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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var (Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Ba-Bd
 

BAELEN
André, Louis

 

Né le 14 février 1915  à  Tourcoing (Nord)Epouse:  Simone, Lidonie, Eugénie PohieRéseaux:  S.S.M.F./T.R.,S.R.-Kléber (Pat O'Leary)
Agent P2Décédé le 12 novembre 1941  à  Lille

Réseaux: S.S.M.F./ T.R. , S.R.Kléber

André  Baelen a vingt-cinq ans, il est marié depuis trois ans, quand il s'engage dans la Résistance dès septembre 1940.  Il fait partie du groupe Marcel Bommel de Lille-Centre et il est membre de l'Organisation franco-anglaise du capitaine Michel (W.O.).
Il est arrêté  le 13 mars 1941 et condamné à mort par le tribunal de la Feldkommandantur à Lille, le 18 juillet. Le préfet du Nord tente dès le lendemain d'intercéder en sa faveur. Dans son intervention il est précisé que André Baelen, qui habite 150 rue du Moulin à Roubaix, "électricien aux établissements Tiberghein Frères, à Tourcoing, est  père de deux enfants de 3 ans et 1 an. L'intéressé, poursuit le préfet, était accusé d'intelligence avec les services britanniques et le 2e Bureau de Vichy.
Baelen aurait fait des aveux complets. Il était, en outre, accusé de détention d'armes de guerre et d'avoir facilité le passage en zone libre d'Anglais et de jeunes Français gaullistes."
Un télégramme reçu le 27 juillet à 18 heures, faisant suite à une lettre du 24 juillet au Contrôleur général délégué du ministère de la Guerre, suggère d'intervenir d'urgence auprès de Abetz, ambassadeur du gouvernement allemand en France, la commutation de peine "ne pouvant être accordée par le commandement militaire allemand en France, mais par le général allemand commandant en chef en Belgique et dans le Nord de la France"
Malgré les interventions, André Baelen est fusillé  à Lille le 12 novembre 1941.
Déclaré "Mort pour la France", il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

*
Citation  (à l'ordre de l'Armée): "Magnifique patriote membre des Forces Françaises Combattantes. Arrêté pour faits de Résistance le 13 mars 1941, a été interné jusqu'au 12 novembre 1941 date à laquelle il est mort glorieusement pour la France".

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Archives nationales (dossier F60 - 1570); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p. 4


BANK
Raymond

Pseudonymes: FEVAL, TINAN

 

Né le 18 août 1895 à Ivry (Seine)de Aaron Hayem Bank et deCamille WormsÉpouse:Pauline, Émilie MoussardDécédé le 4 mars 1944 à Grenoble

Réseaux: S.S.M.F./T.R., Combat

Capitaine de réserve, Raymond Bank, qui a souffert de trois blessures de guerre, s'engage, le 1er mars 1941, dans la Résistance. Il a une fille.
Il est chef du 2e Bureau de l'A.S. jusqu'en mars 1942, puis chef de l'État-major de l'Armée Secrète, sous les ordres du commandant Job, et de Reyniès (dit Vauban), jusqu'à son arrestation. Celle-ci a lieu le 4 mars 1944, à Grenoble, où il est tué par la Gestapo le jour même (fusillé selon certains documents).
Le commandant Job témoignera  ainsi: Raymond Bank " a exercé avec autorité, compétence et dévouement les fonctions de chef de l'E.M. de l'A.S., contribuant pour une large part à la mise sur pied d'un solide dispositif de combat." Le colonel Descour, gouverneur militaire de Lyon, écrira que cet officier, "animé du plus pur esprit de résistance," a montré "les plus belles qualités d'organisation et de bravoure. Prévenu que l'ennemi était sur sa trace, il a refusé de quitter son poste."
"Mort pour la France", Raymond Bank,  commandant F.F.I., chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre 14-18, Croix de Guerre des T.O.E., recevra la Croix de Guerre 1939-45 avec étoile de vermeil.

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N., p. 26


BARBIER
Marcel, Emile

Pseudonyme: MICHELIN

 

Né le 10 avril 19O1  à  Valentigney (Doubs)de Émile Barbier  et de  Camille VejusÉpouse: Yvonne, Hélène RigoulotProfession: sous-officier pilote dans l'armée de l'AirDécédé le 2 novembre 1944  à  Besançon

Réseaux: S.S.M.F./T.R. ,  S.R.Kléber (réseau Bruno), F.F.I. dans le maquis du Lomont

Marcel Barbier a été adjudant chef pilote dans l'Armée de l'Air. Il est père de deux enfants, lorsqu'il s'engage le 1er novembre 1942 dans le réseau Bruno, avant de rejoindre les F.F.I du Doubs, le 23 août 1944  et le maquis de Lomont.
Le 2 novembre 1944, il meurt à l'hôpital militaire de Besançon des suites de ses blessures.
Marcel Barbier a été déclaré "Mort pour la France".

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


BARBIER
Robert, Charles, Marie

Pseudonyme:LE NOTAIRE

 

Né le19 septembre 1899à  Culoz (Ain)de Claude, Marie, André Barbieret de Louise, Marguerite BrunetCélibataireProfession: clerc de notaireDécédé le 2 juin 1943  à  Dortmund (Allemagne)

Réseaux: S.S.M.F./T.R.,  S.R.Kléber, (Roy, OSS: mission Lenoir)
Agent P2

Robert Barbier , dit "le Notaire", doit son pseudonyme au fait qu'il est premier clerc de notaire. Il a fait la guerre de 1914-18 comme appelé dans l'Intendance.  En juin 1940, il est aspirant  et, dès le 1er novembre, s'engage dans la Résistance.
Arrêté le 27 mars 1942,pour détention d'armes, il est interné à Fresnes, puis à Lille-Loos, avant d'être déporté, le 8 avril 1942, à Bochum, près de Essen (Allemagne). Il comparaît devant le tribunal de cette ville, spécialement chargé des affaires N.N. du Nord pas de Calais, qui le condamne à mort. Transféré dans la prison de Rheinbach puis à Seigburg, à Anrath et de nouveau à Bochum, c'est enfin à Dortmund qu'il est décapité le 2 juin 1943.
Déclaré "Mort pour la France, Robert Barbier recevra la Médaille militaire et la Croix de Guerre.


Références: Archives du Bureau "Résistance;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, P.4

BARBRY
Roger, Désiré

 

Né le 28 janvier 1924  à  Armentières (Nord)de Jules Barbry  et de  Raymonde DélelisCélibataireProfession: employé de commerceDécédé le 14 avril 1942  à  Martignas-sur-Salle (Gironde)

Réseaux:  S.S.M.F./T.R. - S.R. Kléber (S.R. Guerre, Poste P3)
Agent P2

Né dans une famille de onze enfants, Roger Barbry a 17 ans lorsqu'il est recruté, en novembre 1940, par le S.R. Guerre comme agent de renseignements. En témoignera le capitaine Bertrand, chef du service dont il fait partie, l'antenne de Périgueux, dépendant du poste de Limoges (capitaine Darbou). Il est alors employé de commerce.
En 1940, à Armentières, sept jeunes gens de 17 à 20 ans se groupent dans un esprit de résistance: cinq d'entre eux le paieront de leur vie. Le plus jeune est Roger Barbry. Les autres sont: Paul Desreumaux*, Henri Leclercq*, Germain Lepoivre*  et Ernest Lombart*. Ils pensent d'abord à récupérer les armes et les munitions abandonnées après des combats entre chars allemands et troupes anglaises dans la région de Steenwerck. Puis, voulant faire plus, sans prévenir leur famille, ils quittent la ville dans l'intention de rejoindre l'Angleterre par l'Espagne. Après avoir fait 650 km à bicyclette, ils arrivent à Montmorillon, entre Poitiers et Limoges, et veulent s'engager auprès d'un bureau de recrutement. Deux des sept seulement sont acceptés, Auguste Rio et Louis Catiau, qui partiront pour l'armée d'Afrique. Les autres sont recrutés par un officier de renseignement.
Dans le Nord, où il fait de la recherche de renseignement à partir de juin 1941, Roger Barbry travaille parfois avec son père.
Arrêté une première fois le 15 février 1941, il est interné à Nantes et libéré dix jours plus tard; puis arrêté une deuxième fois le 1O avril 1941, interné à Libourne, et libéré de nouveau au bout de quinze jours, toujours faute de preuve. Enfin, le 23 février 1942, cinq membres de la Gestapo l'arrêtent à son domicile, 50 rue des Rotours, à Armentières. Il est alors incarcéré à la prison de Loos, puis transféré au fort du HA à Bordeaux, où il retrouve  ses camarades Paul Desreumaux et Ernest Lombart.
Avec ce dernier, il comparaît  le 1er avril 1942 devant le conseil de guerre qui se trouve au camp de Souges (à 2O km à l'ouest de Bordeaux).Ils sont condamnés à mort. Le recours en grâce déposé le 14 avril est rejeté.
Roger Barbry écrit une longue lettre pour dire adieu aux siens:
"Mon cher bon papa et ma chère bonne maman et mes bons frères et soeurs,
Je vous écris aujourd'hui pour la dernière fois en de biens tristes circonstances. J'ai un prêtre avec moi et je vais, dans pas longtemps comparaître devant Dieu. Je viens de communier et j'ai bon courage. J'ai été condamné le 1er avril, avec mon camarade Ernest; nous avons demandé le recours en grâce qui n'a pas été accepté. Maintenant je vais mourir à cinq heures cet après-midi.
Je suis très courageux et mon camarade Ernest aussi.
Maintenant je dis au revoir à mon très bon papa, qui a été toujours très bon pour moi, et je remercie Dieu de l'avoir eu; au revoir ma bonne maman, toi aussi tu as toujours été très bonne et j'espère que tu auras comme moi, papa aussi. On se reverra un jour au ciel avec Dieu; ayez du courage. Je dis au revoir à ma bonne soeur Renée, à mon frère André, ma soeur Jacqueline, mon frère Pierre, ma soeur Marie-Rose, Thérèse, Christiane, ma filleule Geneviève, mon frère Jean et ma bonne petite soeur Yvette qui gardera sa poupée en souvenir de moi; au revoir mon beau-frère Gustave, ses enfants, Monique, Paulette et Yvonne; au revoir à grand-père, mon parrain, ma marraine, à tous mes oncles et tantes, mes cousins et cousines, enfin à toute la famille. Je souhaite à vous tous une bonne vie heureuse; ayez du courage et à bientôt.
J'ai laissé mon pardessus pour André; il n'y aura qu'à le retourner, il sera neuf; vous allez recevoir toutes mes affaires.
Je vous demande pardon de toutes les fautes que j'ai pu commettre dans ma vie.
Au revoir mes bons frères et soeurs, surtout protégez bien papa et maman car vous savez, ce sont de bons parents, les meilleurs du monde; je souhaite à vous tous une vie heureuse et prospère.
Je vous aime tous bien fort. Je remercie Dieu d'avoir eu de si bons parents et prierai beaucoup pour vous; surtout mes frères et soeurs, faites attention à papa et maman.
Je termine cette lettre qui est pour moi un calvaire.
Vous direz au revoir à mes amis, sans oublier M. l'abbé Dumez, qui dira une messe pour nous.
Maintenant je vais aller voir ta mère, papa, ta soeur, mon oncle Auguste, mon cousin Désiré, mon copain Henri et Germain, enfin tout le monde.
Voilà, c'est tout. Au revoir très bon papa, bon courage. Au revoir très bonne maman, ne maigris plus surtout, bon courage, on se reverra un jour.
Au revoir Renée; je te souhaite une vie heureuse, avec ta famille et ton bon petit mari Gustave, au revoir Jacqueline, au revoir André; on s'aime bien, va; bonne chance pour ton métier; au revoir Pierre, tu pourras avoir mes bottines de football; au revoir Marie-Rose, Thérèse, Christiane, ma filleule Geneviève; je ne peux pas te faire de cadeau, mais ça ne fait rien; au revoir Jean; ne désobéis pas trop à maman, elle est trop bonne; au revoir ma petite Yvette, fais bien ta prière et conserve bien ta poupée.
Enfin au revoir tout le monde. Je vous aime et vous ai tout le temps aimés. A bientôt bon papa, bonne maman, courage.
Votre fils et frère Roger
P.S. Surtout bon papa et bonne maman, ayez du courage. Dieu est là, il vous protégera, j'en suis sûr.
Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, merci beaucoup, je vous aime. Ayez du courage. Attention maman.
Mes frères et soeurs, faites bien attention à papa et maman, parce que vous avez de bons parents, vous pouvez remercier Dieu.
Au revoir, bon courage, je vous aime tous."
Roger Barbry et son camarade Ernest Lombart sont fusillés le 4 avril 1942 au  camp de Souges, à Martignas-sur-Salle. Roger Barbry n'a pas vingt ans.
"Agent magnifique, résistant de la première heure", c'est ainsi qu'il est qualifié par son chef de réseau.
Déclaré "Mort pour la France", il  sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

*
Lieu de mémoire: Le nom de rue des Fusillés a été donné à l'ancienne rue de Flandre, à Armentières, en mémoire de Roger Barbry et de ses quatre camarades morts pour la France. Une plaque commémorative y a été apposée.

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4;  mairie d'Armentières; "La Voix du Nord", 11 et 15 septembre 1999


BARGAIN
James, Gabriel, Jean

 

Né le 8 décembre 1913  à  Quimper (Finistère)de Jules Bargain  et de  Madeleine, Aline JaouenCélibataireDécédé le 30 avril 1945  à  Ludwisglust (Allemagne)

Réseaux: S.R. Marine,  S.S.M.F./T.R. (Dahlia)
Agent P2

James Bargain  est agent de liaison. Arrêté le 1er avril 1944 , il est déporté le 25 avril 1944.
Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

Références: Archives du Bureau "Résistance"


BARRAT
Jean-François

 

Né le 23 novembre 1887  à  Cerbère (Pyrénnées orientales)de Jean Barrat  et de  Julia BonaventureÉpouse: Palymre ...Profession: employé des Chemins de FerDécédé le 24 novembre 1944 à  Sachsenhausen/ Oranienbourg (Allemagne)

Réseaux: S.S.M.F./T.R. (poste de Barcelone), S.R.Kléber, Visigoths
Agent P2

Employé à la Société Nationale des Chemins de Fer, à Cerbère, sa ville natale, Jean-Fraçois Barrat s'engage dès le 20 août 1940 dans la Résistance.
C'est en allant rendre compte d'une mission qu'il est arrêté, à Perpignan, chez Madame Weil, 88 av. de la Gare, le  10 mai 1943. Interné à la Citadelle de Perpignan, puis à Fresnes, il est déporté le 15 novembre 1943, à Sachsenhausen/Oranienbourg. Les dernières nouvelles de lui, transmises par un camarade, datent de fin novembre 1944. Il est officiellement décédé le 24 novembre.
Jean-François Barrat recevra la Médaille de la Résistance.

Références: Archives du Bureau "Résistance;  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°54, p.42; mairie de Cerbère


BAUDRILLART
Albert

Pseudonymes: CHAMPI, CHAMPIGNON, LE FURETEUR

 

Né le 7 juin 1889  à  Mézières (Ardennes)de Léon Baudrillart  et de  Anne LegrandEpouse: Nadine LemonierProfession: industrielDécédé le  9 mars 1942, au camp de Souges (Bordeaux)

Réseaux:  F.F.I. de la Gironde, S.S.M.F./T.R., S.R. Kléber Vénus et sous-réseau Chabor
Agent P2

Albert Baudrillart  était le fils d'un industriel dont la  famille  eut à souffrir particulièrement de la guerre 1914-1918: vingt deux de ses membres furent massacrés par les Allemands; à la ruine du père d'Albert Baudrillard, succéda la mort de sa mère, des suites de privations, en 1918, puis celle de son père deux ans plus tard. Cette guerre, il la fit lui-même dans l'infanterie et dans l'artillerie, détaché un temps comme chef d'inspection des Forges des Usines Dehuy.
La paix revenue, il dut se reconvertir. Il avait son baccalauréat, un brevet militaire, parlait  l'anglais et l'allemand. C'était un homme courageux (il reçut la Médaille de Sauvetage pour avoir sauvé vingt deux personnes lors des inondations des Ardennes.).
"Non mobilisable en 40, dira son épouse, mon mari, travaillant comme comptable, ne put se rendre libre pour s'engager volontairement dans un réseau que le 15 août 1941" Il a alors plus de cinquante ans, est céramiste industriel.
Recruté par Mangès, il étend son activité, à partir de Bordeaux, sur la région bordelaise, avec au moins une mission sur la côte basque du 15 au 20 octobre 1941.
"Il faisait tout  à bicyclette,  par petites étapes, dira Mme Baudrillart. Son 2e pseudo,  donné par Mangès , était pour cette raison "le Fureteur", écrit, sur un certain passeport, en allemand. Le 1er pseudo, "Champignon", en souvenir de sa première  mise à l'épreuve où il cherchait des champignons, un panier à la main, pour s'approcher des lignes entre Bordeaux et la zone libre .  (... ) Lorsque mon mari alla voir, tout près de Limoges, le colonel qui était son chef, il revint en disant qu'il avait signé un engagement, prêté serment et partait deux jours après avec le grade de lieutenant, ayant 25O F de fixe par jour, tous frais payés. Puis, deux mois après, il revint pour la deuxième et dernière fois"
Albert Baudrillart est alors un homme aux cheveux gris. Il n'est pas très grand, a le front haut, des yeux marrons, un nez rectiligne. C'est ainsi que sa fille, Monique, treize ans, le voit pour la dernière fois.
Une note du bureau liquidateur mentionne qu'il est arrêté le 5 novembre 1941, à Bordeaux, dans un magasin où il procédait à des achats .
Une note de la Feld Komandantur de Bordeaux insiste sur le fait que Baudrillart a été fusillé , le 9 mars 1942, "non comme otage, mais en vertu d'un jugement de la Cour martiale. Le recours suprême de la religion lui a été consenti, l'acte de décès peut être demandé à la Préfecture de Police. Tous ses biens et objets personnels ont été remis contre reçu au Commissariat central de police de Bordeaux le 12 mars 1942 à l'effet d'être rendus à sa veuve. La dernière lettre que Baudrillart  a adressé aux siens a été transmise, comme l'exige le règlement, à un organe de contrôle des lettres."
Sa famille n'apprendra sa mort que deux mois après et cette dernière lettre ne lui parviendra qu'un an et demi plus tard.
Il a été dénoncé par un agent double. Mme Baudrillart dira: "Avant son arrestation, mon mari avait été envoyé en reconnaissance sur la côte basque, qu'il fit par petites étapes en bicyclette...du 15 à fin octobre 1941. De là il rapporta des documents intéressants sur le mouvement des troupes allemandes. A ce moment-là, on prétendait que les Anglais voulaient faire une base au Portugal, que les Allemands voulaient empêcher... Mon mari revenait avec une fameuse petite valise bleue bourrée de documents qu'il laissa au portier de l'hôtel Terminus à Marmande." (Cet homme avait déjà rendu des services au réseau.)
Le 4 novembre 1941, il reprend la route pour Bergerac où il rencontre chez lui celui qui va le livrer. Ils partent tous deux pour Marmande, s'arrêtent une heure au Terminus en attendant le train qui doit les mener à Bordeaux. En route, confiant, Baudrillart raconte son voyage à son camarade, lui disant qu'il va quitter Bordeaux sur ordre du Colonel qui a des raisons de faire replier ses hommes en zone libre.
Baudrillart est arrêté le 5 novembre par quatre officiers allemands. Deux jours plus tard, l'agent double  va chercher à l'hôtel Terminus la valise bleue. Au premier interrogatoire, Baudrillart se défend bien (Morand aura le rapport d'interrogatoire par un de ses hommes infiltré à la Gestapo). Au deuxième, un officier allemand lui exhibe un papier prouvant qu'il ment: un document de la valise bleue.
Ici le témoignage du colonel Chabor montre le sang-froid de Baudrillart: " J'ai été avisé  de cette exécution , dit son chef de réseau, par le colonel Barrand qui a passé la ligne pour m'avertir. Cet agent  (Baudrillart) a été très brave: pendant le transfert du Tribunal à la prison il a pu toucher une personne la priant de nous avertir de prendre nos précautions". 
Ainsi pourront  être prévenus ceux qui sont  mis en danger par le même agent double.
Un chanoine de 66 ans, Henri Charles Mabille, exerçant son ministère à l'hôpital Saint André à Bordeaux,  convoqué au Fort du HA pour assister Albert Baudrillart, rapporte l'entretien qu'ils ont eu :"Il m'a dit avoir été entraîné dans une affaire d'espionnage contre les Allemands par un certain individu du nom de Bonhomme qui opérait dans la région de Libourne-Bergerac. Bonhomme se disait industriel de cette région. "Dès mon arrestation, dit Baudrillart, j'ai pensé à préparer ma défense et quelle n'a pas été ma surprise de me trouver le jour de mon premier interrogatoire en face du même Bonhomme qui m'avait conduit dans cette affaire. Par conséquent, il m'était impossible de pouvoir me défendre. Bonhomme était au nombre de mes accusateurs. M. L'abbé, j'ai donc joué et j'ai perdu.."
Raphaël Barranèche, assisté quelque temps plus tard par le même chanoine, lui dira avoir été conduit là par le même agent double. Témoignage également de Madame Gémin: " J'ai connu M. Baudrillart fin 1941 chez moi, car il était en liaison avec mon fils pour le service du 2e Bureau, sous la direction du sous-lieutenant Morand (alias Mangès) qui habitait à l'hôtel de Paris à Marmande. M. Baudrillart est venu cinq ou six fois chez moi pour trouver mon fils qui faisait passer la ligne de démarcation... Après l'arrestation de mon fils, un certain M. Bonhomme est venu me trouver pour me donner des nouvelles de mon fils, interné au Fort du H A, et c'est chez moi qu'il a rencontré Baudrillart. Après plusieurs entrevues, Bonhomme a proposé à Baudrillart de lui faire obtenir un laissez-passer pour circuler librement sur la ligne de démarcation et est allé à cet effet à Marmande où M. Morand a versé 2 000 F, en ma présence, pour ce laissez-passer. Quelques semaine après, ayant des doutes sur Bonhomme, Morand conseilla à Baudrillart de ne plus continuer à aller à Bordeaux. Baudrillart passa outre et fut arrêté à Bordeaux." En prison, il devait retrouver Gémin*.
Le rapport du colonel Chabor dira qu'Albert Baudrillart a été arrêté "sur dénonciation, semble-t-il d'un autre agent du s-lieutenant Mangès, nommé Bonhomme, de Bergerac, lequel serait toujours en liberté (en décembre 1951) parce que servant d'indicateur à la police."
Le colonel Chabor dira aussi que, d'après une lettre du sous-lieutenant Mangès à la veuve d'Albert Baudrillart, celui-ci, au procès, "a montré une résignation digne d'un ascète" et que "sa mort fut héroïque". Et  le chanoine Mabille rapportera :  "Après avoir entendu quelques paroles de l'aumônier allemand qui l'incitait à mourir en bon chrétien, Albert Baudrillart s'est redressé et a ajouté" En bon Français, Monsieur!"
Albert Baudrillart, déclaré  "Mort pour la France", recevra la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

*
Citation (à l'ordre de l'Armée): "Excellent agent d'un réseau de renseignement, en service dès l'armistice, qui fit preuve d'un courage, d'une conscience et d'un dévouement hors de pair. Arrêté,  résista à toutes les tortures en refusant formellement de dénoncer ses camarades et fut fusillé le 9 mars 1942, en montrant jusqu'au bout l'attitude la plus admirable."

Lieu de mémoire:  inhumé à Saint-Jean d'Illac, près de Bordeaux

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4; Archives d'Alger (dossier 3230-66)


BAUDRY
Jean, Michel, Charles

Pseudonyme:CARDINAL (?)

 

Né le  (ou 3) décembre 1904 à  Paris                                                       (XVe)
de Léon, Vincent, Emile Baudry et de Jeanne, Marie BouilletEpouse: Marie, Françoise, Alice MartinetDécédé le 18 mai 1945  à  Dachau

Réseaux: S.M.F./T.R. , S.R.Kléber (Poste P3)
Agent P2

Jean Baudry est arrêté le 15 mai 1943 à Talence et interné à Angers, puis déporté le 26 janvier 1944 à Weimar-Buchenwald, enfin transféré à Dachau le 25 avril 1944.
En déportation, il retrouve celui qui l'a recruté, le chirurgien dentiste Raymond Giboin, chef d'antenne du S.R. Guerre clandestin à Bordeaux de novembre 1940 à novembre 1942.
Jean Baudry laisse trois enfants de dix-huit, quatorze et treize ans.
Déclaré "Mort pour la France", il recevra la Médaille de la Résistance.

Références: Archives du Bureau "Résistance"; Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°13, p.4


 

 

 
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