, écoutant le conseil d'un des marins, Le Bris, fait une ultime tentative: il fait frapper tant bien que mal le foc au tronçon du mât ce qui restitue immédiatement à la barre un semblant d'action sur la route suivie par le bateau. Il ne reste plus, pour sauver passagers et équipage, à défaut du bateau en perdition, qu'à mettre cap au sud, en écopant, pour aller s'échouer à l'entrée de la baie d'Audierne, aussitôt passée la pointe du Raz."

Le général Jouhaud racontera ces instants en précisant que le bateau fut délesté du carburant et des valises et que deux marins s'agenouillèrent et prièrent.

"Le Bris, poursuit Henri Noguères, échouera finalement le bateau dans la crique de Feunteun-od et il faudra, pour évacuer les passagers qui risquent de se faire écraser sur les rochers par les vagues, abattre à la hache ce qui reste du mât et le jeter de la proue à la terre, comme une fragile passerelle sur laquelle tous les occupants du Jouet des Flots  se mettront à califourchon pour quitter le bord...."

Nous sommes le 3 février, à 8 heures du matin.

"Une fois tout le monde à terre, poursuit l'auteur, Le Henaff donne ses ordres. Il se charge personnellement de Brossolette, de Bolaert et du lieutenant de vaisseau Happel. Les autres Français, guidés par André Cann, s'efforceront de rejoindre Audierne. Quant aux aviateurs alliés, comme ils ne risquent, après tout, que le camp de prisonniers de guerre... ils sont invités à se débrouiller par leurs propres moyens.

Après bien des alertes, et malgré l'intervention de la Feldgendarmerie (prévenue par une fille du pays, "la Margot", qui est la maîtresse d'un sous-officier allemand), tous ceux du groupe emmené par André Cann, sauf deux jeunes gens dont Joël Le Vaquères de Quimper, réussiront finalement à se tirer d'affaire. Maillet et Laffon prendront à Douarnenez dès le lendemain le train pour Paris. Et les six derniers rescapés - dont Jouhaud et Thomas - seront emmenés à Quimper par Roger Le Henaff, que son frère a alerté par téléphone et qui est venu avec sa camionnette. Une autre voiture est également partie de Quimper pour venir en aide aux naufragés: celle d'un ami de Roger Le Henaff, M. Bernard, qui se charge du groupe pris en charge par Yves Le Henaff. Mais ce dernier, qui précède Bernard à bicyclette, va être arrêté en arrivant à Audierne à l'Hôtel de France."

Bollaert, Pierre Brossolette et Chalan-Belval seront également arrêtés.

La note du SHAT indique que Yves Le Henaff sera supplicié pendant 22 heures, au bout desquelles il avouera son identité et son activité dans la branche "évasion", sans rien révèler de son appartenance aux services de contre espionnage.

"Fanfan, dit Paul Paillole, je l'avais baptisé ainsi parce qu'il avait l'enthousiasme et le panache de Fanfan la Tulipe, Fanfan que l'héroïne Germaine Richard ne pourra arracher à la prison de Rennes, mourra étouffé en juillet 1944 dans le wagon qui l'emportera en Allemagne."

Un de ses compagnons de détention, Alexis Le Douguet (de la mission Joie), témoignera du départ de Compiègne et de la suite de leur calvaire:

"Nous partons pour Compiègne.

Dès l'installation dans le car, des exclamations fusent: "Bonjour Fanfan, Mercier, Dubuc..." Le service semblait s'être donné rendez-vous, il y avait là Charles (Bellet*), Mercier, Denhaene*, Rousselin*, Dubuc*, Caubet*, de Peich*, Fanfan (Le Henaff) et moi.

Par chance, nous arrivons à Royallieu la veille du départ d'un convoi, ce qui nous faisait quinze jours à passer là.

Ces quinze jours ont été inoubliables pour tous. Le temps était beau et il n'y avait rien à faire. Nous passions nos après-midi étendus sur l'herbe, lisant un livre de la bibliothèque.

Pas d'Allemands ou peu. Quelques services rendus par notre équipe au cuisinier nous valait des carottes, de la soupe en supplément....

Mais les quinze jours délicieux eurent une fin. Le 2 juillet au matin, parmi 2 166 détenus (536 d'entre eux mourront dans les wagons, la plupart entre les 2 et 3 juillet), nous embarquions dans ce trop célèbre train qui sera appelé plus tard "le train de la mort". Nous avions réussi, malgré un appel par ordre alphabétique, à nous réunir à nouveau et nous étions tous dans le même wagon.

Dès l'installation nous nous rendîmes compte que le voyage ne serait pas de tout repos. Nous étions cent dans le même wagon et seules deux toutes petites ouvertures nous aéraient.

Le train démarre à midi. Nous nous installons tant bien que mal, encastrés les uns dans les autres. Il faut chaud. Vers quinze heures, l'atmosphère devient irrespirable. Nous nous aspergeons d'eau mutuellement pour avoir une illusion de fraîcheur. Beaucoup se lèvent pour se dégourdir un peu. D'autres somnolent. Le train avance trop lentement pour créer un courant d'air. A dix-sept heures, un orage formidable plane sur nous. Personne ne dit mot. Nous sommes tous accablés par cette chaleur. On entend des respirations haletantes. Je pense à mes narines. Charles est à un mètre de moi, assis. Il a un chapelet à la main et il prie à voix basse. De temps en temps, il regarde chacun de nous, un sourire sur sa face ruisselante de sueur: "çà va?" "ça va", lui répond-on. Puis c'est un autre qui pose la question, puis un autre.

Le nombre des dormeurs augmente. Ceux qui ne dorment pas, comme moi, sont déjà inconscients de ce qui se passe. Je ne reprendrai le contrôle de moi-même que vers onze heures ou minuit.

Je touche un camarade, il est tout chaud, trop chaud pour que cela soit normal. A tâtons, dans l'obscurité, je cherche sa tête. Il ne respire plus. Une peur irraisonnée s'empare de moi; j'appelle à voix basse d'abord, puis plus fort: "Charles, Fanfan?". Enfin j'entends Mercier et je réalise. Ils sont morts en dormant, asphyxiés par la production de gaz nocifs. Nous essayons de nous compter mais jusqu'au lendemain matin, c'est impossible.

Je m'endors, brisé. Le lendemain, le spectacle est terrible. Combien sont-ils appuyés les uns contre les autres et qui ne se réveilleront plus? Combien restent vivants? Trente six sont debout. Donc soixante quatre sont là et qu'il faut dégager, ranger dans un coin pour que les autres essaient de vivre.

Dans l'après-midi nous nous arrêtons près de Revigny-sur- Ornain près de Bar-Le-Duc. Il nous faut alors prendre les cadavres du wagon d'à côté, les mettre dans le nôtre. Puis nous repartons à cent dans les wagons rendus libres. Jusqu'à Dachau nos amis, nos camarades de lutte sont là, à côté. Puis, nous descendons, abandonnant ce train et toutes ses victimes en gare. Que sont-ils devenus? Nous restions à deux du service: Mercier et moi..."

Le lieutenant de vaisseau Yves Le Henaff est un de ceux qui sont morts le 2 juillet.

Voici un extrait d'une lettre de madame Le Douguet au colonel Paillole, écrite après la mort de son mari: "J'ai retrouvé, il y a peu de temps, un déporté du Finistère qui dit les (Le Douget et Le Henaff) avoir connus au camp de Compiègne et avoir été frappé de la grande amitié qui les liait; mon mari avait réparé les vêtements en haillons de Fanfan, ses chaussures, et à eux deux ils pensaient tenir le coup. Ils ont failli le faire puisque, dans le wagon surchargé qui les emportaient vers Dachau, ils ont été conscients de ce qu'il fallait faire pour rester en vie. Fanfan, hélas, s'est laissé choir aux pieds de mon mari à un moment où il pensait que tout danger était écarté: c'est-à-dire qu'il pensait que la nappe de gaz carbonique avait disparu. Il s'est assis en faisant cette dernière remarque: Alex, c'est notre expérience des sous-marins qui nous a sauvés.

Mon mari a toujours pensé que s'il en avait eu la possibilité, lui aussi, malgré toute son expérience, se serait assis. Il n'en pouvait plus d'être debout; mais, placé où il était dans le coin du wagon, avec un bras glissé dans son tricot de corps dont il avait fait une sorte d'anneau fixé à un crochet du plafond, il lui était impossible de changer de position. D'autre part, avec Fanfan dormant à ses pieds, il ne pouvait plus bouger. C'est ce qui l'a sauvé."

Yves Le Henaff sera déclaré "Mort pour la France" et recevra la médaille de laLégion d'Honneur et la Croix de Guerre avec palme.

*

Citation (Légion d'Honneur et Croix de Guerre avec palme):

" Organise 4 départs dont un par avion permettant l'évasion de près de 60 personnes. Toujours sur la brèche, sacrifiant tout à la dangereuse mission qu'il avait sollicitée, ne cesse de faire montre du plus parfait mépris du danger".

 

Lieu de mémoire: le  nom  d'Yves Le Henaff a été donné à un aviso en 1974 .

 

Références "Les Services Spéciaux" de Paul Paillole, p. 454-455 (Ed. Robert Laffont, 1975); "Mémoires d'un agent secret de la France Libre" de Rémy, tome I, p.269 (Ed. France Empire); "Histoire de la Résistance en France" de Henri Noguères, tome 4, p.382-386 (Ed. Robert Laffont, 1976); "L'ORA" du colonel A. de Dainville (Ed. Lavauzelle, 1974); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°35, p.64, n°74, p.34 ; "Secret Flotillas" de Brooks Richars (Ed.HMSO, London, 1996)


LEMASSON

Jacques, Henri

 

 

Né le 2 janvier 1880  à  Limoges (Haute-Vienne) de Denis Lemasson  et de  Jeanne Mourier Épouse: Célina, Anna Bret Profession: agriculteur industriel Décédé le 2 juillet 1944 à Dachau 

Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Né d'un père horticulteur, le commandant de réserve Henri Lemasson qui était agriculteur industriel avait aussi une carrière militaire derrière lui.

Jeune soldat de la classe 1900, il fut incorporé à Limoges dans l'artillerie et passa au Train des équipages en 1902, puis dans la réserve en 1904. Il se maria l'année suivante avec Célina Bret dont il devait avoir un garçon et une fille.

Promu lieutenant de réserve en 1909, il fut rappelé à l'activité par la mobilisation générale le 2 août 1914. Capitaine en juillet 1917, au 11e escadron du Train des équipages, le 27 mai 1918, à Bucy-le-Long, il fut victime d'une commotion par l'éclatement d'un obus de gros calibre, qui occasionna des lésions internes et des contusions au coude et au genoux gauches. Il sera cité à l'ordre de la division en février 1919 en ces termes: "Commandant une compagnie de train de G.B.D., s'est employé avec un dévouement complet sous le bombardement au transport des blessés pendant les mois d'août et de septembre 1914. Le 27 mai 1918, à Soissons, malgré les attaques d'avions ennemis et le bombardement, a su par son calme assurer, dans les meilleures conditions, le mouvement de ses équipages", (alors qu'il était lui-même commotionné).

Démobilisé en 1919, il  se retira à Limoges, 11 rue des Palmiers.

En 1931, il fut promu chef d'escadron, et, en 1938, affecté comme commandant de dépôt du Train. De nouveau convoqué le 12 février 1940, il fut alors muté au groupe hippomobile le 18 avril. Ce groupe fera l'objet d'une citation à l'ordre de la division: "Unité d'élite qui s'est repliée toujours en ordre depuis Paris, talonnée très souvent par l'ennemi. A ramené la presque totalité de son matériel et de ses chevaux, donnant ainsi un exemple de volonté réfléchie et d'exacte discipline."

Les notes de ses chefs concernant Jacques Lemasson en vue de promotions le signalaient comme un "officier supérieur très intelligent et d'une grande valeur morale" (1935), un "brillant officier supérieur d'une intelligence claire et lucide, très apte à commander" (1936), et encore, un "officier supérieur du Train hippomobile connaissant parfaitement les fonctions de son grade. Excellent esprit militaire. Très rigoureux".

Démobilisé le 15 juillet 1940, il reprend volontairement du service en s'engageant dans les Services spéciaux le 1er octobre 1943, à 63 ans, comme commandant d'un réseau clandestin de contre-espionnage.

Arrêté à Limoges le 27 avril 1944, à la suite d'une dénonciation, interné à Compiègne, il est déporté et meurt à Dachau le 2 juillet 1944. Pour Henri Navarre, il meurt dans le wagon parti de Compiègne le 2 juillet1944, avec six autres membres des T.R., calvaire dont témoignera un des rescapés, Alexis Le Douguet, en ces termes:

"Le 2 juillet au matin, parmi 2 166 détenus (536 d'entre eux mourront dans les wagons, la plupart entre les 2 et 3 juillet), nous embarquions dans ce trop célèbre train qui sera appelé plus tard "le train de la mort"....

Dès l'installation nous nous rendîmes compte que le voyage ne serait pas de tout repos.. Nous étions cent dans le même wagon et seules deux toutes petites ouvertures nous aéraient.

Le train démarre à midi. Nous nous installons tant bien que mal, encastrés les uns dans les autres. Il faut chaud. Vers quinze heures, l'atmosphère devient irrespirable. Nous nous aspergeons d'eau mutuellement pour avoir une illusion de fraîcheur. Beaucoup se lèvent pour se dégourdir un peu. D'autres somnolent. Le train avance trop lentement pour créer un courant d'air. A dix-sept heures, un orage formidable plane sur nous. Personne ne dit mot. Nous sommes tous accablés par cette chaleur. On entend des respirations haletantes. Je pense à mes narines. Charles est à un mètre de moi, assis. Il a un chapelet à la main et il prie à voix basse. De temps en temps, il regarde chacun de nous, un sourire sur sa face ruisselante de sueur: "çà va?" "ça va", lui répond-on. Puis c'est un autre qui pose la question, puis un autre.

Le nombre des dormeurs augmente. Ceux qui ne dorment pas, comme moi, sont déjà inconscients de ce qui se passe. Je ne reprendrai le contrôle de moi-même que vers onze heures ou minuit.

Je touche un camarade, il est tout chaud, trop chaud pour que cela soit normal. A tâtons, dans l'obscurité, je cherche sa tête. Il ne respire plus. Une peur irraisonnée s'empare de moi; j'appelle à voix basse d'abord, puis plus fort: "Charles, Fanfan?". Enfin j'entends Mercier et je réalise. Ils sont morts en dormant, asphyxiés par la production de gaz nocifs. Nous essayons de nous compter mais jusqu'au lendemain matin, c'est impossible.

Je m'endors, brisé. Le lendemain, le spectacle est terrible. Combien sont-ils appuyés les uns contre les autres et qui ne se réveilleront plus? Combien restent vivants? Trente six sont debout. Donc soixante quatre sont là et qu'il faut dégager, ranger dans un coin pour que les autres essaient de vivre.

Dans l'après-midi nous nous arrêtons près de Revigny-sur- Ornain près de Bar-Le-Duc. Il nous faut alors prendre les cadavres du wagon d'à côté, les mettre dans le nôtre. Puis nous repartons à cent dans les wagons rendus libres. Jusqu'à Dachau nos amis, nos camarades de lutte sont là, à côté. Puis, nous descendons, abandonnant ce train et toutes ses victimes en gare. Que sont-ils devenus? Nous restions à deux du service: Mercier et moi..."

Déclaré "Mort pour la France", Jacques Lemasson, Croix de Guerre 1939-1940, Croix des services militaires volontaires (1939), sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références:  Dossier du SHAT; "Le Service de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.262 (Ed. Plon, 1978)


LE METAYER

Gaston

 

 

Né le 1er août 1896  à  Orvilliers (Yvelines) de Jean, Marie Le Métayer  et de  Joséphine Pelletier Épouse Eugénie Fortin Profession: employé de la S.N.C.F. Décédé le 13 mai 1945   à Mauthausen (Autriche)  

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P2)Agent P1 et P2

 

Gaston Le Métayer, dont le père était ouvrier agricole, est sous-chef de gare à Mantes Gassicourt et habite Mantes-la-Jolie.

Il a fait la guerre de 14-18 à partir de 1915 et la campagne de 39-40 sur place.

Le 1er juillet 1941, il s'engage dans la Résistance et fournit des renseignements sur les mouvements ferroviaires des troupes allemandes. Parmi ses camarades, ÉmileLe Dref*.

Il est arrêté le 21 mai 1942, à son domicile, 71 Av. Jean Jaurès, après perquisition sans résultat.

 Le 10 janvier 1943, son fils écrit à de Brinon: "(...) Lorsque la police allemande s'est présentée chez nous, elle ne nous a donné aucun motif pour l'arrestation de mon père. La seule chose qu'elle a trouvé: trois cartouches d'un vieux pistolet.(...) Il est emprisonné à la prison de Fresnes où ma mère a pu le voir pour la première fois vendredi dernier."

Gaston Le Métayer est jugé par le Tribunal militaire du Grand Paris, rue Boissy d'Anglas, avec, notamment,  Georges Agoutin*, André Gardes*, Louis Cavelier*, Jean Le Boterff*, Émile Le Dref* et Olivier Nicolas*, et condamné à mort le 20 janvier 1943.

Le directeur général de la S.N.C.F. intervient et demande de recours en grâce est faite par de Brinon. Pour tenter d'atténuer leur responsabilité, il est dit, pour lui et pour Émile Le Dref: ils "ne se sont jamais signalés par une participation politique subversive. Ils ont vraisemblablement joué dans cette affaire des rôles assez effacés et n'ont pas saisi la gravité de l'action qu'ils commettaient".

La peine de Gaston Le Métayer est commuée en déportation.

Il reste encore à Fresnes jusqu'en avril 1943, avant d'être transféré à Ville-Neuve-Saint-Georges et de partir pour Rheinbach, puis Sonnenburg, Oranienburg et Mauthausen. C'est là qu'il est vu pour la dernière fois le 5 mai 1945. Il sera considéré comme officiellement disparu le 13 mai.

Gaston Le Metayer sera déclaré "Mort pour la France".

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Archives Nationales (dossier F 60 - 1576);  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


LEPOIVRE

Germain, Désiré, Joseph

 

 

Né le 26 mars 1920  à  Armentières  (Nord) de Auguste, Louis Lepoivre  et de  Léonie, Céline Decrock Célibataire Profession: employé de banque Décédé le 30 septembre 1941 à Lille

 Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P3)

 

"Excellent agent. Résistant de la première heure", dit le commandant Lochard, Germain Lepoivre, employé de banque, a 19 ans quand il s'engage dans la Résistance. Il habitent à Armentières, 23 rue des Sports.Il fait partie des sept jeunes gens de 17 à 20 ans qui, le 1er novembre 1940, se groupent dans la ville, dans un esprit de résistance. Cinq d'entre eux le paieront de leur vie: Germain Lepoivre, Roger Barbry*, Henri Leclercq*, Paul Desreumaux* et Ernest Lombart*.

Ils pensent d'abord à récupérer les armes et les munitions abandonnées après des combats entre chars allemands et troupes anglaises dans la région de Steenwerck (où habite le frère de Ernest Lombart). Puis, voulant faire plus, quittent la ville  dans l'intention de rejoindre l'Angleterre par l'Espagne. Après avoir fait 650 km à bicyclette, ils arrivent à Montmorillon, entre Poitiers et Limoges, et veulent s'engager  auprès du bureau de recrutement. Deux des sept seulement  sont acceptés: Auguste Rio et Louis Catiau, qui partiront pour l'armée d'Afrique. Les autres sont recrutés par un officier de renseignement.

Germain Lepoivre et Henri Leclercq recueillent des renseignements sur l'armée allemande en zone occupée. Ils sont arrêtés à Saint-Omer, dans le Nord, le 14 mars 1941, et incarcérés à la prison de Loos. Condamnés à mort par le conseil de guerre allemand de Bruxelles le 26 juin 1941, ils sont tous deux fusillés à la citadelle de Lille le 30 septembre. Germain Lepoivre a 21 ans.

Avant de mourir il écrit cette lettre à sa famille:

"Loos, le 30-9-41

Très chers parents,

Au moment où vous recevrez cette lettre, votre fils bien aimé aura été exécuté par les autorités allemandes pour espionnage. N'ayez crainte, j'aurai eu le courage jusqu'au bout.

Ma vie que je donne c'est pour la reconstruction de la France qui a été très malheureuse ces derniers temps. Je mourrai en bon chrétien.

Pardon pour tout  le chagrin que je vous ai fait et que je vous fais encore.

Courage, Maman, Papa, mon devoir n'aura pas été inutile, la France vivra.

Merci pour la confiance que vous avez eue en moi.

Pardon de nouveau, mais que vive la France.

Que ces petits ne voient plus la guerre, c'est ce que je demande.

Mille baisers.

Germain."

La famille de Germain Lepoivre devra attendre la Libération pour retrouver son corps qui sera transféré dans le carré militaire du cimetière d'Armentières.

Déclaré "Mort pour la France", il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur, sera proposé pour la Croix de Guerre à l'ordre de l'Armée et recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

 

Lieu de mémoire: Le nom de rue des Fusillés a été donné à l'ancienne rue de Flandres, à Armentières, en mémoire de  Germain Lepoivre et de ses quatre camarades morts pour la France. Une plaque commémorative y a été apposée.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4;  mairie d'Armentières; "La Voix du Nord", 11 et 15 septembre 1999


LERAT

Henri,Marie, Fernand

Pseudonyme:  SINCLAIR

 

 

Né le 7 août 1917  à  Nantes (Loire-Atlantique) de Henri, Marie, Georges, Adolphe Lerat  et de  Germaine, Juliette Sebilleau Décédé  le 5 mars 1943  à  Manchester (Angleterre) 

Réseaux:  Saint-Jacques, S.R. Air 40Agent P1 et P2

 

Fils d'un chirurgien de Nantes, Henri Lerat a fait la guerre de 1939-1940 dans le 5e régiment des chasseurs d'Afrique. 

lI  s'engage dans le S.R. Air dès octobre 1940.

Jean Bézy rapporte que, dans les premiers jours de janvier 1943, est créée à Londres une antenne. C'est alors que Henri Lerat se porte volontaire pour faire partie des premiers éléments que Badré doit emmener avec lui en France. Il doit y être parachuté  en vue d'effectuer des missions.

C'est au cours d'un entraînement de parachutisme pratiqué dans ce but, en sautant d'un ballon captif, que Henri Lerat trouve la mort, le 5 mars 1943:  son parachute ne s'est pas ouvert.

Henri Lerat  sera déclaré "Mort pour la France".

 

Références:  Archives du Bureau "Résistance"; "Le S.R. Air" de Jean Bézy, p.112, 116 (Ed. France-Empire, 1979)


 

 

 
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