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Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale ( France ) - www.aassdn.org -  
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MEMORIAL NATIONAL A.A.S.S.D.N. / Ramatuelle - Var ( Livre d'Or )
Biographies des Noms gravés sur le Monument: Aa-Al
 

 

ABEILLE

Valentin

Pseudonymes: MERIDIEN, COLLEONE, FANTASSIN, ARNOULT, ARNOUX.

 

Né le 8 août 19O7  à  Alençon (Orne) de Pierre Abeille et de  Louise VerpillatÉpouse: Nicole Chautemps .Profession: fonctionnaire de l'administration préfectorale. Décédé le 2 juin 1944  à  Paris XIIIe

 Réseaux: S.S.M.F./T.R., B.C.R.A., Action M ( D.M.R. Région M ), Combat, Libération, Franc-tireur, délégué du MUR (Jura et Lyon), promoteur du NAPAgent P1 (1er mai 1945), P2 (1er septembre 1943)

 

Valentin Abeille, qui avait un frère jumeau, Jean-Pierre,  était pupille de la Nation, son père étant mort à la guerre en 1914. Après des études irrégulières, ballotté par une vie familiale brisée, il  fit son droit et, entré dans la carrière préfectorale en 1938, fut, comme son père, le plus jeune sous-préfet de 1ère classe.

Ancien élève de l'école de Saumur, il avait fait son service militaire dans la cavalerie. Normalement dégagé des obligations militaires par ses fonctions, il s'est pourtant engagé dès la mobilisation en septembre 1939, au 29e Dragons à Provins. Les campagnes de Belgique et de France  lui valurent trois citations, la Croix de Guerre avec palme et 2 étoiles.

Démobilisé, homme très brillant, il est nommé au poste de préfet et rejoint alors Provins. Mais il est révoqué quelques semaines plus tard pour son attitude anti-allemande.

Dès janvier 1941, en zone sud, il entre dans la Résistance. Il est d'abord à Marseille sous couvert d'un poste officiel, mais est à nouveau révoqué dans la région de Lyon.

Après avoir fait partie du service de contre-espionnage (T.R. 115), il passe au B.C.R.A.

Très actif, début 1942, sous le nom de Colléone, il est responsable départemental des mouvements Combat, Libération franc-tireur, continue à s'occuper du NAP et organise l'A.S. dans son secteur. De plus, en décembre 1942, il devient chef régional des services économiques et politiques du MUR.

Dénoncé, traqué par la Gestapo, il prend le maquis fin janvier 1943. Nombre de ses camarades sont arrêtés, ainsi que des membres de sa famille: son oncle maternel meurt en prison à Vichy  des suites de mauvais traitements. Marié une première fois (avec Andrée Biette),  divorcé, Valentin Abeille est remarié  avec Nicole Chautemps: l'oncle de cette dernière, Pierre Chautemps, meurt à Bergen Belsen, ses frères passent en Espagne et rejoignent les F.F.L.

Valentin Abeille part pour l'Angleterre le 19-20 mai 1943 (opération Hudson dirigée par Larot à Lons le Saulnier), et est affecté au B.C.R.A. le 1er juillet 1943. Mais,  déçu par l'atmosphère de Londres et après avoir subi une intervention chirurgicale, il se porte volontaire pour une mission spéciale en territoire occupé (ce sera la mission "Fantassin).  Après avoir suivi  des stages d'instruction et d'entraînement de parachutisme, la nuit du 12 au 13 septembre 1943 (opération Gide-Bretagne), il gagne son poste de délégué militaire de la Région M (Normandie-Bretagne- Vendée), sous le nom de Arnoux, en qualité de chargé de mission de 2e classe, assimilé au grade de commandant (ayant été promu au grade de capitaine de cavalerie de réserve par décision du général De Gaulle le 12 février 1944, sous le pseudonyme de Arnoult Victor). Il réussit  alors à mettre sur pied une organisation militaire  et à regrouper les résistants de la région .

Marcel Baudot, inspecteur général honoraire des Archives de France, dans son étude "Libération de la Normandie", fait la synthèse des impressions que transmet à Londres, à l'automne 1943, Valentin Abeille, qui "résume l'évolution des esprits en trois états d'âme successifs: l'impatience, la déception, la lassitude; impatience en cette fin d'automne d'assister enfin au débarquement des armées libératrices, déception de constater que les semaines s'ajoutent aux semaines sans que rien ne se passe (...), lassitude à l'approche d'un quatrième hiver plus dur encore, peut-on craindre, que les précédents."

Valentin Abeille, qui se sait surveillé par la Gestapo, demande pourtant à conserver son poste. Épuisé physiquement, traqué, trahi, il est arrêté le 31 mai 1944. Il réussit à s'échapper, mais, repris, blessé, il est conduit à la Pitié-Salpétrière (selon certains documents)ou traîné à la Gestapo rue des Saussaies. Torturé, sans avoir jamais parlé, il meurt le 2 juin 1944 après deux jours d'agonie. Ses restes seront retrouvés après la Libération dans un terrain vague et des obsèques nationales auront lieu aux Invalides, le jour anniversaire de la mort de son père.

Chef d'une valeur exceptionnelle, Valentin Abeille sera fait chevalier de la Légion d'Honneur et Compagnon de la Libération, il recevra La Croix de la Libération et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau Résistance; "Libération de la Normandie" de Marcel Baudot; "Nous atterrissons de nuit" de Hugues Verity, Editions France Empire, 1969.


ACHARD

Joseph, Marie

 

Né le 2 mars 1878, à Lempdes (Puy de Dôme) de Joseph Achard  et de  Marie Dry (ou Pry, illisible) Épouse: Marie, Michèle Lacroix Profession: boulanger et cultivateur Décédé le 23 février 1945  à Buchenwald

 Réseau: S.S.M.F./T.R.Agent P2

 

Boulanger et cultivateur à la retraite, Joseph Achard, qui a perdu un de ses deux enfants,  habite pendant l'Occupation à Beaumont (Puy de Dôme), 23 rue Gambetta. Il a participé à la guerre 14-18, dans l'artillerie, comme artificier et maître pointeur, et a été blessé le 26 août 1916.

En novembre 1942 , recruté à Clermont-Ferrand par le service de contre-espionnage français en qualité d'agent radio, il met son propre domicile à disposition pour une installation radio qui ne cessera de procéder à de nombreuses émissions de liaisons avec l'Afrique du Nord et Londres.

Arrêté par la Gestapo le 15  (ou 10) juillet 1943 , à son domicile, il est interné à la prison de Clermont Ferrand et passe par Compiègne, avant d'être déporté ,  le 24 janvier 1944 , à Buchenwald, où il meurt  "de misère" treize mois plus tard. Aucune nouvelles de lui ne sera reçue après son départ en déportation.

Déclaré "Mort pour la France", Joseph Achard a reçu la Croix de Guerre avec étoile de bronze.

 

*

Citation (à l'ordre de la brigade) : "Recruté en novembre 1942 à Clermont-Ferrand par le service de contre-espionnage français en qualité d'agent radio, a consenti a permettre l'installation dans son propre domicile d'un appareil qui n'a cessé de procéder à de nombreuses émissions de liaisons avec les chefs de service en Afrique du Nord et à Londres."

 

Références: Archives du Bureau "Résistance";  Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°I (p. 26), n° 21 (p.17), n°57 (p. 6)


AGOUTIN

Georges, Désiré, Joseph

Pseudonymes: Alain AGNIOL,  Alain AGNIEL

 

Né le 22 septembre 1897  à  Mesnil-sur- Estrée (Eure) de Joseph Agoutin  et  de Berthe Harang Épouse: Yvonne Bicherel Profession: propriétaire hôtelier Décédé le 30 avril 1943  à Issy-les-Moulineaux

 Réseaux: S.S.M.F./T.R. , S.R. Guerre  (Poste P 2), devenu S.R. Kléber- S.R. AirAgent P2

 

Georges Agoutin, né dans un village de Normandie, perdit sa mère quelques jours après sa naissance et, son père s'étant remarié, devait avoir des demis frères et soeurs. Après avoir obtenu son brevet élémentaire et un diplôme d'une école d'agriculture, il s'est engagé pour la durée de la guerre, le 12 juillet 1915, à Chartres. C'était alors un jeune homme brun de 1m76 , au nez rectiligne et aux yeux gris.

Il fut incorporé au 26e régiment d'artillerie et partit pour le front le 21 février 1916 . Promu brigadier le 1er août, il avait dix neuf ans quand il fut gazé le 10 octobre 1916 au Ravin de la Mort, devant le moulin de Becquincourt, dans la Somme. Il fut alors évacué et, nommé maréchal des logis le 15 octobre 1917, versé dans la réserve le 10 avril 1918, puis détaché le 7 juillet 1918 au 1er Groupe d'aérostation dépendant de l'aéronautique de la Xe Armée. Son attitude lui valut trois citations et la Croix de guerre.

Aussitôt après la guerre, il se maria avec Yvonne Bicherel. Une fille, Marie-Rose, leur naîtra en janvier 1921 et un fils, Michel, en avril 1926 (celui-ci s'engagera plus tard dans la Division Leclerc).

Mobilisé en août 1939 dans l'Aviation, Georges Agoutin partit comme lieutenant à Chartres, puis à Reims au G.A.O. (Groupe Aérien d'Observation) 504, enfin à Tours à la base aérienne 109.

En mai 1940, il effectua une mission périlleuse sur le O 45 n°4 (Istres-Tunis- les Baléares-Lézignan- Saint Raphael, 2 400 Km en mer en 5h27). Un mois plus tard, il participait aux bombardements de Genevo-Spezzia, de Livora, de Pise et du Lido de Rome. Enfin, au cours du bombardement de Palerme, il fut atteint au bras par des balles de mitrailleuse et reçut alors la Légion d'Honneur et la Croix de guerre, (deux citations). Soigné à l'hôpital militaire de Blida, il en sortit le 17 juillet et rentra en France.

En septembre 1940, il se trouve à Avignon, au 2e Bureau de l'État-major, puis, en 1941, à Paris. Revenu à la vie civile, il tient un hôtel dans le XVIIe arrondissement, l'hôtel Demours, rue Pierre Demours. Des Allemands y sont logés.

Contacté par un agent du S.R. Guerre (Poste P2), il est recruté par ce service à partir du 2 avril 1941, comme agent P2.

Son chef, le colonel Simoneau (chef du Poste P2 et futur directeur du S.R.O.), précisera (en 1945) que Georges Agoutin est alors chef d'un réseau assez important et fournit d'excellents renseignements. Certains membres de son réseau sont connus, ainsi, Mme Gardes, une employée du chemin de fer de Versailles, qui sera inculpée en même temps que lui, et Mme Charlotte Poirier Marchebout qui, du 15 septembre 1940 au 15 mai 1942, exerce des activités de renseignements et de liaisons sous sa direction, dans l'Ouest parisien, l'Eure et Loir et la Normandie. C'est elle qui, lorsque Georges Agoutin est recherché en septembre 1941, l'héberge et facilite son passage en zone libre (cette femme discrète, uniquement connue par un prénom ne sera identifiée qu'en 1951).

Mais Georges Agoutin est finalement arrêté, à son hôtel, le 17 mai 1942. C'est le soir, il est en famille, quand un agent du service lui apporte des documents qui sont dissimulés devant lui. Dix minutes plus tard arrivent des policiers en civil armés: lors de la perquisition, la Gestapo va droit à l'endroit où se trouvent les papiers cachés. Agoutin a été trahi. L'appartement est bouleversé, il est frappé et emmené avec sa compagne, Germaine, et sa petite fille Jeanine dans une villa de Neuilly connue comme un lieu de tortures. Enfermé dans la cave durant trois jours, attaché à un mur et sauvagement traité, c'est un détenu dans un état terrible qui est emmené à Fresnes.

Sa compagne, avant d'être libérée après dix jours d'internement avec son enfant, subit interrogatoires et menaces de mort.

Jusqu'à l'hiver, Georges Agoutin est à Fresnes où il est encore interrogé et menacé. Le 30 décembre, il peut revoir sa compagne après sept mois et demi au secret: il est faible, presque sans voix, psychiquement atteint.

Quelques jours plus tard,  le relais des voix des prisonniers de cellule à cellule l'avertit que Germaine est détenue au 3e étage, 3e division, cellule 340, et il entend la voix de cette dernière: "J'ai été arrêtée le 5 janvier. Courage, confiance! A bientôt!".

Le 11 janvier 1943, avec douze autres détenus, dont André Gardes*, un agent qu'il a lui-même recruté et a été arrêté juste après lui, Louis Cavelier*, Jean-Marie Le Boterff*, Gaston Le Métayer*, Jean Nicolas*, il passe en jugement pour espionnage devant le tribunal militaire allemand de la rue Boissy d'Anglas à Paris. Sa compagne est condamnée à quatre mois de prison pour non dénonciation. Le 20 janvier,neuf des accusés sont condamnés à mort dont Agoutin et Gardes. Contrairement à l'usage, le verdict du Conseil de guerre n'est pas affiché.

Une demande de recours en grâce est alors faite par Monsieur Charles Saint, secrétaire général de la Délégation du Gouvernement (note verbale): "Sans connaître les lourdes charges qui pèsent sur les condamnés, la Délégation générale croit devoir insister sur la noblesse de leur attitude au cours de l'audience, leur dignité qui ne peuvent manquer de leur mériter une ultime révision des sentences qui leur ont été infligées. D'autre part, en se basant sur un plan strictement humain, leur situation de famille doit permettre à leur égard que soit prise une mesure de clémence."

Une lettre est adressée à de Brinon, délégué général du Gouvernement, par R.M. Barthié, ancien chef de corps du lieutenant Agoutin, lui demandant d'intervenir en sa faveur:"(...) Les faits ne sont pas niables, et l'Autorité allemande a en main toutes précisions et justifications sur la qualité du lieutenant Georges Agoutin, le fait qu'il était en activité de service, chargé de mission par le 2e Bureau, auquel il a transmis des renseignements qui ont été reçus et utilisés indiscutablement par Vichy.

J'ai eu le témoignage personnel qu'au cours des débats le lieutenant Agoutin avait fait preuve d'un courage viril, et, bien que sachant qu'il encourait la peine capitale, a refusé de mettre en cause ses chefs et de faire connaître à quelle personne il remettait les renseignements recueillis.

Devant le Conseil, son attitude a été pleine de noblesse et je sais que la  fermeté et la dignité dont il a fait preuve ont impressionné favorablement ses juges.

Son défenseur allemand s'emploie à présenter un recours en grâce.(...)

Il s'agit d'un officier français, agissant en service commandé, qui a exécuté, par discipline et sur ordre de ses chefs, la mission dont il était chargé, et non d'un espion vulgaire, poursuivant des fins personnelles, par intérêt pour de l'argent.

Quelque opinion que l'ont ait sur les investigations poursuivies par le 2e Bureau de l'Armée - et je ne suis pas suspect de les approuver -, je pense que l'esprit d'équité des officiers allemands estimera qu'il ne convient pas d'imputer à un officier et de lui faire porter la responsabilité d'actes qu'il a accomplis dans l'exercice de ses fonctions militaires qui mérite le respect."

Une autre note non signée, fournie par l'avocat de Georges Agoutin, Me Jean Montigny, dit: "Il a été établi que cet officier avait agi dans l'exercice de ses fonctions, en service commandé, par ordre de ces supérieurs hiérarchiques auxquels ces rapports ont été adressés."

Mais face à ces tentatives de défense, les Allemands détiennent des éléments accablants. Une note confidentielle de l'Abteilung B Ve Section dit: "L'Autorité allemande a entre les mains toutes les preuves: 1) que le Lt Agoutin appartenait au 2e Bureau (feuilles de soldes de mars et avril 1942) 2) qu'il a fait de la recherche de renseignements sur des concentrations de troupes, des mouvements ferroviaires, la création de champs d'aviation, etc. et que ces renseignements ont fait l'objet de rapports régulièrement transmis à Vichy.

L'Autorité allemande déclare savoir que ces renseignements ont été communiqués par une personnalité de Vichy à une nation ennemie en état de guerre.

Enfin l'Autorité allemande connaît parfaitement les supérieurs et chefs militaires du Lt Agoutin, ainsi que le Dr. B... dont elle connaît le rôle dans l'organisation."

Il semble que Georges Agoutin ait été dénoncé par un agent de liaison, car, sur les indications de ce dernier, des perquisitions précises, aboutissant à la découverte immédiate des documents recherchés, ont été effectuées à son domicile,  hôtel Demours, 14 rue Pierre Demours à Paris.

Début mars, Georges Agoutin est transféré au 3e étage de Fresnes dans la cellule 411 B qu'il partage avec André Gardes et Jean-Marie Le Boterff*.

Il ne reverra pas sa compagne. Épuisé et malade, le 8 mars, il écrit:

"Ma petite fille,

(...) Pourrai-je aller jusqu'au bout de mon calvaire actuel, supporter ma double détresse morale. J'ai tant souffert, mon moral est bien bas . (...)

Que le bon Dieu nous sauve de nos malheurs, et que nous soyons bientôt réunis, ce sont mes prières ferventes de chaque jour."

Le 19 avril 1943:

"Ma santé est de plus en plus mauvaise. Hélas! ma petite Jeanine, je voudrais partager ton espoir, mais les événements passés ne me permettent plus d'y croire.

Pourtant ma souffrance m'a donné un surcroît de courage, et je demande à Dieu de ne pas me laisser périr de maladie dans cette geôle, afin que je puisse mourir en soldat."

Le 30 avril, Jeanine lui envoie un bouquet de muguet. Ce jour-là, Agoutin et Gardes apprennent que la demande de recours en grâce a été rejetée par le Tribunal de Berlin et qu'ils seront exécutés le jour même.

Ils sont assistés par l'abbé Stock, l'aumônier allemand de la prison qui restera dans l'histoire pour son dévouement et son humanité.

Avant de quitter Fresnes, tous deux menottés, ils crient: "Les condamnés à mort vous saluent pour la dernière fois! Vive la France!" Et des cellules des voix répondent: "Vive la France!" et entonnent la Marseillaise.

Ils sont exécutés au stand de tir du champ de manoeuvres d'Issy-les-Moulineaux. A 16h02 le médecin militaire allemand constate la mort de Georges Agoutin. Sa compagne vient de sortir de prison.

Nommé capitaine à titre posthume, Georges Agoutin recevra la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance; SHAA; Archives Nationales (dossier F 60 - 1576);  "La couronne t'attend", de Germaine L'Herbier Montagnon, 1945


AIZIER

Jean, Aimé

 

Né le 2 juillet 1896   à Montereau (Seine et Marne) Décédé le 7 mars 1944  à  Melk (Autriche) Profession: commissaire de police

 Réseaux:  S.S.M./F., S.R.Kléber Agent P2

 

Le commissaire principal de police Jean Aizier a participé à la première guerre  mondiale à partir de 1915, a  été gazé en 1917; puis il a fait la campagne de Pologne de 1918 à 1920 , avant d'être agent diplomatique en Pologne.

Dès janvier 1941, il s'engage dans la Résistance .  Il habite alors Clermont-Ferrand, 3 rue Montrognon.

Cet homme à la moustache brune et aux yeux clairs, "fonctionnaire d'un patriotisme à toute épreuve, lit-on dans la proposition au grade de  chevalier de la Légion d'honneur, n'a cessé au plus fort de l'occupation allemande, en dépit de gros risques courus, que le caractère officiel de ses fonctions aggravait encore, d'aider la Résistance par tous les moyens en son pouvoir: fourniture de pièces d'identité, de certificats de domicile, etc.

A en outre rendu aux éléments locaux de la D.T.S.S. les services les plus précieux, en leur fournissant quotidiennement des renseignements visant à assurer la sécurité de leur personnel et de leurs déplacements de travail clandestin."

Même attestation dans des papiers issus du réseau Kléber en janvier 1945: Jean Aizier, "depuis janvier 1941, a procuré à chaque demande tous papiers nécessaires à la couverture d'agents du S.R. Guerre, puis S.R. Kléber, a assuré par tous les moyens en son pouvoir la sécurité des stations radios clandestines de la région de Clermont Ferrand....A plusieurs reprises, a fait procéder par des agents de son commissariat au transfert de matériels radio hors des locaux menacés de perquisitions allemandes ou miliciennes."

Le 26 octobre 1943, il est arrêté par la Gestapo à l'Académie de billard, place Chapelle de Jaude, à Clermont Ferrand, où il se trouve avec un de ses agents.

Il est déporté le 13 janvier 1944 et meurt , le 7 mars 1944 , à Melk (Autriche).

Déclaré "Mort pour la France", Jean Aizier, qui  a reçu la Croix de Guerre avec étoile de bronze et la Médaille militaire  en 1931, recevra, à titre posthume,  la Croix de Guerre avec palme et la Médaille de la Résistance.

 

Références: Archives du Bureau "Résistance"; "le Service de Renseignements", de Henri Navarre, p.228 (Ed. Plon, 1978); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N., n°13, p. 4


ALMAND

Annie

 

Née le 8 août 1919  à Conliège (Jura) de Joseph, Raoul Almand  et de  Claude, Marie, Adrienne Lemuhot Célibataire Profession: enseignante Décédée le 23 juin 1945 à Besançon 

Réseaux: S.S.M.F./T.R. , Marco du S.R. KléberAgent P2

 

Annie Almand  a vingt trois ans en 1944. Elle prépare une licence de Lettres, dont elle posséde déjà quatre certificats (langues allemand et anglais), est professeur stagiaire de latin-grec-français au collège de Lure (Haute-Saône). Mais c'est aussi une auxiliaire précieuse pour son frère Édouard, membre du S.R. Kléber (Marco), qui a été initialement recruté par son camarade de lycée Pierre Rimey.

Cette année là, le 30 juin  (le 20 juin d'après son journal), elle est arrêtée à la prison de Dijon, où elle tente d'apporter à son frère Edouard, arrêté et détenu depuis le 10 mai, un colis contenant une scie à métaux. Elle est alors inculpée de complicité et maltraitée par la Gestapo.

Incarcérée jusqu'au 2 août à la prison de Dijon, elle est ensuite transférée à Romainville, puis déportée le 22 ( le 15 d'après la citation ci-dessous) août 1944.  Elle est à Ravensbrück (Meklembourg) jusqu'au 4 septembre, puis au camp de Torgau, en Saxe, jusqu'au 6 octobre, date à laquelle elle est de nouveau transférée à Ravensbrück. Elle y vivra la libération du camp, en avril 1945, avant d'être rapatriée le 13 avril 1945 par la Suisse. Dans un état de maigreur et de faiblesse extrêmes, souffrant de cancer, elle est soignée à l'hôpital Saint-Jacques à Besançon, mais ne peut survivre. Elle meurt le 23 juin 1945.

Elle sera homologuée avec le grade de sous-lieutenant et proposée pour une citation à l'ordre de la brigade: "Jeune fille d'un ardent patriotisme, fut l'auxiliaire fidèle de son frère jusqu'à l'arrestation de ce dernier; arrêtée elle-même le 30 juin 1944 tandis qu'elle portait un colis contenant une lime, elle fut déportée le 15 août. Fit preuve en cette circonstance d'une valeur morale et d'un courage exemplaire."

Elle recevra la Médaille de la Résistance.

Son frère, rescapé des camps, a retranscrit les souvenirs d'Annie Almand. Avant de mourir, en effet, elle a raconté aux siens son arrestation et ses souvenirs de Ravensbrück. Ce texte est accompagné de quelques notes de son frère.

 

 

"20 juin 1944.

... Voici la Gestapo, en voiture, rue du Docteur Chaussier (Dijon). L'interrogatoire dure des heures, toute la journée. Photos de tous les collaborateurs de mon frère, de son chef P.R. (Pierre Rimey), de sa femme. "Je ne connais personne.- Et celle-ci, tu la connais peut-être? - Oui, c'est mon frère.- Que fait-il? - Il prépare Saint-Cyr. Oui, oui! répondent-ils dans un sarcasme.- Dis-nous ce que tu sais; une belle fille comme toi! Tu iras en Allemagne et tu y mourras!"

Mon haussement d'épaules déchaîna leur rage. Ils me pendent par les poignets, bras en arrière, à la façon d'un pantin jusqu'à ce que je perde connaissance. Ils me raniment et recommencent...

- Parleras-tu maintenant?

- Je n'ai rien à dire!

- Le cachot te fera changer d'idée.

- Je ne veux pas aller au cachot. Je n'irai pas!

Alors c'est la lutte avec les bandits, une lutte terrible. Cramponnée à la poignée de la porte, je résiste à tous les assauts des pattes qui essaient de me faire lâcher prise. Comment ai-je pu tenir et leur en imposer malgré tout? Il était tard, l'heure du repas peut-être? De guerre lasse aussi sans doute, mes bourreaux cèdent (2ème victoire). Ils ouvrent une porte et me jettent dans une cellule. Debout j'écoute; le bruit des bottes a cessé. Désespérée pour la première fois, je m'écroule sur le grabat et je pleure, pleure toute seule dans le noir.(...)

Le lendemain, irruption de la Gestapo: "Ta mère et ta soeur sont arrêtées, ta mère est là, écoute-la; tu peux apercevoir sa robe noire; dis tout ce que tu sais et vous êtes libres toutes les deux.

- Je n'ai rien à dire."

Ce n'était pas la voix de maman; la robe noire peut-être; mais ils ne se doutaient pas que je connaissais bien les souliers de maman; or c'était surtout les pieds que je voyais. Ils ne m'auront pas! Cependant je suis tracassée tout de même; il me tarde d'avoir un contact avec les détenues; la présence d'une nouvelle est vite remarquée à la sortie dans la cour. Bien vite je suis rassurée, leur grossière supercherie a échoué!

Dans la cellule, pleine déjà, où je suis introduite, point même de paillasse pour moi, nous sommes entassées sans souci de l'hygiène la plus élémentaire; c'est sale, repoussant même; pourrai-je sauver ma belle veste rouge? La "magde" fait des rondes fréquentes; il ne faut ni se coucher ni s'asseoir, mais on l'entend venir! Nourriture infecte! Les colis de maman sont une grande joie mais ils durent peu: il faut partager! Deux seules dévorent en cachette des gâteaux un soir que nous avions si faim. Comme nous les envions! Elles n'en offrent pas; nous en pleurons presque comme des petits. Dans la suite, nous leur donnons autant qu'aux autres; elles ont compris. Dévorées par les puces, l'estomac vide, nous chantons pour braver; nous arrivons à trouver aiguilles et fil ou coton des couvertures. Solange C brode un carré, moi une ceinture avec ma devise "Souffre et meurs sans parler". Courtes trèves  à l'angoisse qui nous étreint et s'ajoute à nos souffrances. De plus en plus fréquents, le matin, dès l'aube, sont les appels. ceux qui vont s'aligner contre le mur. Ceux qui vont tomber dans les bois, abattus d'un coup de revolver dans la nuque; ceux enfin qui partent en Allemagne. L'oreille collée à la porte, haletante, S. et moi, nous écoutons "mon frère?". Un jour S. croit avoir entendu le nom de son père: crise de nerfs, syncope.

Les alertes se multiplient. Oh! ces premiers bombardements, comme j'ai eu peur! Il a fallu presque me porter à la cave, c'était terrible! Mais on finit par s'y habituer et les descentes à la cave deviennent une joie, source de nouvelles intérieures et extérieures, de bobards aussi. "La Résistance est là, à la porte." Quel espoir, déçu hélas!

Un matin, appel pour la visite: le départ, une émotion certes. S. reste. J'aperçois mon frère qui revient. Lui aussi va partir.

 

4 août

Dans cette nuit mémorable, grand branle-bas. Entassées dans des camions, nous quittons sans regret cette geôle infâme (qui était pourtant un paradis à côté de ce qui nous attendait). Notre train stationne en plein soleil jusqu'au lendemain soir à quatre heures. La Croix Rouge ravitaille, habille, exhorte: "Les Alliés sont là, courage". Joyeusement malgré notre accoutrement, nous quittons Dijon. "Nous ne partons pas pour longtemps", c'est le cri général. Un serrement de coeur en gare de Porte-Neuve d'où j'aperçois la maison de ma soeur. A Is-sur-Tille, nous mourons de soif: un peu d'eau sur le quai. Le convoi s'achemine lentement, tout est déjà coupé. Dans la nuit, bombardement de notre train; tout le monde se sauve à travers champs, mon frère est là, près de moi "fuyard", mais ils ne peut marcher avec les chevilles enflées. "Fuyons, essaie, la Résistance n'est pas loin." Impossible. Je ne puis l'abandonner, et, l'alerte passée nous réintégrons nos cages.

 

11 août

Arrivée joyeuse à Romainville, accueillies par d'autres "politiques" venues de Fresnes. Je rencontre Ginette qui devient vite mon amie. Quel coeur! Les déportés affluent. Marguerite S. fait aussi partie de notre petit groupe de jeunes, elle a 17 ans. Les Alliés sont aux portes de Paris, c'est la libération.

 

15 août au matin

Par quel prodige, tout est prêt pour célébrer la messe? Des fleurs ornent l'autel improvisé, un prêtre va venir...

Tout à coup, ordre de départ. Pressées par les S.S., entassées dans des wagons à bestiaux, nous voilà cette fois embarquées pour l'Allemagne... Quel voyage épouvantable! Sans air, sans lumière, sans eau par cette chaleur: un seul broc, un seul seau, source de luttes, de batailles, bien voulues par nos brutes. Les voies sont coupées, les arrêts fréquents. Où sommes-nous? C'est la nuit complète sous un tunnel; que d'heures d'angoisse! Allons-nous être bombardées, brûlées, ensevelies là-dessous? Cris de terreur, de désespoir sans nom... Enfin le convoi s'ébranle, l'obscurité s'atténue, nouvel arrêt et, ô miracle, les cages s'ouvrent. Tout le monde dehors: un pont coupé devant la machine. Cette fois bien décidée à me sauver puisque mon frère n'était plus là, je repère, en traversant le village, une maison qui semble propice à notre évasion. B.D. et J.C. y entrent avant nous, impossible d'être quatre... un peu plus loin, nous allons entrer, mais... sur le seuil sont assis trois petits enfants; il ne faut pas leur faire courir le risque d'être orphelins; passons et continuons la route vers notre affreux destin. Si j'avais su ce qui m'attendais, j'aurais tenté quand même..."

 

(Note d'E. Almand: Mes chevilles et jambes enflées, conséquence d'un mois de mitard dans l'eau et pratiquement sans nourriture. Les hommes furent dirigés sur Compiègne-Royaumont, les femmes sur Romainville, séparation déchirante où nous chantâmes en choeur "Ce n'est qu'un au revoir... "Ce fut beaucoup plus!!!)"

 

"Entassées de nouveau dans nos étuves, poursuit Annie Almand, nous roulons; par une fente du wagon, j'aperçois un lac aux eaux claires, aux ombrages magnifiques. Ces toilettes! Ce monde heureux qui se rafraichit! Quelle hantise que ce lac durant tout mon martyre. Où était-ce? En Allemagne sans doute. Puisque les glissières des wagons étaient un peu tirées, nous pouvions voir...et aussi mourir! L'une de nous, qui regardait par cette fente, jette un cri terrible et tombe la tête fracassée par une balle. Nous ne nous battons plus pour cette place tant enviée... Après des heures interminables, le train stoppe. Folles de soif, de chaud, nous nous précipitons. Une piscine est là: permission de s'y baigner est accordée sur le champ. Plusieurs y plongent en combinaison; aussitôt cris, hurlements, stupeur: du goudron! les pauvres en sortent vite, et en quel état? A la grande joie des S.S. qui se tordent littéralement de rire. Nettoyage impossible, on repart.

(Note d'E. Almand: En ce qui concerne les convois, je voudrais faire apparaître le volonté délibérée des S.S. d'y effectuer une première sélection. Mon convoi de la même date, Compiègne-Buchenwald, fut doté au départ de pain, crème de gruyère et pâte d'anchois! Sans eau, à 100 par wagon de marchandise, clos sous un soleil de plomb durant quatre jours, ce fut la folie et l'hécatombe, on buvait son urine... Ceux qui tombaient étaient piétinés dans la lutte pour un filet d'air aux deux hublots grillagés... A l'arrivée les cadavres jonchaient le sol et beaucoup d'autres ne survécurent que quelques jours... A titre d'exemple d'état de déshydratation, à l'arrivée au camp de Buchenwald, à la descente du train, une corvée d'épluchage de rutabagas était là avec de grandes bassines d'eau boueuse dans lesquelles nageaient ces légumes; j'en ai bu dix boîtes de conserves d'un litre (récipient en usage au camp) et je n'en ai pas rendu une goutte!)"

 

Annie Almand décrit ainsi l'arrivée au camp.

"21 août 1944

Arrivée à Ravensbrück - visite- douche- prélèvement. Les premières qui passent reviennent les mains vides. Le bruit court qu'on nous prend tout. En hâte nous dévorons tout ce qui est possible et rendons le reste inutilisable. Oh! cette confiture d'abricot qui coule dans le sable, quels regrets! Tant de choses délectables! ils ne les auront pas!... Mais ma bague, ma chaîne d'or! Elles vont être enlevées aussi. Une cachette sûre: vite un trou dans mes bonnes semelles de liège qui vont prendre l'eau désormais; tant pis!

Ce qui frappe le plus en arrivant au camp, ce sont ces belles filles qui ont une jambe atrophiée par des cicatrices monstrueuses; quelques-unes la tirent péniblement. Nous sûmes plus tard qu'elles étaient les "cobayes". On les appelait les "lapins".

Où va tout ce monde, femmes, enfants, auxquels une serviette est attribuée? Comme nous les envions! Bientôt nous sûmes leur sort affreux: la CHAMBRE à GAZ!

Court séjour à Ravensbrück. Au bout d'une huitaine de jours départ en kommando de travail pour Torgau en Saxe. Là, nous faisons des projets de vacances; nous comptons sur une capitulation rapide de l'Allemagne et ne croyons plus retourner à Ravensbrück, le camp de la mort. Nous sommes soutenues moralement et matériellement par des prisonniers français qui connaissent notre situation. C'est par leur intermédiaire que maman a su mon triste sort. Nous ne sommes que des françaises dans ce camp; notre petit groupe se couche toujours pour ne pas travailler. Nous n'avons pas trop faim et beaucoup d'espoir. A l'usine, nous fabriquons des obus. Je suis préposée à la répartition des paniers. Le travail n'est pas pénible mais encore faut-il le saboter. C'est l'anse qui a "tous mes soins". Aucune ne résistera au chargement du panier. Je vois trop mes beaux-frères, tous les soldats sous les obus que j'aide à fabriquer; cette pensée me rend malade. Le sabotage d'ailleurs devient général et, un beau jour, c'est une brusque sélection qui nous divise en deux. Deux cent cinquante partent en transport; nous restons dans le second groupe et espérons ne pas quitter Torgau. Sol... part dans le premier groupe. Le lendemain, c'est notre tour, et pour Ravensbrück. Retour au camp; visite; la visite est la pire vexation; on nous prend nos habits; nues, nous devons défiler, passer à l'épouillage. Que de fois cela c'est renouvelé! Combien notre pudeur en a souffert! Évidemment nue et sans souliers, et "mes trésors"! J'ai juste le temps de les enfermer dans un petit sac fait d'un chiffon blanc que je mets dans ma bouche. Mais c'est aussi visite des dents. De justesse j'arrive à glisser mon sac dans la main de G. qui a fini. Ouf! G. me le rend bientôt, mais, tout à coup, plus de sac. Avec toutes ces émotions, où est-il? Quel désespoir! Toutes nous cherchons. O miracle! dans cette poussière de charbon, nous le retrouvons, tout maculé. Sauvé encore une fois, j'ai eu peur.

Après le passage aux douches, P., S. et d'autres sortent complètement rasées. Il suffit pour cela d'un seul parasite. Effroi général! Nous voici lavées. On nous distribue la tenue de camp: la robe de bagnard à raies bleues avec le triangle rouge et la "blocova" nous conduit au bloc "zû funf" (5 par 5). Ce refrain devait devenir une hantise.

Tout est plein, on nous entasse encore. II y a là les "droits communs" et les "tziganes"; surtout celles-ci qui devaient nous rendre la vie impossible. Tout ce qui est laissé sur la paillasse disparaît. Il faut tout porter sur soi; malgré l'indigence de notre matériel, c'est un souci de tous les instants. Avec ces catégories, la brutalité est de rigueur. La ruée vers les lavabos s'accompagne de coups de pieds et de poings. Pour faire sa toilette, des bassins où l'eau ne s'écoule pas; le "waschraum" et toujours inondé d'eau sale. les cabinets, trop peu nombreux, sont infects. Là encore, les luttes deviennent souvent tragiques avec le gourdin de la "blocowa".

Régime du camp: Lever à 3 heures - la sirène - Appel dans la nuit, le froid, alignement impeccable, immobilité absolue. L'attente dure quelque-fois trois heures, puis ils arrivent, comptent et recomptent de droite à gauche, de gauche à droite, se trompent et recommencent. En hiver, nos pieds restent gelés dans la neige glacée. Transies, nous n'avons pas le droit de faire un geste pour réchauffer nos dos grelottant.

Quand il pleut, nos vêtements ne sèchent pas de toute la journée, il faut le lendemain les remettre mouillés. Ces appels sont terribles et se renouvellent chaque jours avec la même cruauté. J'ai vu l'une de mes compagnes s'écrouler d'un coup de pied S.S. dans le ventre; elle était au premier rang, qu'avait-elle fait?

Après l'appel les colonnes se forment: 5 par 5 toujours. Les invalides (cartes roses, celles, plus nombreuses chaque jour, qui vont passer la visite, puis les tricoteuses: ce sont les personnes âgées,  enfin les travailleuses du camp, les unes vont abattre les pins dans la neige, la pluie, obligées de tirer les racines avec leurs doigts, d'autres chargent des wagons de sable, les poussent, les déchargent. C'est à ce travail que je contracte une hernie et suis rouée de coups parce que le wagon a versé! Avec le sable, nous comblons des marais, nous devons rester des heures dans cette eau, souvent glacée: les accès de fièvre sont fréquents. Au cours de ces travaux que nous exécutons le plus possible au ralenti, la surveillante, une grosse Polonaise qui déteste les Françaises, cherche l'occasion de la schlague.

Un jour, je me cache derrière un wagon pour ne rien faire. Elle m'aperçoit, s'élance, je lui joue une partie de cache-cache et, finalement, lui échappe sans qu'elle ait eu la joie de relever mon numéro. ces surveillantes sont odieuses, les Polonaises surtout, robustes, énormes, plus féroces que les Russes; si je peux les rattraper un jour, commander un camp, je "sais la manière"...!

( Note d'E. Almand: Il est exact que dans la plupart des camps, les Polonais se sont montrés d'une brutalité exceptionnelle, beaucoup étaient des droits communs dépassant souvent en brutalité et cruauté leurs maîtres germaniques dont ils appliquaient les consignes avec zèle; il faut ajouter qu'ils en étaient récompensés par un régime de faveur, en particulier alimentaire.)

Les chiens, poursuit Annie Almand, sont aussi notre grande terreur, un délire pour les S.S. que d'entendre les hurlements des malheureuses aux prises avec les monstres.

Puis c'est la lutte contre tout, contre le froid, la faim, la vermine, les brutes.

Vers mi-octobre, beaucoup de mes compagnes partent en transport pour travailler; je refuse avec des milliers d'autres, mon amie G. est emmenée de force. Quel chagrin!  Pourtant les nouvelles sont bonnes et nous avons l'espoir d'une fin toute proche. Le moral chez nous a toujours été merveilleux, dès novembre, notre petite troupe dijonnaise est décimée par la maladie. Mademoiselle B., directrice du lycée, si belle, si imposante au départ que je n'osais l'approcher, est devenue une loque humaine malgré son "cran". Je l'épouille pour lui éviter la tondeuse; elle a perdu un de ses souliers tant ses jambes sont maigres... Elle chancelle avec un chausson de bébé au pied. Rongée par l'avitaminose, elle ne tarde pas à succomber. Elle voulait écrire un livre "d'horreur"... et pourtant elle n'avait pas tout vu encore...

Sa secrétaire, toute jeune, la suit de près, emportée par la dysenterie. Les épidémies causent de grands ravages. A ce moment, malade, grelottante de fièvre, je suis portée au "Revier" (infirmerie) par deux compagnes. Pour une angine, je ne reçois qu'un cachet d'aspirine, mais j'apprends ce qu'est le Revier. Aucun soin. Seuls l'appel et les corvées en moins; mais quelque chose d'horrible: le piquage. Un S.S. entre et désigne du doigt les victimes pour le crématoire. Évidemment, ce sont toujours les plus belles, les moins malades. La vue seule du bourreau révolutionne le Revier, j'en ai vu sauter par la fenêtre, se sauver comme des folles.. Je jure bien de ne jamais y revenir. On y meurt en masse, sans aucun soin. Là, je recueille les derniers soupirs de Mimi, de B.; ses dernières paroles pour sa mère, une mèche de cheveux, ultime souvenir. Elle était IVIV (otage), avait fait trois ans de forteresse. l'enfer du camp était pire que la geôle, oui, camp d'extermination!

Au sortir du Revier, j'essaie de me glisser dans les tricoteuses, un mouchoir sur le tête pour me vieillir. C'est là que je rencontre M.H., elle ressemble à maman; bientôt je l'appelle ma mère; elle s'est toujours montrée digne de ce nom qui pour moi résume tout.

La nourriture était de plus en plus inexistante. Tout au début, nous avions trois pommes de terre - cause de bien des luttes d'ailleurs -, maintenant le soupe est de l'eau où nagent quelques tranches de rutabaga, un quignon de pain sec ou moisi et, par hasard, un peu de margarine (10 gr, note E. Almand)! Tel est le régime.

Glacée, je suis obligée de donner quatre jours de pain pour un pull-over; une brosse à dents me coûte deux jours de pain, le peigne fin : un jour. Exploitation honteuse! La nature humaine se révèle horrible!

 

Février 1945

La faim devient terrible. C'est d'abord une souffrance effroyable que rien ne saurait exprimer, puis un malaise persistant et on n'a plus jamais faim, sans forces, prêtes à tomber.

Par ironie, sans doute, nous ne parlons que de cuisine. Chacune apporte ses recettes que beaucoup même copient, ce sont nos repas, nous sommes ainsi rassasiées, sinon nourries. la mortalité devient épouvantable. Tous ces corps blancs, nus, sont entassés pêle-mêle sur des charrettes que nous devons pousser. Le crématoire brûle jour et nuit; la sinistre fumée emplie le ciel!

La pauvre S., mère de trois petits enfants de l'âge de mes petits neveux, se meurt sur sa paillasse. Elle appelle ses "petits" et gémit sans cesse: "du sucre, un morceau de sucre qui me guérira". Chaque matin elle est battue parce qu'elle se salit. Elle ne peut plus bouger.

- Viens près de moi, supplie-t-elle dans la nuit.

- Je ne peux pas rester debout.

- Tu t'assiéras sur mon lit.

La malheureuse ne se doute pas qu'on ne pourrait poser seulement le petit doigt sur cette couche sordide où elle gît dans la fange jusqu'au menton; avec sa pauvre tête rasée, quelle vision d'horreur parmi tant et tant.

Avec cela, de longues colonnes défilent chaque jour; les "bien" (?) portantes vont relever les ruines sous les bombardements. Les autres partent au "Yung Lager" (les gaz!). Voilà Maryse, une superbe fillette de 12 ans, ma petite amie, pourquoi ne puis-je courir l'embrasser? Ses yeux sont suppliants; innocente victime.

Chaque matin, nous sommes obligées d'assister au repas des chiens qui dévorent de gros morceaux de viande... Nous voyons les colis s'amonceler. Tout le monde en reçoit peu ou prou; seules les Françaises n'ont jamais rien... Tout est prétexte pour nous faire mettre "à plumes". Une fois obligées de nous déshabiller, nues, nous traversons une cour et défilons devant le docteur et deux assis au fond du jardin pour passer la visite des dents...!

Les trois bandits et les ouvriers sur le mur, de rire et de se moquer! Toutes les chairs pendantes de celles qui avaient eu de l'embonpoint, offraient un spectacle vraiment digne de moquerie, sinon de pitié! Quand nous rentrons, nos hardes sont toutes mélangées, alors c'est encore la lutte; on remet n'importe quoi; mais les propres sont contaminées et il faut de nouveau s'épouiller, ce qui n'est pas une opération facile. D'ailleurs c'est la terreur perpétuelle, terreur de la vermine, de la schlague, des chiens, du crématoire. Pour moi s'ajoute un tourment sans fin: mes bijoux sont dissimulés dans mes cheveux! Il ne fallait pas qu'un cheveu dépassât l'autre; c'était la tonte immédiate et... la découverte. J'avais un lien assez large qui contenait mes "trésors", mais quel souci avec mes cheveux flous exposés à tous les vents... Les nerfs ont du mal à résister: tout est mis en oeuvre pour nous déprimer. Le journal du camp annonce un  jour l'avance des alliés et le lendemain le recul, la destruction; nous les connaissons, certes. Nous souffrons quand même de ce manque de nouvelles vraies.

Prévenues que les "cartes roses" doivent toutes partir au "Yung Lager" (les gaz), je me range dans l'équipe des corvées. Il faut aller chercher et porter les bidons de soupe que je ne puis soulever, charger les wagons de sable, les pousser, les décharger, les relever s'ils déraillent. Entre temps, nous devons trier et ranger toutes les razzias de toute l'Europe, des trains entiers: vêtements, linge, vaisselle, argenterie, bijoux, tout un pêle-mêle hétéroclite. Les belles robes nous tentent bien; beaucoup portent l'étiquette "Rue de la Paix" ou celle des grands couturiers "Modes de Paris". Le soir, au retour, c'est la fouille; malheur à celle qui n'a pas su résister à la tentation. Battue, elle va au "Bunker" avec de l'eau jusqu'aux genoux, à la ceinture ou au cou, suivant la gravité, doit rester debout, sans nourriture, pendant X jours. Peu en reviennent. Les derniers temps, nous devons sauver de la moisissure des wagons de couvertures piquées. Il faut déplier, étendre, replier le soir, quel supplice pour nos bras sans force!

Tous les jours, des convois arrivent: plus de place dans les blocs; au lieu de deux, il faut être quatre sur une paillasse; je suis tout au bout du grabat, toute recroquevillée sur les pieds des autres. Le matin je n'arrive pas à étendre mes jambes raides. D'ailleurs nous n'avons plus aucun repos; ce sont, sans motif, des alertes continuelles. On change de bloc, la blocowa hurle, frappe, c'est l'affolement, la bousculade générale. Nous perdons nos légers mais rares et précieux biens. Le nouveau bloc est plein déjà d'étrangères qui repoussent les Françaises; seules les paillasses sordides restent. Une fois, j'échoue avec plusieurs de mes compagnes sur un grabat trempé, contre un mur qui ruisselle (encore mieux que dans la vermine) mais cette humidité nous glace. Les tremblements nous secouent jusqu'au jour. Un nouveau changement m'oblige à m'étendre à côté d'une tuberculeuse qui se meurt; je respire son haleine brûlante; la sueur inonde sa couche. je demande à changer; réponse de la "stubowa": "Vous êtes mieux là que dans un lit malpropre!" M.S. s'éteint doucement à côté de moi...

Mes belles petites amies anglaises ont disparu, deux blondes et mignonnes parachutistes. J'apprends qu'elles ont été pendues... C.F. et sa mère sont très malades; C. ne peut même plus soutenir sa pauvre mère que j'aide à porter au Revier. C. nous suit, elle se précipite pour embrasser sa mère. La surveillante la repousse et la jette dehors avec nous. Quels sanglots! le lendemain, C. meurt en disant: "Pourvu que maman ne le sache pas". Sa mère mourait en même temps au Revier, en appelant sa fille...

En mars, grande joie, retour de plusieurs compagnes. M.S. revient d'un Kommando terrible; elle devait élargir et niveler un terrain  d'aviation, travailler sans relâche sous la menace. Délivrée par l'avance russe, reprise, elle nous apporte des nouvelles vraies. Sa pauvre maman, atteinte de dysenterie, entre au Revier pour y mourir. Désespérée, elle est envoyée ailleurs encore une fois.

A ce moment, je revois Ginette. Quel bonheur! La délivrance est proche. Que de beaux projets: les vacances en Haute-Savoie, le ski cet hiver. Ginette est envoyée à Berlin, dans les ruines, sous les bombardements. j'ai su qu'elle était rentrée dans un sanatorium, un poumon perdu, un pneumo, au moins deux ans de sana, écrit-elle.

Pourtant, ma faiblesse devient grande, malgré toutes les privations que, pour moi, s'impose "ma mère". Je vais quand même au travail pour échapper aux gaz; mes compagnes me soutiennent. Je tombe toutes les dix minutes en syncope; et, trop faibles, elles ne peuvent me relever.

Atroce vision: ce dragon noir qui me poursuit. La surveillante me repère et je suis désignée pour le crématoire. Misérable troupeau! Nous sommes menées devant le camion où chacune se hisse. Un pied sur la marche, je me ressaisis: non, je ne veux pas mourir. Et je prends la fuite si brusquement, si vite, que personne n'arrive à me rattraper. Cachée toute la journée, je suis retrouvée le soir et assommée par une schlague en plein visage.

Ils ne m'auront pas!

 

31 mars 1945

Ici finit l'horrible cauchemar!

 

1 avril

Pâques. Ravensbrück. Le matin: où sont les cloches joyeuses?

L'après-midi, coup de théâtre: demain toutes les Françaises sur le "Lageraum".

 

2 avril

9 heures: rassemblement. Nous sommes bien mille. Il en faut trois cents. Je suis prise.

3 heures: douche, vêtements propres, visite du docteur. Bientôt la liberté.

 

3 avril

Hélas nous avons toujours des poux. Épouillage. Petites robes. Confiscation de tout ce que nous possédons.

 

4 avril

Redouche? Vêtements propres, mais très laids! Quelle troupe!

 

5 avril

Nous partons aujourd'hui, nous sommes folles de joie. Lecture des listes. Nouveau tri. Des camarades restent (189 partent)

Départ: route à pied, et là-bas, sur la route, loin du camp maudit, des camions de la Croix-Rouge nous attendent. Adieu sales S.S. Avons roulé pendant 500 km jusqu'à Hof. Berlin en ruines, folle de jouissance! Les gamins jettent des pierres sur nos camions. Race infâme.

Arrivée en Suisse, puis à Annemasse. Accueil inoubliable.

 

13 avril

Je revois maman...sans commentaires...

Arrivée à Vesoul avec maman et André (son beau-frère).

 

17 avril

Qu'il fait bon dans ce lit douillet, au milieu des fleurs odorantes, choyée par une mère qu'on a tellement craint de ne plus retrouver.

 

27 avril

Hourrah! Loulou (son frère) rentre. Que de bienfaits Dieu répand sur nous. Nous sommes là tous les deux. C'est un miracle!

A genoux, prions et remercions!

 

8 mai

Victoire!!!"

 

Ainsi s'achève le "journal" d'Annie Almand.

Sa mère raconte: "La pauvre petite m'a dit: je ne t'ai pas raconté le plus affreux, je te le dirai un soir ( c'était entre dix heures et minuit qu'elle revivait pour moi l'horrible cauchemar). Je n'ai jamais osé lui demander quel était ce plus affreux."

Son amie du camp interrogée dira: "Les notes d'Annie sont rigoureusement exactes. Vous me demandez ce qu'était le plus affreux. Je ne vois pas de quoi il est question, ni ce qu'Annie a éprouvé de plus affreux. Nos jours et nos nuits l'étaient, on ne peut plus."

"Elle aimait tant la vie", écrit une de ses compagnes rescapées. "La vie est une source infinie de possibilités", avait-elle noté sur son carnet. Son idéal, dit son frère: le beau, le bien, le juste. Une volonté inouïe... "Une belle âme", dit le prêtre.

 

Références: dossier communiqué par la mère d'Annie Almand à Madame Schroeder (du réseau Marco du S.R. Kléber)

 
ALSFASSER

Alphonse, Hippolite

Pseudonyme: GRANGER Louis

 

Né le 21 novembre 1903  à  Brest de Alexandre Alsfasser et de Anne Hamon Profession: cordonnier Décédé le 26 novembre 1943  à  Ramatuelle 

Réseaux: F.F.C. ,  S.S.M.F./T.R., S.R.KléberAgent P2

 

Alphonse Alsfasser, fils d'Alsaciens réfugiés en Algérie après la défaite de 1871, a fait ses études au lycée Fromentin d'Alger. Il sera cordonnier.

C'est à Paris qu'il se trouve lors de la mobilisation générale  de 1939. Il est réformé temporaire le 8 janvier 1940.

Recherché par les Allemands pendant l'Occupation, il réussit à rejoindre les F.F.I. sous l'identité de Louis Granger. D'après une attestation d'un service du ministère de la Défense, il s'évade de France par l'Espagne le 13 janvier 1943. Interné à Lerida jusqu'au 24 mars 1943, puis en résidence à Barcelone et à Madrid, il est embarqué à Gibraltar sur le "Chelma" à destination de l'Afrique du Nord. Débarqué à Oran le 27 mars 1943, c'est à Alger qu'il est recruté par la Direction de la Sécurité Militaire et affecté à l'Etat-Major du général Giraud (il habite alors Villa Renaudière, la Vigie, Pointe Pescade, à St Eugène, département d'Alger).

Le colonel Paillole écrira en parlant de lui dans le Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. (n°35): "Discret, résolu, il s'était présenté à moi à El Biar, près d'Alger, pour me faire part de sa volonté de se joindre à nos réseaux métropolitains et de participer à leur lutte: "Choisissez-moi plutôt qu'un autre. Je ne laisserai derrière moi aucun regret, je suis seul, et, par égard pour la mémoire des miens chassés d'Alsace en 1871, je veux faire mon devoir, tout de suite..."

Le 8 mai 1943, il est envoyé en mission en France (il s'agit de rapporter du courrier destiné à la Sécurité Militaire d'Alger).

Dans "Conte de faits", Saint Laurens dit qu'Alphonse Alsfasser, alias Granger, avait expressément demandé d'être envoyé en mission à Toulouse pour venger la mort de son frère, qui venait d'être tué à Lyon dans l'opération menée par l'intendant de police Barthelet contre les services spéciaux français. Brooks Richards dit qu'il fit partie du transport de l'Aréthuse à destination du cap Camarat le 28 septembre 1943. Pour Saint Laurens, il fut envoyé à Barcelone. "Pris en charge à son arrivée par l'antenne T.R. 125 de Barcelone et les Pyrénées franchies, Alsfasser fut dirigé sur Perpignan pour y rencontrer l'inspecteur de la Brigade de Surveillance du Territoire, Bernard Arsaguet; celui-ci l'accompagna à Toulouse, et le mit en rapport avec Marcel Taillandier qui, en vue de mettre sur pied l'opération, l'accueillit au château de Brax. Il y eut une première tentative infructueuse dans la soirée du 16 octobre...Ce fut le 23 octobre à 20h15 que Fontes et Granger, assistés d'un homme à lui, abattirent Barthelet de deux rafales de mitraillette, alors qu'il gravissait les marches du perron de sa villa, sise 8 rue Goudouli, près du pont des Demoiselles.

Cet attentat fit grand bruit, d'autant que, quelques jours plus tôt, l'avocat général Lespinasse avait été exécuté dans des conditions à peu près identiques.(...)

Sa mission accomplie, Granger ne tarda pas à nous quitter pour gagner Marseille, et préparer son retour en Afrique du Nord."

Les circonstances de sa mort  sont ainsi rapportées dans le Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. (n° 16O):

"Dans la soirée du 26 au 27 novembre 1943, un groupe de 17 personnes, avec notamment Monique Giraud âgée de seize ans, fille du commandant en chef, le (futur) amiral Barthélémy (Raoul dans la Résistance), Avallard, Israel (dit Mortier), Durmeyer et..., Alphonse Alsfasser (dit Granger), etc... guidés par trois Ramatuellois se dirigeaient vers la plage, lieu-dit "La Roche Escudelier", pour embarquer sur la Casabianca.

Comme l'a déclaré Achille Ottou (dont la ferme était le lieu de rendez-vous): "Vers 23 heures nous avions la certitude que le sous-marin était à son poste. Hélas, mis en alerte, les Allemands ouvrent le feu et la fusillade éclate. Le groupe est obligé de se disperser et de se replier. Un camarade manque à l'appel. Il s'agit d'Alsfasser dit Granger. On apprendra quelques heures plus tard (d'après un constat du Dr. Faye de Saint-Tropez) qu'il portait quatre blessures par balle dans la poitrine."

P.J. Stead relève que l'opération a échoué du fait d'un habile agent de la Gestapo, Max de Wilde, d'origine russe, naturalisé Belge, qui avait réussi à s'infiltrer dans le réseau T.R.

En 1944, Louis Granger, qui avait donné ses papiers d'identité à Alsfasser pour l'aider et qui habitait à Paris, a reçu la visite d'un inspecteur venant informer sa famille de son propre décès.

Alphonse Alsfasser a  été déclaré "Mort pour la France".

 

*

Lieux de mémoire : Le nom d'Alphonse Alsfasser a été donné à la place où se trouve le mémorial de Ramatuelle. Sa tombe se trouve au cimetière de Ramatuelle.

 

Références:  Archives du Bureau "Résistance"; "Services spéciaux" de Paul Paillole, p. 517, 519 (Ed. Robert Laffont, 1975);  "Conte de faits" de Saint Laurens; "L'ORA" du colonel A. de Dainville (Ed. Lavauzelle, 1974); "Le 2e Bureau sous l'Occupation" de Philip John Stead (Ed. Fayard, 1966); "Secret Flotillas" de Brooks Richards (Ed. HMSO, London, 1995); Bulletin de l'A.A.S.S.D.N. n°35, p. 57 , n°121, p.33 et n°16O, p.3 1


 

 

 

 
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