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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Fa-Fz
 

FARELLE

Charles

Pseudonyme:  FABRE

 

 

Né le 28 décembre 1921  à  Saint Germain-de-Calberte (Lozère) de Louis Farelle  et de..... Profession: mécanicien dans l'armée de l'Air Disparu  en juin 1944

 Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Charles Farelle, qui s'est engagé en 1938, était élève mécanicien dans l'Armée de l'Air. Ayant obtenu le brevet de mécanicien radio du personnel navigant le 1er juin 1940, il fut affecté à l'Ecole des mécaniciens de Dellys en Algérie, puis au groupe 1/19, enfin à la base aérienne de Maison Blanche. En avril 1941 son groupe rejoignit la base aérienne de Blida. En janvier 1943, il était instructeur à l'Ecole de perfectionnement radio de l'Arba.

Détaché au Service de renseignement et de sécurité à Alger en janvier 1944, il se porte volontaire pour effectuer une mission en France occupée. Il y est chef radio d'un des postes clandestins de contre-espionnage.

Aussitôt arrêté, le 31 mai 1944, il sera porté disparu.

Charles Farelle, cité à l'ordre du corps d'Armée, fera l'objet d'une attestation de services rendus du général Montgomery et recevra la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'Armée): "Entré au service de la Sécurité Militaire d'Alger le 31 mai 1944, volontaire pour accomplir une mission en France, il est arrivé en territoire occupé en mai 1944. Chef radio d'un poste clandestin de contre-espionnage, a été arrêté."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance" Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.27, n°24, p.52


FARNIE

Ignace, Marie, Joachim, Pierre

 

 

Né le 14 mai 19OO  à  Paris XVe de Gaston Farnie  et de  Matilde Carrera de Cantero Epouse:  Antoinette Torello Profession: commerçant Décédé le 2 juillet 1945  à  Madrid 

Réseaux: S.S.M.F./T.R., Vénus du S.R. Kléber  Agent P2

 

En 1921, Pierre Farnie fut affecté au train des équipages, puis dans la Marine, avant d'exercer le commerce de laines à Biarritz. Il épousa Antoinette Torello, dont il devait avoir trois enfants: Maria-Teresa, Jorge et Maria-Antonia.

Sous l'Occupation, il s'engage dans le réseau  Kléber, fait partie  du poste P6, qui prend le nom de Flore l'été 1944, puis celui de Vénus, et qui poursuit sa mission sur l'Espagne après l'arrestation du lieutenant Mangès, précise Henri Navarre.  P6, écrit-il, disposait d' "un agent de premier ordre en la personne d'un gros négociant de Biarritz, M. Farnie, en relation avec d'importantes personnalités gouvernementales de Madrid. Par lui furent recueillis des renseignements de valeur sur la collaboration politique et économique de l'Espagne avec le Reich, ainsi que sur les bases navales utilisées par la Kriegsmarine".

Ignace Farnie est arrêté le 26 octobre 1942 à Saint Palais, par l'Abwehrstell de Biarritz en raison de ses activités de résistance (passage de la ligne de démarcation). Il est alors interné à Maison Blanche, à Biarritz, puis à Fresnes. Il est libéré le 2 juillet 1943, mais meurt des suites de son internement (insuffisance  cardiaque) le 2 juillet 1945 à Madrid, où il est inhumé, au cimetière San Justo.

Déclaré "Mort pour la France", Pierre Farnie recevra la Médaille de la Résistance".

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "Les Services de renseignements 1871-1944" de Henri Navarre, p.248 (Ed. Plon, 1978)


FARNIER

Suzanne

 

Voir:  KRICK Suzanne


FEGA

Oscar

 

 

Né le 18 décembre 1921  à  Colmar de Oscar Fega  et de  Thérèse Bernard Célibataire Profession: employé de bureau Décédé le 15 avril 1943  à  Ulm (Allemagne)

 Réseaux:  S.S.M.F./T.R., Uranus-Alsace du S.R. Kléber Agent P2

 

Jeune employé de bureau, Oscar Fega entre dans la Résistance en février 1941.

Arrêté le 14 juillet 1941, déporté le 1er  août 1941, il meurt en Allemagne, à Ulm, le 15 avril 1943. Il a 22 ans

Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


FILLION

Isidore, Jean, Marie

Pseudonyme:  Alain FAUCHE

 

 

Né le 11  avril 1909  à  Trans  (Ille et Vilaine) de Isidor, François Fillion  et de  Françoise, Anne Roussel Epouse:  Alice, Anne-Marie Bouvier Profession: officier d'active Décédé le 12 juillet 1944   en déportation 

Réseau:  S.S.M.F./T.R. Agent P2

 

Engagé volontaire en février 1928, Isidore Fillion fut nommé sergent en 1930. Réengagé, affecté au Maroc, à Meknes, au cours de ce séjour, partit  en opérations dans le territoire de Tadla.

Le 20 février 1932, il était admis dans le corps des sous-officiers de carrière. L'année suivante, il participa à des opérations de guerre dans le Tadla, avant d'être rapatrié en 1934. Nommé au grade de sergent-chef en mai 1936, il obtint son brevet de parachutiste en 1937 et fut alors affecté à la 602e compagnie d'infanterie de l'Air à Baraki (Algérie) en qualité de moniteur parachutiste (il devait être blessé trois fois au cours de descentes en parachute).

Il était depuis deux ans adjudant quand il fut dirigé vers Clermont Ferrand en novembre 1940, avant d'être affecté à l'École de tir et d'armement de Cazaux où, ayant obtenu le brevet de mitrailleur d'avion, il devint instructeur. Après un temps à la 34e escadre de bombardement, puis à la base de Salon, il intégra l'état-major de défense aérienne du sud-ouest (décembre 1940), en tant qu'adjoint au commandant du quartier général. Il se retrouva en A.O.F. en 1941 en qualité de mitrailleur et, en novembre 1943, rejoignit la direction de la Sécurité Militaire au Maroc.

Il totalisait 367 heures de vol, dont 33 heures en missions de guerre . Une citation à l'ordre de l'escadre aérienne dit: " Adjudant mitrailleur et bombardier de grande valeur qui contribue pour une part au succès des missions auxquelles il participe. S'est distingué, le 3 juin 1940, par son courage et son sang-froid, au cours d'une mission où l'avion était violemment pris à partie par la D.C.A. ennemie."

Isidore Fillion, engagé dans les services spéciaux (réseau du capitaine Goeury), part d'Alger, volontaire pour une mission  en France occupée. Il y est débarqué par sous-marin en mai 1944 pour devenir l'adjoint d'un chef de poste.

Arrêté en juillet 1944 (citation) ou le 12 juin (Bureau Résistance), interné à la citadelle de Pont Saint Esprit (Gard), il y est torturé et, selon le témoignage d'un codétenu rescapé, que rencontrera Alice Fillion, est abattu parmi d'autres sur les bords du Rhône où les corps sont jetés. Le sien ne pourra être identifié.

La date officielle de son décès est le 12 juillet 1944.

Lieutenant à titre posthume, déclaré "Mort pour la France", Isidore Fillion a été fait chevalier de la Légion d'Honneur et a reçu: la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze et étoile de vermeil, la Médaille militaire (janvier 1940), la Médaille coloniale avec agrafe "Maroc", la Croix du combattant et la  Médaille de la Résistance.

 

*

Citation (à l'ordre du Corps d'Armée): "Volontaire pour accomplir une mission. Est arrivé par sous-marin en France occupée début juin 1944. Adjoint à un chef de réseau du C.E. clandestin, a été arrêté par la Gestapo en juillet 1944."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  mairie de Trans (Ile et Vilaine); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°1, p.27, n°24, p.52


de FINFE

Marc, Marie, Serge, Emmanuel

Pseudonyme:  MARFIN

 

 

Né le 14 juillet 1907  à  La Celle Saint Avant (Indre et Loire) de Raphael, Achille,Emmanuel, baron de Finfe,  et de  Valovine de Caqueray Epouse: Léonie, Antoinette... Profession: géophysicien  Décédé le  31 janvier 1945  à  Flossenburg (Allemagne)

 Réseau:  Samson du S.R. Air Agent P2

 

Marc de Finfe s'est engagé à 18 ans pour le Maroc, dans le Génie.

Quand il entre activement dans la Résistance, le 1er février 1943, il est géophysicien . Il a divorcé de Fernande Jacquet dont il a eu trois enfants (Yolande, 11 ans, Yves, 10 ans et Richard, 8 ans) et s'est remarié.

On connaît, par le rapport de Maurice Moury, chef du réseau P3/AV, rattaché au réseau Samson, les circonstances de son arrestation.

Le dimanche 26 décembre 1943, vers 17 heures, il vient en visite 7 rue Guersant, Paris XVIIe, au domicile de Charles Duchesne*, radio du secteur IV de P/AV, dont il est l'aide et l'ami. Il y trouve deux Allemands montant la garde auprès de Mme Duchesne. Charles Duchesne, qui s'est rendu le matin même dans la chambre du Bd Gouvion-Saint-Cyr où il a installé ses postes  de communication avec Londres, y a vu arriver vers 10 heures la Gestapo, une cinquantaine d'hommes cernant l'immeuble. Il a été arrêté en même temps que son beau-frère, Armand Lequet, tandis que cinq agents de la Gestapo se rendaient à son domicile. Vers 10 h 30, André Duthilleul*, adjoint du commandant Gérard du S.R. Air, officier de liaison entre la France occupée et les bureaux de ce S.R. à  Londres et à Alger, arrive rue Guersant où il est arrêté sur le champ. Deux agents de la Gestapo restent sur place, ce sont eux qui prendront Marc de Finfe à son arrivée vers 17 heures.

Le soir même, ce dernier retrouve ses trois camarades rue des Saussaies. Peu de jours après, comme eux, il est interné à Fresnes.

A Fresnes Il rencontre aussi Michel Robida, qui devait longuement raconter cette rencontre au frère d'André Duthilleul. C'était  le 17 mars 1944, vers 4 ou 5 h. "Appelés dans nos cellules pour un "transport", dit Robida, nous venions d'attendre près d'une heure dans le hall de la 2e division, chacun debout derrière le balluchon informe de nos affaires roulées dans une couverture, tandis que les Allemands multipliaient les appels et les contre-appels."

Robida fut poussé dans un box. "Un garçon s'y trouvait déjà. Sa jeunesse, sa bonne humeur, l'extraordinaire sympathie qui rayonnait de lui dissipèrent aussitôt la méfiance instinctive que nous avions toujours auprès d'un nouveau venu. Il dut lui aussi éprouver cette méfiance, car la première question qu'il me posa fut pour me demander comment je pouvais être aussi bien rasé. Je partageais au 5e étage la cellule d'un coiffeur qui, coupant les cheveux des prisonniers, venait d'obtenir une heure avant la permission de me débarrasser d'une barbe de 10 à 15 jours. L'explication dont nous rîmes ensemble parut le rassurer. Il me dit alors s'appeler André Dufresne (pseudonyme de Duthilleul).... Et voici l'histoire qu'il me raconta.

...Le 26 décembre, il s'était rendu chez un de ses radios, nommé Duchesne, au 5 ou 7 rue Guersant. Tombé dans une souricière, il avait, dit-il, manqué de présence d'esprit. Mais, ajouta-t-il, c'est mon défaut. J'hésite avant de me décider. Un de nos camarades a sauté dans l'escalier. Il a pu s'échapper. (...)

Les balles sifflaient autour de lui. L'une d'elles avait déjà traversé son manteau lorsqu'une femme en noir venant vers lui manifesta une telle épouvante qu'il fit un écart. Une balle l'atteignit dans le dos à la hauteur de la ceinture, ressortant par le ventre. Il perdit connaissance. Transporté sur une civière rue des Saussaies, il fut cependant interrogé aussitôt. Après avoir demandé une cigarette (ceci m'a été raconté par Marc de Finfe et Duchesne, confondus par son courage)...

Au bout d'une quinzaine de jours, il (Duthilleul) fut transporté à Fresnes, dans une cellule du rez-de-chaussée de la 2e division. L'étage était placé sous la direction d'un Allemand nommé Grossmann dont les cris et les vociférations nous parvenaient jusqu'au dernier balcon sur lequel s'ouvrait la cellule où je me trouvais. Le soir, par les fenêtres s'échangeaient des appels, des cris que nous appelions Radio-Fresnes; il donnait de ses nouvelles sous le surnom de Donald, appelant les autres Canadiens enfermés à Fresnes.

Nous sommes restés près de deux heures enfermés dans ce box. Fatigué, Dufresnes s'assit sur la planchette où nous avions laissé tomber nos affaires.(...)

Longtemps nous avons inspecté les inscriptions, les graffiti inscrits sur les murs qui ne nous laissaient guère d'espoir sur notre destination.

Conduits au greffe vers 7 h, on nous rendit nos portefeuilles, rasoirs, lames, ceintures et bretelles. Rhabillés et de nouveau enfermés dans notre box, nous avons encore attendu assez longtemps, après avoir empilé nos affaires sales dans nos valises. ...Duthilleul était seul dans sa cellule mais parvenait à communiquer avec ses voisins par les tuyauteries. Il réussit même à échanger des livres par les conduites de chauffage dont nous bouchions les orifices tant elles nous amenaient d'air froid. Ces livres étaient suspendus au bout d'un linge et, un jour, en ayant laissé tomber un dans le tuyau, il répondit au gardien qu'il l'avait oublié rue des Saussaies au cours d'un interrogatoire....

Vers 8 h du soir, on vint nous chercher. Ignorant où nous allions, nous fûmes reconduits par le sous-sol dans le hall de la 2e division et enfermés à huit par cellule, au rez-de-chaussée.
Nous étions trop nombreux pour pouvoir nous allonger entièrement. André avait retrouvé Duchesne et Marc de Finfe. J'avais retrouvé Maurice Bourdet. Il y avait en outre un jeune licencié d'anglais nommé Guillaumet, un ancien aviateur de la guerre 14-18, qui s'était ouvert les veines pour ne pas parler au cours de l'interrogatoire, et un trafiquant du marché noir qui paraissait vouloir s'accrocher à nous et que nous eûmes par la suite beaucoup de peine à écarter.

Car nous avions aussitôt décidé de rester ensemble aussi longtemps que nous le pourrions. La nuit fut longue et curieuse. Chacun raconta son histoire ou du moins celle qu'il lui plaisait de raconter. Il était difficile de dormir. Enfin, à l'aube, nous fûmes reconduits dans la cour de Fresnes et embarqués par ordre alphabétique dans trois cars. ...Je me trouvais auprès d'un prêtre dont le visage me frappa. C'était le Révérend Père Riquet.

Nous ne savions toujours pas où nous allions. Au bout du Bd de Strasbourg, nous apercevions la gare de l'Est. Les voitures tournèrent à gauche vers la gare du Nord. C'était Compiègne."

(Marc de Finfe est transféré à Compiègne le 2O mars 1944  avec Duthilleul et Duchesne, d'après  le dossier du Bureau Rrésistance .)

"En descendant de voiture la confusion nous permit de nous réunir, poursuit Robida, dont le témoignage vaut pour Duthilleul aussi bien que pour ses compagnons. Le Père Riquet resta avec nous. Lui-même avait rencontré quelques garçons qu'il connaissait, un étudiant en médecine, Michel Bommelaër, trois jeunes saint-cyriens de la promotion clandestine, Jean de Sesmaisons, Jacques Debary, Michel Froment. Nous étions gardés par des Arméniens et des Italiens. Seuls les officiers étaient allemands. Ceux-ci interdirent à la Croix-Rouge de nous ravitailler. Nous étions une centaine, immobiles dans la cour, entourés de soldats braquant sur nous leurs mitraillettes. Cela dura plus d'une heure, pendant laquelle chacun de nous écrivit tant bien que mal, en se protégeant des voisins, des billets que nous voulions semer dans la gare pour avertir les nôtres. Peu d'entre eux arrivèrent, je crois, à destination.

Conduits à un wagon de seconde classe, nous fûmes enfermés à dix par compartiment. Dans chacun avait en outre pris place un Italien. C'est à ce moment là qu'on nous mit les menottes. Assis près de Dufresne, nous fûmes attachés l'un à l'autre par la même paire. "Fiancés maintenant", nous dit ironiquement l'officier allemand en fermant la serrure. André était dans le coin du côté de la fenêtre, moi près de lui. Le Père Riquet dans le coin opposé(...)

Je suppose qu'il devait être près de midi lorsque le convoi entra en gare de Compiègne. C'était l'époque des bombardements de Creil. On nous fit attendre que les voyageurs eussent quitté le quai. En rangs, encombrés par nos valises, gênés par les menottes qui nous attachaient l'un à l'autre, nous eûmes à traverser toute la ville pour aller au camp. Le trajet nous parut long et difficile. La chaleur, la fatigue, la faim, la vivacité de l'air dont nous étions deshabitués, tout nous était contraire.

"Quand nous verrons le mirador, répétait Dufresne, nous serons presque arrivés." Il reconnaissait en effet être déjà venu à Royallieu. Le camp traversé, nous fûmes conduits au camp C, c'est à dire au camp de triage. On nous y laissa sur la paille jusque vers 4 h où enfin nous fut apportée une soupe chaude. Ceux d'entre nous qui avaient un peu de pain le partagèrent avec leurs camarades....

 Le camp était d'une saleté répugnante et les chambrées, où nous étions plus de 80, envahies de vermine. Elles avaient été prévues pour 24.

Le bâtiment A-2 où se trouvait Dufresne, et où je devais bientôt le rejoindre, était le plus propre car, pour la plus grande partie, il était occupé par l'infirmerie. En outre une pièce servait d'aumônerie. Trois petites chambres de six, où étaient logés les policiers du camp, le complétaient. Il n'y avait que deux chambrées....

La vie à Compiègne nous parut merveilleuse après la réclusion en cellules. Nous pouvions ouvrir, fermer une porte, déambuler dans la cour de 7 h du matin à 7 h du soir. Deux appels par jour: à 8 h et à 17 h. A peu près le même régime qu'à Fresnes: jus le matin, une soupe à midi, une demi boule de pain par jour, mais, en plus, une autre soupe à 6 h du soir.

Tous les matins nous assistions à 9 h à la messe dite par le Père Riquet à la chapelle du camp.... Nous allions également à la bibliothèque du camp, assez bien fournie, où des chaises et des tables permettaient de lire et de se donner l'illusion d'une pseudo-liberté. Par contre, ni lui ni moi ne goutions les séances récréatives organisées par les prisonniers....

Tous les jours vers 4 h, le Père Riquet réunissait quelques garçons sous les arbres plantés au milieu de la cour et y tenait une sorte de cercle d'études .

Après l'appel de 17 h, nous rentrions au baraquement. Le jeune licencié d'anglais, Guillaumet,  était notre popotier. Nous avions mis en commun les quelques provisions dont nous disposions....

Cette vie au camp, avec sa libre circulation à l'intérieur des barbelés nous semblait presque heureuse après Fresnes. Pouvoir parler, changer d'interlocuteur, était déjà une grande joie."

"Le 27 avril, ils partent pour l'Allemagne où, après être passés par Weimar, ils sont dirigés sur Hambourg puis au camp de Flossenburg. Marc de Finfe serait mort en décembre 1944 ou janvier 1945 de faim et d'épuisement", dit Maurice Moury ( la date officielle de son décès est le 31 janvier 1945).

 

Références: Archives du "Bureau Résistances"; "le Temps de la longue patience" de Michel Robida (Ed. Juillard-Séquana).


FISCHER

Ernest, Bernard

 

 

Né le 14 septembre 1916  à  Arzviller (Moselle) de Bernard Fischer  et de  Christine Garbiser Célibataire Décédé le 6 juillet 1945 à  Metz

Réseaux: S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (poste P2)Agent P2

 

Ernest Fischer a été mobilisé le 4 septembre 1939 dans l'Armée de l'Air et a obtenu son brevet d'observateur-aspirant.

Engagé dans le S.R. Kléber, il participe à de nombreux actes de sabotage.

Il est arrêté  en janvier 1943 comme "déserteur" et pour "usage de faux".

Le 19 septembre 1943, il est déporté dans un camp de patriotes résistants originaires du Rhin et de la Moselle, en Silésie, s'en évade, mais il est repris et envoyé à Auchwitz. Libéré le 1er mai 1945, il mourra à Metz, le 6 juillet 1945, des suites des traitements endurés en déportation.

Déclaré "Mort pour la France", Ernest Fischer, recevra la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

 

*

Citation (à l'ordre du corps d'armée): "A participé à de nombreux actes de sabotage. Bel exemple de courage, d'abnégation et de sacrifice suprême à la Patrie".

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; fiche A.A.S.S.D.N. de P. Ferrant, 1946


FLOQUET

Madeleine, Geneviève

Née PREVOST

Peudonymes: PETIT, Mme FLORENCE

 

 

Née le 9 octobre 1880 à Paris Séparée de M. Floquet Disparue en déportation 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., Kléber (Uranus)Agent P2

 

Madeleine Floquet a 60 ans quand elle entre dans la Résistance en août 1940. Elle a  été infirmière de la Croix Rouge française pendant la guerre 1939-1940. Ses trois fils, tous trois prisonniers de guerre, ont été libérés et sont revenus à leurs activités, l'un d'eux travaille dans le domaine de Baptault  (près de Beaune, Côte d'Or), dont elle est propiétaire.

Arrêtée le 16 juillet 1941 pour "Aide à l'ennemi", elle est emprisonnée à Aurath et comparaît devant le Tribunal du Peuple de Berlin sans défenseur. L'acte d'accusation du 21 novembre 1942 donne une idée de ses activités, bien qu'il faille prendre les données contenues dans les actes de procédure allemands avec précaution, notamment parce que les informations recueillies lors des interrogatoires peuvent être volontairement fausses.

L'accusation est ainsi rédigée:

"Depuis l'armistice franco-allemand jusqu'à son arrestation, en particulier de janvier 1941 au 16 juillet 1941, du territoire de la France occupée et sur le territoire de la France alors non occupée, plus spécialement dans le domaine de Baptault à Beaune, Dijon, Macon, Lyon, Châlons-sur-Saône et en d'autres lieux, elle a poursuivi deux types d'action.

1) Secrétement, dans la zone de guerre de la Wehrmacht, elle a cherché des renseignements afin de les transmettre à l'ennemi.

Elle a monté un réseau de renseignements au profit d'officiers d'active (français) ou d'anciens officiers du S.R. français (2e Bureau de l'Etat-Major) ou pour le mouvement gaulliste.

Son pseudonyme était "Petit" ou "Mme Florence".

Elle a travaillé pour l'Intelligence Service anglais au profit du nommé "Robert" avec lequel elle a échangé des renseignements sur les mouvements de troupe, la localisation et l'importance des divisions blindées, la situation et l'occupation des aérodromes allemands dans le nord de la France.

Elle a transmis ces renseignements au S.R. français.

Elle a dessiné des croquis et des relevés de signes tactiques de la Wehrmacht (identification des unités).

Elle a "payé de sa poche" son activité d'espionnage lorsqu'elle "travaillait" dans la première moitié de l'année 1941 (jusqu'à son arrestation).

Elle a aussi surveillé les mouvements de troupes allemandes en direction des Balkans, créant un danger très important pour la stratégie allemande en supprimant l'effet de surprise.

2)  a - En territoire français occupé par la Whermacht, a fourni du ravitaillement (?) à une puissance ennemi du Reich.

     b - A caché des prisonniers de guerre évadés ou sans documents de permission ou de libération.

(Crime suivant l'article du 17 - 8 - 38 et l'ordonnance du 1 - 10 - 40 du chef de l'Administration militaire en France pour la protection contre les actes de sabotage.)

 De janvier, février 1941 jusqu'à son arrestation:

- Peu après l'armistice, a aidé des prisonniers français évadés à passer en zone libre et également des prisonniers polonais évadés et des volontaires polonais cherchant à rejoindre la "Légion polonaise" en Angleterre.

Elle a ainsi aidé au moins cent personnes à franchir la ligne de démarcation entre Châlons-sur-Saône et Monchanin en leur fournissant des vivres et des guides (passeurs).

Sur ses revenus, elle a donné environ 40 000 F aux passeurs et elle a collecté des fonds auprès de ses connaissances.

Elle a donné des vivres ou collecté des paquets auprès de ses amis et elle a juré de ne pas trahir tous ceux qui l'ont aidée."

Les Allemands en tracent le portrait suivant:

"Française fanatique qui place au-dessus de tout son amour pour sa Patrie.

Elle affirmait que son action n'était pas causée par une haine du peuple allemand et qu'elle souhaitait que les Allemands travaillent avec la France, mais qu'elle brûlait de libérer sa Patrie de l'occupation et de l'oppression.

Etant une menace pour l'avenir de ses trois fils, qui ignoraient ses agissements, elle estimait qu'ils seraient d'accord avec sur son action et, qu'animés du même amour de la Patrie, ils auraient eux aussi risqué leur vie."

Condamnée à mort, pour "espionnage en temps de guerre et trahison",le 17 mars 1943, Madeleine Floquet est finalement déportée. Elle ne reviendra pas des camps.

Elle recevra la Médaille de la Résistance.

 

*

 

Lieu de mémoire: Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Beaune.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Archives Nationale (AJ/40 - 1507); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


FONTFREDE

Antoine, Marie

 

 

Né le 16 avril 1899  à  Billom (Puy de Dôme) Epouse: Anne Cholet Profession: officier de Gendarmerie Décédé le 12 avril 1945 à Ellrich (Allemagne)

Réseaux: S.S.M.F./T.R., ORA, MUR, Combat, A.S. 

 

Originaire d'Auvergne,  Antoine Fontfrede fut incorporé le 15 avril 1918 et fit l'école d'Infanterie. Sous-lieutenant, il était en 1920 au 22e Tirailleur. Libéré en juin 1921, la même année il se maria avec une jeune femme de sa région, Anne Cholet, dont il devait avoir trois enfants, deux filles et un garçon. C'est alors qu'il décida d'embrasser la carrière militaire. Il fit l'École de la Gendarmerie à Moulins puis, gendarme à cheval,  l'École des aspirants de gendarmerie à Versailles.

Promu lieutenant en 1929, il servit ensuite au Liban pendant cinq ans . Enfin,  capitaine en 1935, il fut affecté à la section de Clermont-Ferrand, qu'il commanda à partir de ce moment.

En juin 1940, son esprit de résistance est déjà affirmé. Ayant appris que le Service de Santé militaire avait, en fuyant les Gravanches, abandonné ses finances, pour les soustraire aux Allemands il n'hésite pas à aller les récupérer au milieu d'eux et les apporte à ses chefs.

Désireux de se rendre utile, il veut rejoindre Georges Groussard,  le colonel Rivet et Paul Paillole. On le persuade qu'il peut être efficace en restant à son poste: chef d'escadron en 1941, il assure le commandement de la Compagnie du Puy de Dôme, a une parfaite connaissance de la population  et jouit de l'estime de tous.

Il commence par entraîner ses subordonnés et quelques civils volontaires dans la collecte d'armes abandonnées au cours de la débâcle, puis les engagent à accueillir les prisonniers de guerre évadés. Il protège ceux qui passent la ligne de démarcation (aviateurs alliés, juifs), relève dans la population les signes de résistance (tracts, journaux clandestins, inscriptions, etc.) et, tout en donnant l'illusion d'une coopération, ignore les interventions demandées par la Préfecture.

Lors de l'invasion de la zone Sud, il est Honorable Correspondant du C.E., collabore avec l'ORA et avec Émile Coulaudon. Ce dernier est chargé par Henri Frenay de réorganiser en Auvergne le réseau Combat, devient chef régional de l'A.S. et préside à la fusion de Combat, de Libération-Sud et de Franc-Tireur au sein du MUR (Mouvements Unis de Résistance).

L'année 1943 voit une vague d'arrestation. Coulaudon se fait spécialiste de l'évasion de résistants et, pour ses opérations difficiles et risquées, Fontfrede est une aide indispensable: "Il informe, dit Pierre Accoce, prête des uniformes, fournit des mandats d'amener en blanc, décrit les êtres de la bastille de Clermont, des autres maisons d'arrêt du département et de la province."

Le Ier novembre 1943, Antoine Fontfrede est convoqué à Clermont-Ferrand à la Gestapo, pour, lui dit-on, serrer la main de son subordonné, le capitaine de Gendarmerie Kerhervé, commandant de la section d'Issoire, arrêté pour avoir protégé des parachutistes britanniques et qui part en déportation. Le commandant Fontfrede redoute un guet-apens, mais la profonde camaraderie qui l'unit à Kerhervé le pousse à se rendre à l'invitation. Il est arrêté sur le champ et interné à Clermont dans la caserne qui a abrité l'ancien 92e régiment d'infanterie. Pierre Accoce dit que ses interrogatoires commencent à Chamalières "où le S.D. occupe un hôtel privé, avenue de Royat. Ici opèrent Weser et Kroncke, qui obéissent au major Torack aux ordres du lieutenant Eckardt."

Le 11 octobre 1943, l'agence de presse InterFrance, liée à l'agence allemande, publie une information reprise par la plupart des journaux français, selon laquelle c'est Antoine Fontfrede qui a installé sur la route de Châteldon la machine infernale qui devait faire sauter la voiture de Pierre Laval. L'étonnement est grand dans les réseaux de résistance qui n'imaginent pas Fontfrede en dynamiteur, d'autant plus qu'il n'est pas homme à prendre le risque de sacrifier des innocents. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'il a été dénoncé, ce que lui confirment ses tortionnaires et qui sera rapporté par un interprète compatissant.

Transféré à Compiègne, il est déporté.

A Buchenwald , il jouit de l'estime des Français, qui le désignent pour présider une petite organisation clandestine de solidarité. Certains sont transférés à Ellrich.

On saura par les rescapés  que, le 6 avril 1945, les S.S., fuyant l'armée américaine, les évacueront vers Gardelegen. Au cours de cette marche forcée, Fontfrede, à bout de force, avance soutenu par ses amis Robert Marcelot, Gardès et Pierre Paulze, gendarme comme lui. Le 12, ils s'évadent dans l'espoir de rejoindre les libérateurs. "Seuls Marcelot et Gardès y parviendront, dit P. Accoce. Paulze aurait pu les accompagner. Il renoncera, refusant d'abandonner Fontfrede. On présume qu'ils auront rencontré une petite unité du Volkssturm, l'armée du peuple, déchaînée. Leurs corps ne seront jamais retrouvés."

Déclaré "Mort pour la France, promu lieutenant colonel à titre posthume, Antoine Fontfrede sera fait officier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec étoile d'argent.

 

*

 

Citation (à l'ordre de la division):

"Officier supérieur jouissant d'une estime profonde de la part des Autorités, de ses chefs, de ses subordonnés et des populations.

A permis des camouflages importants d'armes, de munitions, de matériel. A protégé efficacement de nombreux patriotes. A soutenu activement les chefs de la Résistance avec lesquels il était constamment en liaison.

Arrêté par la Gestapo, a été déporté en Allemagne où il est mort après d'atroces souffrances.

Animé d'un patriotisme ardent, possédant à un haut degré le sentiment du devoir, a donné le plus bel exemple des qualités du chef, dans toute l'acception du terme."

 

Références: Archives du Bureau Résistance; Service historique de la Gendarmerie; "les Gendarmes dans la Résistance" de Pierre Accoce

 


FOYER

Joseph, Marie, Augustin

 

 

Né le 9 juillet 1886  à  Maulévrier  (Maine et Loire) de Auguste, Edouard Foyer  et de  Hortense, Marie-Charlotte Coignard Epouse:  Nancy, Marie Leboeuf Profession: architecte Décédé le 11 novembre 1944  à  Bergen Belsen 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Poste P2)Agent P2

 

Joseph Foyer, dont le père était notaire, avait, lui, choisi l'architecture (le monument aux morts de Maulévrier, sa ville natale, a été conçu par lui).  Il ne fit pas de service militaire, réformé à cause de sa faiblesse de constitution, ce qui ne l'empêcha pas de réussir à se faire engager en 1914. Il fit la guerre comme officier de chars. Blessé en 1915 à Neuville Saint Vaast et en 1918 à Douaumont, sept fois cité à l'ordre de l'Armée, il a reçu la Médaille militaire en 1914, la Military Cross, la Médaille de Verdun et devait être fait officier de la Légion d'Honneur en 1934.

Il s'est alors installé à Valenciennes où il fut très vite connu et respecté. Après avoir fait l'École des officiers de réserve des chars.

En 1939, ne pouvant combattre du fait de son âge (53 ans), il prit la direction d'une compagnie de transport dans le Nord et, en 1940, se trouvait dans la région de Vannes avec 300 hommes. Voulant les sauver de la captivité, il discuta âprement avec l'État-major le plus proche. Théoriquement, les troupes encerclées au matin du 25 juin devaient se constituer prisonnières. Il avança que ses hommes n'étaient pas encerclés puisqu'ils avaient le dos à la mer et l'argument porta.

Rentré dans le Nord, il poursuit des activités de résistance, constituant des équipes, assurant la formation de cadres pour le maquis, collaborant à la presse clandestine, aidant à l'évasion de prisonniers et d'appelés au travail obligatoire. Le 10 mars 1941, il entre  dans le S.R. Kléber, Poste P2, comme chef de sous-réseau, sous les ordres du commandant Pierre de Froment.

Arrêté le 4 ou 11 février 1943, à son domicile, 42 rue de Mons à Valenciennes, sur ordre venu de Paris, il est interné cinq mois à Fresnes  et six semaines à Romainville. Condamné à mort, sa peine est commuée en déportation. Il est transféré en Allemagne le 30 août 1943, successivement à Sarrebruck, à Neuengamme et à Bergen Belsen où il décède. Il est père de trois enfants.

Déclaré "Mort pour la France", Joseph Foyer recevra  la Médaille de la Résistance avec rosette.

 

Références: Mairie de Maulévrier; André-Hubert Hérault, historien de Maulévrier; Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4

 


FRIEDMANN

Stéfan

Pseudonymes: FREDERKING, YOUNG, PRADO

 

Né en 1901 en Yougoslavie Décédé en déportation, vraisemblablement début 1944 

Réseau: S.S.M.F./T.R.

 

Stéfan Friedmann, engagé dans la Légion étrangère, a servi à Bel Abbès de 1930 à 1935. Démobilisé alors, il fut pendant deux ans employé dans une entreprise de commerce de métaux.

En 1938, il est recruté par le contre-espionnage.

Les archives de Paul Paillole (au SHAT) et celles de Victor Guillaume (A.A.S.S.D.N.) donnent deux versions de son recrutement, qui ne sont pas forcément contradictoires.

V. Guillaume dit: "Pendant l'hiver 1937-1938, le poste du S.R.A. de Weisbaden, camouflé sous une couverture commerciale, inondait la presse française et en particulier Paris-Soir d'annonces demandant des employés bien rétribués, etc. Le procédé était classique. Envoi d'un mandat aux personnes qui répondaient à ces annonces, convocation en Suisse (Genève ou Berne) et, après un excellent repas, des propositions précises étaient faites aux candidats.

L'attention du Service ayant été attirée par ce procédé, le contrôle postal intercepta toutes les lettres envoyées à cette firme commerciale. Les adresses des envoyeurs étaient retenues, les lettres postées et une surveillance postale exercée sur toute la correspondance échangée. C'est ainsi que Friedmann, sans situation et alléché par l'offre de la maison suisse, avait engagé une série de correspondances et s'apprêtait à se rendre au rendez-vous qui lui avait été fixé à Genève.

Le Service prit contact avec lui et une collaboration fut amorcée. Friedman est devenu un personnage à la tête d'un service important. Et les rapports furent extrêmement cordiaux.(...)

Son chef direct était le colonel Klein du poste de Weisbaden, alias docteur Beker. Il avait lui-même des relations qui, de chef à agent, sont devenues très amicales et confiantes, pour aboutir à une fructueuse collaboration commerciale. Il était en France le représentant exclusif du S.R. Weisbaden, tout en ayant un bureau à l'hôtel Lutétia."

Pour sa part, Paul Paillole écrit dans "Services spéciaux" (p.96 et 97):

"J'ai pu accrocher en août 1937 le poste de l'Abwehr de Weisbaden.

Un sous-officier de la Légion étrangère, Friedmann, yougoslave d'origine, bien noté par ses chefs, m'a été signalé par le B.S.L.E. (Bureau Spécial de la Légion Étrangère). Friedmann voudrait travailler pour les Services spéciaux: il parle l'allemand, le serbe, l'italien et naturellement le français. Il m'a fait la meilleure impression. Intelligent, observateur, il rêve d'une vie active, aventureuse.. Il veut se battre contre le fascisme, les nazis et le racisme: il est juif.

J'ai tenté l'expérience et m'en félicite.

Je l'ai fait passer clandestinement en Allemagne. Il s'est présenté comme déserteur de la Grenzpolizei (police des frontières) qui l'a conduit au siège de la Gestapo à Sarrebruck. Après des interrogatoires serrés et une mise en observation de plusieurs semaines, la Gestapo a pu acquérir la conviction de sa "sincérité". Il faut dire que nous y avons contribué en diffusant au bulletin des recherches, en possession de tous nos gendarmes et policiers, le nom de Friedmann, déserteur. Nous savons que Reile, le représentant à Trèves de la Section III F (C.E.) de l'Ast de Weisbaden reçoit ce bulletin, l'exploite et le communique à son voisin de Sarrebruck.

Freidmann a donc reçu la visite d'un personnage nouveau et distingué.

Le policier qui l'accompagne, plein de déférence, le présente sous le nom de docteur Beker.

Après un bref entretien, il est transféré à Weisbaden. Il lui est demandé s'il consentirait à retourner en France avec une mission d'espionnage et de nouveaux papiers d'identité sous le nom de Frederking.

Il a hésité, s'est fait prier, finalement n'a pas résisté aux arguments financiers du docteur.

Celui-ci, qui n'est autre que le major Klein, chef de l'Ast de Weisbaden, est aussi étonné que je l'ai été moi-même de la vivacité d'esprit de Frederking. Il va loin dans sa confiance et initie son nouvel agent dans la manipulation de l'un des premiers postes émetteurs clandestins de l'Abwehr. Friedmann, alias Frederking, est revenu d'Allemagne radieux. Il est porteur d'une somme d'argent français rondelette qu'il me confie et d'un mot d'introduction de la Propagandastaffel pour l'Office du tourisme allemand.

Il y travaille désormais, sans que ses employeurs aient connaissance de sa véritable mission. Quelques jours après son retour, il a reçu par la poste un bulletin de consigne et récupéré, gare du Nord, une valise avec le précieux poste émetteur. Nos services techniques se sont empressés de l'autopsier. Ils n'avaient encore jamais vu de tels engins et n'y croyaient guère!"

Stéfan Friedmann fait partie du T.R. 115. En 1943, il est directeur d'une maison de liqueurs dont le siège est à Bruxelles et qui a des dépôts à Paris, où il habite, 1 square de Verdun.

Le 8 novembre, la Direction du C.E. est avisée que "Young" (pseudonyme de Friedmann) veut rencontrer Guillaume (alias Gilbert) à Madrid entre le 19 et le 20 novembre à l'hôtel National. "Gilbert devra être porteur d'éléments de réponse au questionnaire suivant:

- Forces de l'armée française- Stationnement des divisions et composition S.R. américain et I.S. à Alger.

- Querelle Giraud-De Gaulle.

- Aviation américaine.

Une somme de 200 000 marocains est également demandée ainsi qu'un sauf-conduit interallié pour garantir ultérieurement Young au moment du débarquement allié.

L'accord est transmis. Gilbert quitte Alger le 15 novembre à 18 h à bord du sous-marin Orphée." et parvient à Madrid le 19 novembre à 14 h. (...) "Gilbert a l'entière confiance de Young. Il peut tout obtenir."

Le capitaine Morange fera le récit suivant:

"Depuis l'occupation de la zone sud en novembre 1942, notre poste de Marseille T.R.115 avait mis en sommeil ses agents de pénétration dans l'Abwehr; tous sauf Frederkind (...) Rendez-vous avait été pris pour le samedi 11 décembre 1943 à 17 heures à la brasserie du Parc au rond-point du Prado. Notre camarade Lomnitz* devait y amener son ami Stefan. A peine entré dans le bar, j'ai une mauvaise impression: pas de barman, deux hommes au comptoir me tournent le dos. A une table isolée, Bernard Lomnitz est assis à côté d'un inconnu. Tous les personnages sont immobiles et silencieux. Lomnitz ne fait pas un mouvement, je m'approche de lui et je vois alors son visage tuméfié avec une barbe hirsute. Avant d'avoir ouvert la bouche, les deux consommateurs du bar m'encadrent, tandis que le compagnon de Lomnitz sort un pistolet, démasquant les menottes qui les relient ensemble.

- Police, vos papiers!

Sans même les regarder, ils les confisquent, tandis qu'un quatrième "policier" entre dans le bar. Je l'identifie, c'est Lunel, ancien secrétaire régional des MUR, qui, depuis son arrestation, le 23 avril 1943, est passé au service de la Gestapo.(...)

- Suivez-nous!

Toute résistance est impossible . Un petit cortège se forme. En tête Lomnitz, enchaîné à son gardien. Je suis derrière et les trois autres ferment la marche. On ne m'a pas mis les menottes, circonstance favorable... J'en profite pour me retourner et demander: Vous êtes de la police? mais quelle police? - Police allemande!..  Une violente poussée sur les deux personnages les plus proches et je détale éperdument.

Les policiers commencent par s'assurer de Lomnitz, puis sortent leur pistolet. C'est une belle "schieserei" sur le Prado. Deux Feldgendarmes, la plaque autour du cou, attendent le tramway. Ils aperçoivent ces civils suspects qui tirent des coups de feu. Ils dégainent à leur tour et menacent les hommes de la Gestapo.(...) Les balles commencent par me rater, mais un coup heureux de Lunel m'atteint à la cuisse. (...) Cette fois on me passe les menottes et je suis poussé vers la traction avant des policiers, dont les coussins sont bientôt inondés de mon sang. Le trajet est bref jusqu'au siège de la Gestapo qui est à quelques centaines de mètres dans le haut de la rue Paradis. (...)

Je suis entre les mains de Dunker, alias Delage, l'un des chefs de la Gestapo de Marseille.

Par une porte entrebâillée, j'aperçois dans la pièce voisine, Lomnitz et Frederkind enchaînés sur leurs chaises et prostrés, le menton tombant sur la poitrine. J'apprendrai plus tard qu'ils ont été cruellement battus pour leur faire avouer l'identité du personnage qui avait rendez-vous avec eux. Aucun d'eux ne révélera mon nom."

La fille de Stéfan Friedmann, Louise, infirmière, rentrée de déportation le 18 mai 1945, fera la déclaration suivante à la XXIe Région militaire, 5e Bureau, Poste S.M. de Saint Avold:

"Mlle Friedmann Louise, née le 3 octobre 1915 à Mayenne, demeurant à Paris XIXe, 45 rue de Tanger, déclare que M. Friedmann, son père, arrêté en décembre 1943, fut envoyé à la Santé, ensuite à Fresnes, condamné à 10 ans de travaux forcés et , pris comme otage, fut fusillé peu de temps après.

C'est sur dénonciation d'un gendarme français que M. Friedmann fut arrêté et la déclarante également."

Selon Victor Guillaume, Stéfan Friedmann aurait été décapité dans la cour d'une prison allemande.

 

Références: SHAT (archives Paul Paillole); archives Victor Guillaume (A.A.S.S.D.N.); Archives Nationales (F/60 -1577); "Services spéciaux" de Paul Paillole (Ed. Robert Laffont, 1975); "Histoire de la Résistance en France" de Henri Noguères, tome 4 (Ed. Robert Laffont, 1976).

 


FRISCH

Paul, Henri, Edouard

 

 

Né le 19 janvier 1898  à  Chaumont (Haute-Marne) de Justin Frisch  et de Marie Hutin Epouse: Germaine Lemoine Profession: cadre d'entreprise Décédé le 27 mars 1941 à Sevrey (Saône et Loire) 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber (Uranus)

 

Inspecteur à la Société des Eaux de Vittel, père de cinq enfants, Paul Frisch habitait près de Brevonnes (Aube). Il avait fait la guerre de 1914-18, comme canonnier au front , et avait été en 1939 dans le Train Auto, comme capitaine de réserve.

Il entre dans la Résistance dès août 1940, et se fait tuer le 27 mars 1941, en passant la ligne de démarcation, à Sevrey, porteur de renseignements importants.

Déclaré "Mort pour la France", Paul Frisch fera l'objet de deux citations, sera proposé pour la Légion d'Honneur, et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


FRITZ

Jean, Georges, Michel

Pseudonyme:  PETITE TETE, PETIT JEAN

 

 

Né le 3 décembre 1922  à  Nancy  (Meurthe et Moselle) de Gaston, Jean Fritz  et de  Marie Lutz Profession: ajusteur mécanicien Décédé le 4 février 1944  à Cologne 

Réseaux:  S.S.M.F./T.R. , S.R. Kléber (Uranus)Agent P2

 

Ajusteur mécanicien à Nancy, Jean Fritz a dix-neuf ans quand il s'engage dans la Résistance, le 1er décembre 1941.

Arrêté  par la Gestapo le 23 mars 1942, il est interné à la  prison Charles III de Nancy, puis, le 22 juillet 1942 à la prison de la Santé à Paris. Il est déporté le 15 août 1942 à Sonderlager, puis à Wittlich, condamné à mort par jugement le 10 août 1943 et fusillé le 4 février 1944 à Cologne.

Déclaré "Mort pour la France", Jean Fritz sera cité à l'ordre de l'Armée, recevra la Croix de Guerre 1939-45 avec palme, ainsi que la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


 

 

 
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